Si si la famille, GROS retour en fanfare de Survivre la Nuit.
   Bon, retour tout court, en fait, et ce sera déjà bien. Après un mois de glande quasiment intégrale, il ne faut pas trop m'en demander, donc je reprends tranquille avec quelques disques. Ne soyez pas trop exigeants, c'est malpoli.

the_cardinal_sin_hurry_up_and_wait_102187334The Cardinal Sin "Hurry up and wait"
   Bon, je connais ce disque depuis longtemps, en vrai. Faut dire qu'il est sorti en 2006, donc ça va, j'ai eu le temps d'être au top de l'actu.
   Juste, je me le suis vachement remis dans la gueule ces dernières semaines, probablement parce qu'il fait écho à mon quotidien du moment d'une manière douloureuse. Sérieusement, faut lire ces paroles : "I can't believe this / Will I throw it all away? / It's been my whole life / At least since I was young / Bills stack up and don't get paid / It doesn't feel right / Keep my mouth shut and play along / Seldom second guess every action / This time I think I might have / Wished I had done a few things differently / All the crappy jobs, the drinks, and drugs / Watching too much TV / I feel I'm light years behind / People the same age as me". Le mec écrit ma bio, quoi.
   Musicalement, disons que c'est du Archers of Loaf en plus pop-punk. Ca ne t'évoque rien ? Bah disons que ça joue vite, pas toujours très juste, mais toujours mélodique et furieusement passionné. L'urgence, mon gars, elle est annoncée dès le titre de l'album. En vrai, c'est un putain de gros disque, voilà. Genre écoute ce titre d'ouverture, quoi.
   Certains des mecs du groupe (le chanteur, notamment) avaient auparavant une autre formation, The Crush, presque aussi cool, mais c'est vraiment avec The Cardinal Sin que les mecs (et la fille, à la batterie) ont tout niqué. Cet album est parfait de bout en bout, leur précédent EP "Oil & Water", la même, et leur split 7" avec Small Towns Burn A Little Slower (autre excellent groupe aujourd'hui disparu) vaut lui aussi le coup d'oreille, même juste pour quatre titres. Donc, bien entendu, comme d'habitude avec les groupes qui posent leurs couilles et leurs tripes dans leurs chansons, ils n'ont pas marché, personne ne se rappelle d'eux, ils ont dû perdre plus d'argent qu'ils n'en ont gagné, et aujourd'hui le groupe n'existe plus. Tiens, on est en décembre, donc cadeau. Télécharge ça, ça te fera du bien. T'auras envie de t'ouvrir les poignets et de jeter ton sang au visage du monde.

51A3BknWv5L__SL500_AA300_Crystal Castles "S/T"
   Pendant genre trois jours, j'ai cru que j'adorais ce groupe et qu'en fait, parfois, les hipsters avaient bon goût.
   Le truc c'est que je suis fan de la série "Skins" (on en parlera bientôt, je pense), et que dans l'un des meilleurs épisodes de cette série ce groupe apparaît et chante ce qui est clairement son meilleur titre, "Alice Practice". Un truc dérangeant, douloureux, à l'électro à la fois bancal et parfait, qui te donne l'impression de t'enfoncer des clous rouillés dans la boîte crânienne. Encore maintenant je trouve ce titre vraiment bien.
   Mais tout le reste de l'album (moins le titre d'ouverture "Untrust Us", qui est lui aussi très bien) est juste mauvais et chiant, voilà, c'est comme ça, c'est la vie. Deux vrais bons titres pour quand même QUATORZE à crever d'ennui. Mais bon, au moins j'aurais été un hipster pendant trois jours.


