C'est comme d'hab. Plein de trucs chiants à faire dans la vie réelle, et une volonté toujours moins forte pour y faire face. On vieillit et on part en morceaux.
   C'est comme d'hab. La musique soigne et écoute. Elle aide à se lever le matin et à se coucher le soir. Tu connais le couplet, tu l'as sûrement toi aussi déjà écrit. Rapide et inutile passage en revue de ma bande-son de ces dernières semaines.

1302077379_face_tomorrow_stFace Tomorrow "S/T" (2011, Redfield Records)
   Mine de rien, ce groupe que rien ne destine à marquer l'histoire de la musique survit sans aucun problème dans mes playlists du quotidien. Je les écoute depuis des années, presque dix, depuis un titre sur une compile du label quasi-inutile Reflections records. Je ne les écoute pas tous les jours, hein, pas même toutes les semaines. Mais possiblement tous les mois, ouais. Ce qui n'est pas insignifiant, quand t'as empilé plusieurs milliers de disques dans la mémoire de ton ordinateur contre les murs de ta chambre. Combien d'autres groupes, dont je me hurle fan pendant une semaine à qui veut bien m'écouter, ont quitté mes oreilles au bout de quelques mois pour ne plus jamais y revenir ?
   Celui qui a dit "The Wonder Years ?" mérite un mollard pour peut-être avoir raison.
   Toujours est-il que Face Tomorrow est toujours là, tant dans mes écouteurs de marque "survivrelanuit" que dans le paysage rock de leur Hollande natale. Oui, j'essayais de dire qu'ils sont Hollandais d'une manière originale. C'est raté. Tant pis.
   Débarassés depuis au moins deux disques de l'image "wannabe-Thursday" que je leur collais, peut-être en partie à cause de la ressemblante physique entre les chanteurs des deux groupes, je me contenterai désormais de dire qu'ils font du rock à tendance émotionnelle. En effet, ça ne veut rien dire, c'est cadeau.
   Après un "In the dark" en demie-teinte (j'en avais parlé ici), ce quatrième album sans titre est un putain de rappel à l'ordre, un bon poing dans ma gueule qui me rappelle furieusement les meilleures titres de leur disque "The closer you get". Disque qui n'en comptait, de bonnes chansons, qu'une sur deux environ. Quand c'était le cas, elles étaient effectivement grandioses ; mais ce n'était le cas qu'une fois sur deux, ouais. Ici, chaque titre a été pensé pour te tabasser les entrailles. Ca ne hurle pas, ça ne joue pas tellement vite ou fort, mais ça reste coupant, façon lame de rasoir sur les poignets et compagnie. Superbe voix, superbes guitares, rythme qui ne part jamais en couille. C'est le premier de leur album où pas une seconde ne me paraît en trop. Je pourrais dire que c'est l'album de la maturité, si je voulais faire mon drôle.
   Face Tomorrow prouve que l'emo-pop n'est pas morte. Elle est juste retournée là où elle est la meilleure, là où sa sincérité ne peut pas être remise en cause : dans le fond, où les disques se vendent à quelques milliers d'exemplaires au grand maximum, et où la sensation d'être le seul à connaître ce groupe te réchauffe lorsque vient le soir. Ouais ouais, ça revendique, aujourd'hui.
   Deux clips illustrants des chansons très représentatives de la qualité de l'album : All the way, et The fix.

the_summer_setThe Summer Set "Everything's Fine" (2011, Razor & Tie)
   Arf, et merde. J'avais ultimement kiffé leur premier album, "Love like this". C'était l'essence même de l'été que je me fantasme depuis des années, transformée en une dizaine de chansons. C'était un groupe de cool kids que j'avais envie de croire tout droit sortis du lycée de Sunnydale. Katy Perry en choc frontal avec New Found Glory, le rêve du Californien imaginaire que je suis depuis que j'ai vu mes premiers teen movies au collège. J'étais amoureux d'eux, prêt à en faire ma happy soundtrack pour la vie.
   Et puis voilà, deuxième album, "Everything's Fine", et tout s'écroule. Des chansons très majoritairement insipides, d'où ne ressort aucun titre un tant soit peu marquant. A peine quelques chansons sympas (on citera "Must be the music" pour être fair-play). Il y a toujours l'odeur d'été, ok, sauf que c'est désormais l'été de n'importe quel mec qui se lève en allumant M6. Franchement, on dirait du Maroon 5 ou je ne sais quoi. Ces chansons n'ont plus rien à elles, plus rien qui me donne envie d'aller faire des feux sur la plage avec les membres du groupe. C'est une espèce de soupe pop qui passe absolument partout, qui ne gênera personne, dans aucune soirée d'aucun pays. Ce sera vaguement écouté, très vite oublié.
   Dans le doute, je me suis remis ce matin "Love like this". Aucun problème, ça reste un putain de gigantesque album de pop acidulée, un foutu morceau de fantasme, dix chansons faites pour les gens de bon goût.
   Si troisième album il y a, j'espère que The Summer Set se souviendra de ceux qu'ils ont un jour été, et qu'ils arrêteront de vouloir faire les grands.

