Ces derniers temps j'avais du mal à regarder des films, quelqu'ils soient. Je sais pas pourquoi, probablement que ça devenait trop long pour moi, avec mon attention en berne pour cause d'âge chaque jour un peu plus avancé. Je plaisante, mais c'est pas tout à fait faux : le fait de mater des séries m'a habitué à des intrigues de quarante minutes, et quand on repasse à une durée d'une heure trente, ça peut devenir chiant. Tous ces films qui ont des premières demi-heures super lentes, là, ça va, quoi...
   Mais ces derniers jours je me suis repris, et j'ai enchaîné pas mal de films. Dont The Woman, réalisé par Lucky McKee et écrit par Jack Ketchum.
   Comme d'hab, cette intro est longue et sans intérêt. Je sais.

the_woman_poster_green_eyes   Sorti en 2011 aux US of A, "The Woman" raconte l'histoire d'un avocat bien sous tous rapports, père de famille américain, qui, lors d'une partie de chasse, tombe sur une femme sauvage. Il l'assomme, l'enchaîne dans sa cave, et se met en tête de l'"éduquer" avec l'aide de ses trois enfants (deux filles et un garçon) et de sa femme.
   Bon, je vais pas trop spoiler en disant qu'il veut surtout la violer à loisir, et que c'est un énorme psychopathe incestueux, violent et dominateur. Vas-y que ça tabasse sa femme et que ça viole sa fille histoire de la foutre enceinte.
   Ouais, ouais, d'accord, les gens qui ont vu le film, là, ils doivent se dire que je spoile carrément tout, en fait. Mais j'insiste : je ne spoile rien. J'explique.
   Généralement, dans les films confrontant des types civilisés à des types sauvages, la mécanique est rituelle :
1) l
es civilisés se font tarter la gueule par une bande de dégénérés
2) la moitié d'entre eux se fait tuer
3) la moitié qui reste puise dans ses instincts pour devenir aussi sauvages que leurs opposants et pour reprendre le dessus.
   On connaît, c'est la construction quasi-systématique des survival. Et en fait je ne sais pas du tout pourquoi je raconte ça vu que "The Woman" n'est pas un survival. Oublions ensemble ce paragraphe.
   Je retente d'expliquer en quoi balancer cash que le père de famille est un malade complet n'est pas un spoil. Ah, ça y est, je me souviens de pourquoi je parlais des survival, en fait ! Parce que ce type, officiellement citoyen modèle et très civilisé, apparaît, dès la première image, comme un putain de dominateur gerbant. Sa manière de parler à sa femme, de regarder sa fille adolescente, d'agir chez lui, de distribuer les ordres à sa famille... J'ai énormement de mal à croire qu'un spectateur un peu éduqué sur ce genre de films (et vu la distribution et communication faite autour de "The Woman", je doute que beaucoup de mecs lambdas tomberont dessus) puisse un seul instant penser que ce type est sympa. C'est une ordure intégrale et révulsante, du début à la fin, même dans les scènes les plus quotidiennes. Chacun de ses gestes, chacune de ses paroles, tout en lui renvoie aux pires enculés que vous avez pu rencontrer. Ces fils de pute du quotidien qui prenne leur pied en dominant et en humiliant. On en connaît tous. Ici, c'est juste le level suprême de ce genre de merdes humaines.
   En fait, tout le film tourne autour de lui, j'ai trouvé, plus qu'autour de la femme sauvage, la "woman" du titre. C'est une espèce d'étude de cas d'un psychopathe mysogyne et de la façon dont il a réussi à dominer sa famille, qui en est réduite à rester passive face aux multiples atrocités qu'il commet, et qu'il apprend à son fils à commettre. Et finalement, l'intrigue réelle est vite devenue, pour moi, de savoir si ce salaud allait avoir ce qu'il méritait (un coup de hache dans la bite, par exemple) ou s'il allait s'en tirer. Là, je vais quand même pas spoiler, je suis pas un bâtard complet.

   "The Woman" a bénéficié d'une publicité qui me faisait attendre un film quasiment insoutenable, d'une violence psychologique et visuelle comme je n'en avais jamais vue. En vrai, bon, c'est pas le cas. C'est un film malsain, ok, mais ce soir je dormirai sans trop de soucis, m'est avis. La faute, peut-être, à ce père de famille, justement. Monstrueux. Trop monstrueux. Alors qu'on pense au début avoir à faire à un enfoiré du type "man next door", on découvre en fait au fur et à mesure du film qu'il s'agit d'un taré intégral dont les exactions sont parfois à la limite du crédible. Le personnage est trop extrême pour véritablement faire peur. Il révolte, il donne envie de le tuer lentement et douloureusement, mais il ne fait pas peur. Parce qu'en vérité, il ne ressemble pas assez à nos voisins. Pas assez à un type normal.
   La faute aussi à une mise en scène parfois chelou, qui balance des chansons rock au beau milieu d'une scène qui, sans, aurait été émotionnellement super forte.