Eisley_The_Valley_cover_largeEisley "The Valley"
   Ca fait trois albums maintenant que les soeurs et frères Eisley nous font le coup. Cette putain de bâtardise de passer à quelques pauvres centimètres du génie total. Dès leur premier album ils le tutoyaient déjà, et on a cru (j'ai cru, en tout cas) que ce serait pour le deuxième, qu'ils deviendraient mon groupe favori pour l'éternité et tout ça. Et puis non.
   Ce troisième album refait le même truc. Certaines chansons ("Please", "Smarter", ou l'évident et lacrymal "Ambulance") sont à tomber à genoux en pleine rue, foudroyé par la beauté irréelle de ces voix féminines, par la subtilité maladive des arrangements, par ces mélodies qui t'arrachent des petits bouts de coeur à chaque putain de note. Tu les écoutes et tu te dis que tu ne pourras jamais t'en remettre, que c'est la perfection pop incarnée, que tous les Adele et compagnie sont dégagés loin, très loin, d'un seul souffle de ce groupe invincible. Tu te dis que t'as trouvé le messie de la musique, tout ça.
   Et puis la chanson se termine, et puis y'en a une autre derrière, et tu dis "meeeeinh". Et "meeeeinh", on le sait bien, ça veut pas dire que c'est nul, ça veut dire que ça passe très bien dans le métro, mais sauf qu'être poussé à dire "meeeeinh" derrière un truc de ce calibre, c'est cruel. Merde, avec leurs trois disques, il faudrait n'en faire qu'un, et là, enfin, on aurait ce disque parfait que j'ai encore la faiblesse de les croire capables de pondre un jour. Merde, y'a tellement de bon goût dans leurs pochettes, tellement de beauté sur leurs gueules à tous, tellement d'abysses dans leurs voix... Je crève d'envie de les voir réussir une bonne fois pour toutes.


Fucked Up "David Comes to Life"
David_Comes_To_Life_Fucked_Up
   Quand j'ai découvert ce clip dont je vous ai parlé y'a quelques semaines, j'ai cru que je venais de mettre la main sur l'album que j'attendais depuis toujours sans le savoir (oui, je crois moi aussi que j'ai déjà utilisé cette formule deux cent seize fois). Et en fait pas vraiment. Mais presque. Mais non.
   Quand je me fous une chanson au hasard de ce disque (et des chansons, y'en a dix-huit, donc ça va), j'ai toujours l'impression d'écouter un putain de tube punk-rock comme il s'en fait trop peu, un truc qui te tartine la gueule de baffes en souriant comme un gosse sous LSD. Ca donne à chaque fois envie de sauter partout et de faire la révolution et de tomber amoureux et de frapper son patron et tout ça.
   Mais le problème, justement, c'est que toutes les chansons de cet album font exactement le même effet, et exactement de la même façon. J'irai pas jusqu'à dire "qu'elles sont toutes pareilles", mais c'est juste pour pas faire de peine aux bons gars de Fucked Up, qui lit certainement ce blog et que je ne voudrais pas blesser. En plus ils ont quand même le meilleur nom de groupe du monde.
   Alors je sais pas. Peut-être que ce qu'il faut faire, c'est écouter cet album par petits bouts, et pas d'une traite. Ce qui est quand même un peu dommage pour un concept-album. Je ne sais pas. Juré j'ai envie de l'aimer, ce disque, à la folie. J'arrive juste à l'aimer "beaucoup", ce qui, on en conviendra, n'est clairement pas la même chose au moment de compter les pétales. Merde, cette image est pourrie.


The Horrible Crowes "Elsie"
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   Bon, déjà, notons tous ensemble que cet album a pour titre le nom de l'héroïne de l'un de mes romans. C'est, je trouve, une bonne raison pour que vous achetiez ledit roman, surtout que mes droits d'auteur tombe ce mois-ci, si vous voyez ce que je veux dire...
   Bref. Donc voilà, si tu viens ici c'est que tu connais probablement l'histoire, The Horrible Crowes, c'est le side-project de Brian Fallon, le chanteur génial des tout aussi géniaux The Gaslight Anthem (regarde à nouveau la bannière du présent blog si t'as un problème avec ce groupe).
   Sans trop de surprise, c'est mortel. Sans trop de surprise non plus, c'est moins mortel que le Gaslight. Un peu plus calme, moins pop et plus classic-rock, on retrouve quand même les paroles blindées de détails biographiques de Fallon, sa voix usée et tremblante, son énergie à casser ses cordes, et puis ces trous de tristesse au milieu d'une chanson qui fait semblant d'être contemplative pendant deux couplets avant de te niquer l'estomac d'une chute dépressive soudaine.
   Non, juré, c'est du lourd, pas de souci. Ca reste un side-project, mais c'est du lourd. Du Springsteen remis à l'heure, une certaine idée des grands espaces américains, une série d'instantanés pris lors d'errances nocturnes un peu alcoolisées durant lesquelles on ressasse les noms des filles qu'on a connues et des potes qu'on a perdus. Un truc comme ça.