1985511_tegan_and_sara_sainthoodTegan and Sara "Sainthood" (2009, Sire)
   Je n'écoute pas Tegan and Sara depuis si longtemps que ça. Allez, depuis deux ans, on dira. Depuis que des potes m'ont passé leurs disques et que j'ai fait l'effort de creuser un peu ce qui me semblait alors n'être qu'un groupe "pop indé précieuse et fragile" de plus.
   Le cas des deux canadiennes jumelles s'est révélé plus compliqué que ça. Ce n'était heureusement pas "précieux et fragile", mais ce n'était pas non plus assez volontaire et frondeur pour totalement m'emporter. Alors, jusqu'ici, ça marchait environ une chanson sur trois, quand une mélodie au cristal, des voix un peu morveuses ou une ambiance plus électrique arrivait à me dire "si si, juré, un jour tu vas vraiment nous kiffer et arrêter de n'écouter que la moitié de nos disques !".
   C'est finalement arrivé avec "Sainthood", leur dernier album en date. D'habitude c'est le contraire, les mecs commencent à faire du punk-rock en crachant et finissent après quelques albums derrière un clavier cheap à sussurer des paroles de trentenaires. Là, Tegan et Sara (le nom du groupe permet de nommer sans souci ses membres, c'est cool... Par contre ça permet moins de savoir qui est qui sur les photos) ont justement un peu éloigné leurs claviers du studio (pas complètement non plus), ont branché des guitares, et se sont demandées ce que ça pourrait faire de jouer plus vite et avec plus de bave aux lèvres. Grand bien leur en a pris. Du début à la fin, l'album distribue gentiment les pulsations d'électrocardiogramme par paquets de trente, et révèle une énergie rock dont j'ignorais que les deux héroïnes du jour étaient dotées. Le tout sans oublier leurs spécificités, leurs paroles beaucoup plus fines qu'elles n'en ont l'air, leurs dérives électro qui vont très souvent taquiner le dancefloor, et puis cette voix qui te fait tomber amoureux. Bref, gros gros disque. Que la poste canadienne refuse de me livrer, d'ailleurs. Une guerre est en train de se dérouler dans ma boîte mail à ce sujet, mais on sort de la critique musicale.

164779_groupie_20062011_0856Télémaque "Groupie" (2011, Chez Kito Kat Records)
   Oui, je sais, l'image de la pochette est petite, mais je trouve pas plus grand sur internet et j'ai pas de scanner sous la main. La vie est triste et inutilement compliquée, hein ?
   Flo en avait parlé sur son blog, j'avais remonté la piste jusqu'au MySpace de Télémaque, et finalement, retour à Flo qui m'a envoyé un exemplaire du disque (accompagné d'un live de Katy Perry, mais c'est une autre histoire. Ecoutez sa reprise de Hackensack, quand même, c'est du lourdissime).
   Ici on parle hip-hop de dépressif (dépressif au singulier, il n'y a qu'un MC derrière le nom Télémaque). Hip-hop du fond de la nuit, sans éclairage ni promesse d'aube qui chante. Les thématiques et leur expression ne lorgnent ni du côté de Booba ni de celui de Fuzati (ne pas tomber dans le piège du rapprochement trop facile sous couvert de labelisation "rap de blanc de classe moyenne +" ; d'ailleurs je ne sais rien de la classe sociale de Jérémie/Télémaque), mais vers des sentiments amers, des intimités mal éclairées.
   Quatre titres, une instru et deux remixes, pas grand-chose pour tenir jusqu'au matin, ni pour se faire une idée sûre, mais on sera bien obligé de faire avec. Le flow façon pointe de vitesse sur l'autouroute est impeccable, les paroles aussi (je me joins cependant à la liste des ronchons qui auraient aimé mieux les entendre dans le mix ou les avoir par écrit dans un livret), et les instrus ont probablement été composées au couteau ensanglanté piqué dans le tiroir d'une clinique illégale. 10/10 dans chaque rubrique, mec.
   Mon relatif manque de culture rap m'empêche de m'adonner à la comparaison facile, ce qui est probablement une bonne chose. Je sais juste que ce disque ne donne pas envie de sourire, plutôt de serrer les dents. Ce qui est, bien entendu, une bonne chose.