Hey, salut les gosses ! Bon, on est chaud question deadline, mais techniquement c'est bon, en postant ce soir je continue à tenir le rythme d'un article hebdomadaire. Ca fait même pas un mois que je me suis mis cette contrainte et je me sens déjà faiblir. Bordel, c'est moche à voir... Bon, en tout cas, ce soir (ou aujourd'hui, après tout je ne sais pas quand vous me lisez) on parle d'un disque pas mal du tout et de comment je me suis retrouvé à l'écouter.

picture   Ce disque, c'est celui d'une certaine Fallon Bowman, et il s'appelle "Human.Conditional".
   Je ne m'attends vraiment pas à ce que vous connaissiez cette fille, et si je vous dis qu'elle a auparavant sorti deux disques d'indus sous le nom Amphibious Assault, j'imagine que ça ne vous aide pas plus à savoir d'où elle sort. Pareil si je balance qu'elle a 28 ans et qu'elle est canadienne, c'est le genre d'infos parfaitement inutiles qu'un critique de disque se sent pourtant obligé de caser.
   Par contre, si je dis que cette fille était la guitariste originelle du groupe Kittie, ça vous dit quelque chose, là ? Bon, en vrai, peut-être même pas. Pour que c'eusse fut le cas, il aurait fallu que vous soyiez lycéens au début des années 2000 et que vous eussiez lu (la concordance des modes et des temps dans cette phrase devient absolument n'importe quoi) le magazine Rock Sound de manière régulière.
   Ce magazine, aujourd'hui défunt, était la bible du courant neo-metal au début de notre siècle (ouaip ; ça y est, 2011, on a le droit de dire "au début de notre siècle" pour parler de trucs qu'on a connus). Et dans l'un de ses numéros il avait fait de "Spit", le premier album du groupe Kittie, son disque du mois.
   Kittie était, est, et a toujours été un groupe merdique. Des quatrièmes couteaux du neo-metal, au mieux, qui n'avaient fait parler d'eux que pour une seule et unique raison : le groupe n'était composé que de filles, adolescentes de surcroît. Elles portaient des vêtements en cuir noir, disaient vénérer Satan dans leurs interviews et arboraient piercing et gueules d'enterrement sur les photos promos. Du bon produit bien marketé pour se vendre par palettes aux "ados rebelles" du monde entier, qui pouvaient ainsi cumuler leur attrait pour la musique vaguement violente et leur attrait pour les meufs vaguement bonnasses.

   Déjà à l'époque j'avais compris l'arnaque, et c'est non sans fierté que je peux dire n'avoir jamais aimé Kittie. Cependant, en faisant quelques recherches pour cet article (je sais, on dirait un mensonge) je suis tombé sur cette photo datant des tous débuts du groupe :

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   Voilà. Si tu ne trouves pas que c'est la meilleure photo de groupe jamais prise, toi et moi devrons immédiatement mettre fin à notre relation, je le crains. Le sourire adolescent. Les quinze mille bracelets achetés dans la boutique "gotik" du coin. Le sac à dos. L'arrière-plan qui a toutes les chances d'être l'entrée du lycée. Le vernis noir. Le majeur dressé à l'attention d'on ne sait pas qui. LE PUTAIN DE T-SHIRT SLIPKNOT. Cette photo me touche, pour de vrai, ça renvoie à tellement de dimensions de ce que j'étais à cet âge-là que je n'ai même pas envie de développer. C'est une photo qui a l'air sincère. En tout cas, si ce groupe avait eu un semblant de profondeur artistique il en aurait fait la pochette de son disque. Mais bon, t'imagines bien que ça n'a pas été le cas.
   Les deux filles de la photo, c'est la bassiste de l'époque (au premier plan) et la guitariste, Fallon Bowman, assise derrière avec ses cheveux rouges. Elles se sont toutes les deux faites virer du groupe, très rapidement, et depuis c'est le turn-over permanent, je crois, mais ça ne nous concerne plus, parce qu'on a déjà assez parlé de Kittie. Revenons à Fallon Bowman.

25092009017_1_   Je me souviens d'une interview de l'époque où les meufs du groupe disaient avoir viré Bowman parce qu'elle devenait trop obsédée par le massacre de Columbine. Je trouve cette raison d'éviction aussi grotesque qu'hilarante. Et forcément, ça m'a donné envie de suivre la guitariste dans ses projets solos. Surtout que s'il y avait une fille à suivre dans le groupe, c'était quand même elle, photo à l'appui à droite de ce paragraphe.
   Amphibious Assault, son premier projet, a accouché d'une quinzaine de titres indus dont je ne pense rien. L'indus, c'est un style dont je me fous assez intégralement et sur lequel je peine vraiment à avoir un avis. Faudrait que des connaisseurs voient ce que ça donne. Moi je trouve les deux disques (un album et un EP) assez peu intéressants, trop froids et scolaires, peinant à éveiller la moindre émotion chez moi. Mais techniquement ça tient la route, et Fallon Bowman dévoile une voix sévèrement assurée, qui réussit à se poser dans du gros effet risqué, flirtant même avec la putasserie, sans jamais se casser la gueule. Autant dire que la chanteuse de Kittie fait tiep à côté, mais je digresse.

   Ce projet a déjà quelques années, maintenant, et je n'ai pas vraiment suivi Bowman depuis, étant donné le peu d'effet qu'elle m'avait procuré. C'est un peu par hasard, suite à une récente conversation sur Kittie avec des potes, que j'ai repensé à elle, et que je suis tombé sur l'album "Human.Conditional", qu'elle a sorti sous son propre nom au début de l'année 2011, et dont elle est la compositrice quasi-unique.
   Hé benh franchement c'est très cool. Je ne lâche pas mon "album de l'année", ni même tout à fait mon "album du mois", mais quand même mon "album de la semaine", clairement. On ne parle plus ici d'indus, même si certains titres font encore un peu de pied au style (genre sur le dansant "Mistakes-Retake"). On ne parle même pas vraiment de rock, du moins pas tout le temps. En fait, parfois, on ne sait plus vraiment de quoi on parle. Les arrangements de certaines chansons versent dans la pop radiophonique ("Laughing with me"), d'autres lorgnent carrément sur la soul ("Make up your mind")... Ca part un peu dans tous les sens, mais sans se perdre. La colonne vertébrale de l'album, c'est la voix grave et profonde de Fallon, qui fait à nouveau preuve d'une assurance presque troublante. Elle chante superbement, et semble capable d'adapter ses cordes vocales à n'importe quel style.
   L'album est chaud, réconfortant, et c'est le genre de disque qu'on se met le soir, vers 19H, encore dégueu de sa journée de travail, allongé sur son lit à espérer qu'à force de fixer le plafond on aidera demain à être meilleur qu'aujourd'hui. Tu peux écouter quelques trucs ici.

   Bon, c'est un article un peu long pour un seul disque, alors je vais m'arrêter là. Mais fallait vraiment que je foute cette photo... Un t-shirt Slipknot, putain. Y'a-t-il plus représentatif de ce qu'était ma version de l'année 2001 ? Ni honte ni regrets, juste un sourire bienveillant.
   Tiens, je vous laisse avec une autre photo géniale, qui elle est belle est bien devenue une pochette d'album. Celle du disque "Elle avait peut-être 19 ans mais pour moi elle en aura toujours 12", du groupe A.H. Kraken.

arton29