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Cela dit on peut acheter une lame de tondeuse à gazon issue du film, donc ça va.

   Mais, putain, ça reste un vrai bon film. Pas un chef-d'oeuvre, mais un truc qui mérite carrément d'exister. La morale du truc est très difficile à cerner (je ne suis en fait pas vraiment sûr qu'il y en ait une), et la fin est carrément cool, si on excepte un truc assez grotesque qui sort d'une niche (je vous laisse découvrir ce qui est pour moi le point de quasi-rupture de la crédibilité du père). Les acteurs jouent tous bien (mention spéciale à la fille adolescente, qui se rapproche le plus d'une "héroïne" dans ce film où presque tous les personnages sont des incarnations de la violence ou de la peur).

4708925843_e30a5f384e   Et puis merde, ça a été écrit par Jack Ketchum ! D'ailleurs, c'est la suite de "The Offspring", une précédente collaboration de McKee et Ketchum qui traitait de la vie de la femme sauvage. Et "The Offspring" était lui-même la suite du roman "Off season", de Ketchum, qui lui était un survival traditionnel narrant une baston entre le clan de ladite femme sauvage et un groupe de jeunes civilisés.
   Jack Ketchum est un écrivain au visage très probablement refait dont j'ai lu trois bouquins. Là, après Serge Brussolo, autant vous dire qu'on augmente de dix bons niveaux dans le glauque littéraire.

girl_next_door_ketchum_warner_1989   Le premier de ses romans que j'ai lus s'appelle "The Girl Next Door". Je l'ai acheté sur la foi d'un bandeau qui me promettait une préface de Stephen King. J'ai pas regretté. L'histoire, dans une banlieue calme des années soixante, de deux soeurs qui sont recueillies par une tante à la mort de leurs parents. T'inquiètes que ça va se finir avec du viol collectif dans la cave, la tante trouvant un goût agréable au fait de faire torturer ses nièces par les gamins du voisinage.
   Comme dans "The Woman", il y est question de domination, de saloperie humaine, et des visions dégueulasses que les hommes peuvent avoir des femmes. D'ailleurs, une adaptation ciné existe, je compte me la faire sous peu.
   Ah, et, bien entendu, la couverture que j'ai mise en illustration est complètement à la ramasse, et il n'est nulle part question de pompom girls dans le roman.

off_season179734   Ensuite j'ai enchaîné avec le susnommé "Off season". Pas un livre inoubliable, mais c'était la première fois, et peut-être la seule, en fait, que je lisais un survival en livre. J'étais habitué au genre au cinéma, mais en roman, c'est plutôt cool aussi. De grosses bonnes idées au niveau de l'intrigue, et une mémorable scène ultra-gore de soupe à la bite. Je ne plaisante pas.

101477463   Enfin, plus récemment, j'ai lu "Only Child", qui lui aussi recoupe un max les thèmes de "The Woman", puisqu'il s'agit de l'histoire d'un père ultra-dominant et incestueux et de la détermination de sa femme à protéger leur fils de sa malfaisance. Si le roman a un côté "inspiré d'un fait divers réel" un peu trop prononcé, les personnages y sont crédibles, et le père finalement plus flippant, car plus crédible et "civilement normal" que celui de "The Woman".

   A noter que ces trois romans sont dispos en français aux éditions Bragelonne. A ma connaissance, ce sont les seuls qui ont été traduits et qui sont encore trouvables (d'autres l'avaient été il y a des années par Fleuve Noir, mais c'est la croix et la bannière pour remettre la main dessus).
   Ketchum a écrit un bon paquet d'autres bouquins, généralement des thrillers réalistes, violents et désespérés, qui prennent place dans les petites banlieues d'Amérique. D'ailleurs, "The Woman" est sorti en roman en même temps que le film, les deux oeuvres ayant été créées conjointement. Je vais essayer de me le trouver, histoire de voir ce que ça donne sans les images.

   Bon, j'ai fini de dire ce que j'avais à dire sur ce film, et je trouve pas de conclusion marrante à faire. Donc je vais juste vous laisser aller le voir.