En ce moment je suis en train de lire l'assez incroyable roadbook "Continental Divide", de l'ami Nasty Samy. J'en parlerai probablement bientôt, en espérant qu'il ne sera pas trop tard et que le livre sera toujours dispo. Dans le doute, faites pas les cons, achetez-le maintenant, putain.
   Au détour d'une phrase, Sam évoque sa collection de t-shirts de groupes, et le fait qu'eux aussi, comme les disques, les livres, comme quasiment tout, sont vecteurs de souvenirs. Je ne sais pas pourquoi, mais l'idée m'a plu. C'est pourquoi j'entame cette série. Il va s'agir de passer en revue, au hasard, ma conséquence pile de t-shirts, et de raconter les histoires qu'on peut encore sentir dedans, en inpirant fort dans les mailles du coton. Juré, ça ne parlera pas que de vieille sueur dégueu. Pas que.

DSCN1177   Premier t-shirt tiré au sort, celui des Kissing Tigers. Avec le temps et les lavages, son rouge est devenu un rose foncé, mais je le trouve toujours plutôt cool.
   Les Kissing Tigers sont un groupe californien que j'ai découvert... Merde, faut vraiment que je raconte cette histoire, hein ? Bon. Lors de mes toutes premières années de fac, voire de la toute première au singulier, je m'étais amouraché d'une actrice américaine, Margo Harshman, qui jouait dans la série pour ados Even Stevens ("La guerre des Stevens", ou "Drôle de frère", en France). Je sais, ça fait un peu pitié. Ce qui fait encore plus pitié, c'est que j'avais tellement fait la groupie que je m'étais renseigné sur sa vie et tout ça. C'est ainsi que j'avais découvert, grâce à un internet qui ne connaissait pas encore Youtube, Wikipedia ou Facebook, qu'elle avait un grand frère, qui jouait dans un groupe appelé Kissing Tigers. Ni une ni deux, je suis allé au bout du ridicule et j'ai commandé le premier EP du groupe. Un joli cd transparent, que j'ai toujours quelque part chez mes parents. Un EP qui, sans être monstrueux, était bien cool, un genre de power-pop à synthé vraiment bien intégré, avec une voix nasillarde plutôt charismatique. J'ai gardé le nom en tête.
   Avec le temps et la sagesse de l'âge, j'ai cessé de m'intéresser à Margo Harshman (je ne sais même pas si elle a encore une carrière, d'ailleurs), mais pas à Kissing Tigers, et quand leur premier album, "Pleasure of resistance", est sorti, je l'ai acheté. En cd ET en vinyle, ce qui à l'époque était une chose que je faisais rarement. Mais faut dire que ce disque-là, justement, s'approchait du "monstrueux" (la preuve avec ce clip, ou même avec celui-ci). La formule était la même que sur le EP, mais tellement plus creusée, tellement mélodique et entêtante... Du vrai pop-rock, putain. Encore aujourd'hui, sans problème que je t'écoute cet album. Il a une saveur nostalgique et heureuse à la fois.

   Un peu comme le t-shirt. Je ne pense pas l'avoir beaucoup mis, la faute à son rouge qui explose les yeux et à mon look plutôt tourné vers le noir. L'époque où je l'ai le plus porté, c'était probablement entre ma première et ma deuxième année de fac. Le seul souvenir net que j'en ai c'est d'un matin d'hiver où je l'avais enfilé par-dessus un t-shirt à manches longues. J'étais arrivé pour mon premier cours de la journée alors qu'il faisait encore nuit, et j'avais l'impression, sur le trottoir, que mon t-shirt brillait.
   A ce moment-là j'étais très pote avec un mec qui s'appelle Radan. Je l'ai désormais un peu perdu de vue, mais il m'a ouvert à plein de groupes, de disques, d'écrivains... Je me souviens de discussions de plusieurs heures dans sa caisse ou sur le campus de la fac, on disséquait des chansons et des souvenirs pendant qu'il fumait clope sur clope. Je me souviens qu'il avait dit un truc qui encore aujourd'hui me paraît assez pertinent sur Kissing Tigers : que si Jacob Bannon, le chanteur de Converge, avait un groupe de pop, ça donnerait ça. Je sais, ça n'indique pas grand chose sur le son du groupe, mais la comparaison me plaît toujours.

   J'ai peu de souvenirs de cette époque, pour une raison que j'ignore, mais les quelques-uns que j'ai gardés me font un peu mal. Bizarrement plus que ceux du lycée, par exemple. C'était une vraie époque de transition, qui posait des questions réelles, aux angles bien durs : qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? Qu'est-ce que le monde attend de moi, et vice-versa ? Est-ce que mes potes de toujours seront encore là l'année prochaine ? Et dans cinq ans ? Et dans dix ? Parce que ça y est. Ma première année de fac, c'était y'a dix ans. Merde. Ca veut dire que je traîne ce t-shirt depuis genre neuf. Ouch.
   A l'époque la musique, violente, émotionnelle, hurlée, me permettait de me protéger de ces questions, d'y répondre par un gros majeur levé. Ca n'a pas tellement changé, finalement.
   Cet été je suis retourné un matin sur le campus de la fac. Je n'y avais pas foutu les pieds depuis quatre ans, je crois bien. La rentrée n'avait pas encore eu lieu et il n'y avait personne nulle part. Et bien entendu personne que je connaisse. Je suis resté vingt minutes, pour le geste et parce qu'il faisait beau, et puis je me suis cassé. Ca n'avait aucun sens d'être là, cet endroit n'était plus à moi. Les souvenirs ne peuvent pas toujours être ressuscités.

367643   Petit épilogue sur Slowdance Records, qui avait sorti l'album des Kissing. C'était un label de Portland, dans l'Oregon. Grâce à eux (et en fait grâce à Kissing Tigers, donc, qui a été ma porte d'entrée), j'ai découvert une floppée de groupes que j'aime toujours aujourd'hui, The New Trust et The Velvet Teen en tête. En fait, c'est ouf, mais je crois bien que je ne suis pas loin du tout de posséder tout leur catalogue. J'avais quasiment tout commandé via leur site de l'époque ; ce t-shirt y compris. Faut dire qu'ils n'ont sorti qu'une grosse vingtaine de disques avant de se prendre l'arrivée du mp3 dans la gueule et de mal gérer le virage. Je n'ai aucune idée de ce que les mecs derrière la structure sont aujourd'hui devenus. Je sais juste que j'ai toujours l'adresse e-mail de l'un d'eux, Ezra, dans ma liste de contacts.
   Parce que ouais, j'ai toujours la même adresse mail qu'à l'époque.