Kris Roe "Hang your Head in Hope"
2842672002_1   Bon, en fait, j'aurais pu/dû dire que cet album est des Ataris, mais maintenant j'ai foutu la pochette et tout, et si je change l'ordre de mes critiques, ça va me faire chier niveau mise en page, donc on va continuer à dire que c'est un disque de Kris Roe.
   Parce que bon, arrêtons de faire semblant, Kris Roe, c'est The Ataris, The Ataris c'est Kris Roe, et tous les mecs qui ont joué avec lui un jour le savent à mon avis très bien. Je ne m'en plains d'ailleurs aucunement, vu que je tiens ce gars pour le plus grand parolier de l'histoire du pop-punk et de ma vie d'auditeur.
   Sinon, cet album n'en est pas vraiment un, en fait. C'est l'enregistrement d'une session acoustique enregistrée vite fait en studio et que Kris a mise en vente sur internet pour financer sa prochaine tournée et pour, enfin, finir l'enregistrement de son véritable prochain album, "The Graveyard of the Atlantic", qui se fait quand même attendre depuis cinq ans, maintenant.
   D'ailleurs, sur ce "Hang your Head in Hope", on en entend un peu, du Graveyard. En acoustique, d'accord, et seulement sur trois chansons dont deux qu'on connaît déjà, mais les fans prendront ce qu'il y a à prendre. On y trouve aussi une reprise des Replacements, une autre des Misfits, et puis les relectures d'une dizaine d'anciennes chansons des Ataris. C'est un disque d'attente, une carte postale qu'on n'attendait pas et qui nous dit "Juré, ça arrive. Je vais bien, et dans pas longtemps je vous en filerai la preuve. En attendant, take care, i love you".
   Au passage, dans notre ère de la musique dématérialisée, je trouve cette formule pas mal, en fait. De foutre régulièrement quelques titres en téléchargement, hors du cadre d'un vrai album. Juste quelques morceaux, quelques souvenirs de studio, des bouts de quotidien musical. Kris Roe vend son disque sur la base du "pay what you want", en plus, donc si t'as envie, tu fous un ou deux pauvres dollars, tu lui paieras quelques-uns des kilomètres qu'il fait en ce moment pour sa tournée solo aux Etats-Unis, et t'auras un disque vraiment chouette, dont je n'ai d'ailleurs pas tellement parlé, en fait. Faut dire que je connais tellement la discographie de ce mec que ça me paraît presque comique, maintenant, de vouloir encore décrire sa musique. Ecoute-la, tiens. Ca changera probablement ta vie.
   

Sealight "Dead Letters"
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   L'un des membres de ce groupe m'a contacté il y a maintenant genre deux mois, et j'avais répondu direct un truc genre "pas de souci, je parle de votre disque dans pas longtemps". Toujours prompt à ne tenir mes promesses qu'à moitié, voici donc la critique de "Dead Letters".
   Sealight porte génialement son nom, je trouve. La sensation à l'écoute des cinq chansons de ce disque, c'est celle d'être perdu en mer, au creux d'une nuit sans début ni fin. On se laisse voguer et au loin on voit la lumière de la côte, mais on ne fait même pas d'efforts pour la rejoindre. On attend juste en essayant de ne plus penser à rien.
   Une voix féminine, quelques accords qui respirent loin et fort, comme au milieu d'une étendue désertique, et puis l'envie de fermer les yeux et de se laisser prendre dans la glace pour ne plus jamais se réveiller.
   A l'écoute de ce disque, tous les autres trucs qu'on a pu qualifiés "d'éthérés" auparavant nous paraissent devenir des titres boursouflés et pompiers. Il y a ici une lenteur, une subtilité de son, une discrétion, presque, qui rend le truc difficile à aborder. En fait, sûrement qu'il ne faut même pas essayer. C'est de la musique de méditation, un truc qu'on lance avant de s'allonger, le regard fixé au plafond, et de réfléchir à la mort. Ce genre de trucs qu'on fait vers 18H30 en hiver, vous savez ? Je ne sais même pas si j'aime ce disque ou non, ou s'il est bon ou mauvais. Ce n'est pas le sujet, en fait.