Bam ! Ma main innocente s'est cette semaine posée sur un t-shirt plutôt très cool, à l'effigie du groupe Defiance, Ohio.

DSCN1184   Il y a quelques années, disons six ou sept, j'allais à plein de concerts. Il ne s'agissait pas tant de vraiment voir des groupes que de plutôt goûter à un milieu. Je venais de découvrir la scène punk DIY, et je la trouvais, ainsi que les gens qui la composaient, intéressante, excitante. Des groupes qui sortaient des disques à deux cents exemplaires, des concerts dans des squats malodorants, une vision de la vie et de la musique qui plaçait l'indépendance avant la réussite. J'avais envie de faire partie de ça, d'en comprendre les tenants et les aboutissants.
   Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est désormais chose faite, mais en tout cas j'ai passé un moment considérable dans ce microcosme, du moins dans sa frange parisienne, et j'y ai pris ce qu'il y avait à y prendre. Depuis lors, j'avoue m'être un peu éloigné du truc, et si je continue tout de même à savoir globalement ce qui s'y passe, je me suis fait bien plus rare, voire inexistant, dans les concerts organisés autour de chez moi.
   Pas vraiment par lassitude. Il s'est plutôt agi d'une lente mais assez définitive compréhension du fait que ce microcosme, cette "scène punk indé", était finalement un microcosme semblable aux autres. Avec ses gens respectables, ses connards, ses "purs" et ses "poseurs". Comme dans tout, partout, de tous temps.
   Je n'ai pas cessé d'écouter des groupes inconnus, ni de me tenir au courant des sorties de labels aussi confidentiels que les archives de la CIA, mais j'ai cessé d'en faire une condition suffisante pour décréter que tel groupe ou tel label était forcément génial.

   Mais ça c'est le présent. Revenons au passé, et à l'époque dont est issu ce t-shirt.
   Je me souviens très bien du moment de son achat. J'étais assis dans la cave d'un bar parisien, seul, et j'attendais le début d'un concert quelconque, qui avait bizarrement lieu en milieu d'après-midi. C'était l'été, je crois. Et je me demande même si ce n'était pas un concert d'Amanda Woodward. Bref, on s'en fiche.
   Un mec est arrivé. Un mec nommé Gaël, que j'avais déjà croisé à plein d'autres concerts, et avec lequel j'avais bien sympathisé. Quelques mois auparavant, il avait participé, avec des potes, à sortir en France l'album "Share What Ya Got" du groupe Defiance, Ohio, du folk-punk carrément bien fait, plus nerveux et rugueux que la plupart des groupe du genre, alors au sommet de la vague. Vas-y que la moitié des groupes qui tournaient dans le milieu avaient des barbes, des t-shirts vraiment très sales, et un solo de banjo sur l'un de leurs morceaux. Mais Defiance, Ohio sortait du lot (la preuve avec ce morceau, qui reste excellent même des années plus tard), et l'album sorti par Gaël m'avait bien plu, au point même que j'avais évoqué le groupe dans un roman que j'écrivais à l'époque.
   Gaël et moi avons commencé à discuter en attendant le début du concert, et sans prévenir, d'un coup dans la conversation il a sorti ce t-shirt de son sac, et m'a demandé si je le voulais pour cinq euros. J'ai dit oui.

   Souvent, à ce genre de questions, on répond "oui" de manière un peu forcée, juste parce que c'est bien plus facile et socialement confortable qu'un "non". Mais là c'était pas ça. J'aimais bien le groupe, et j'aimais bien le t-shirt. Je l'aime toujours, d'ailleurs.
   Je n'écoute plus tellement Defiance, Ohio, désormais (même si le groupe est visiblement toujours actif), mais je porte encore ce t-shirt avec plaisir, je le trouve vraiment beau. Et en plus, il a un truc très cool, que j'ai essayé de prendre en photo sans réussir...
   Quand on éteint la lumière pour se retrouver dans le noir complet, l'un des gosses représentés sur le t-shirt devient un squelette phosphorescent. Je trouve ça vraiment méga-classe. Et c'est tout ce que j'ai à dire sur ce t-shirt, là.
   Ah non, un autre truc assez bizarre. Trois fois dans ma vie, des personnes (qui ne connaissaient le groupe ni de près ni de loin, je parle de collègues de boulot ou de gens rencontrés en soirée) m'ont demandé si c'était une photo de moi et de mes amis d'enfance sur le t-shirt. Je trouve cette question aussi chelou que marrante, et sa double répétition plus encore. Voilà.

   La semaine prochaine, je crois bien qu'on parlera d'un t-shirt bleu turquoise et rose fluo. Je ne plaisante pas.