Mois épuisant pour ma part, et globalement merdique. C'est ainsi. Ca n'a pas empêché le monde de tourner, DSK de violer, Ben Laden d'être tué, Tron de violer aussi, un mystérieux ministre de... Bah de violer aussi (mais des enfants, donc score X2), et mon lecteur mp3 de tourner à pleine vitesse.
   Putain, c'est naze en fait, cette histoire d'en-tête. Même si celle-ci a le potentiel pour me ramener du visiteur politisé.

Alkaline Trio "This addiction"
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   Ouaip. Sorti en 2010, chez Epitaph, t'as vu.
   J'ai un demi-problème avec Alkaline Trio. J'ai envie de les aimer, de dire que c'est l'un des putains de chefs de file du style que j'écoute en boucle tous les jours, à savoir le pop-punk. Parce que c'est le cas, je le sais, et parce que tous mes semblables question goûts musicaux s'accordent à peu près pour dire qu'Alkaline Trio est l'un des meilleurs groupes du monde ou quelque chose d'avoisinant.
   Mais j'arrive pas. Sur chaque album d'eux que j'ai vraiment bien écouté (c'est à dire presque tous, en fait), c'est le même schéma : y'a trois/quatre chansons mortelles, que je me passe en boucle, et une dizaine de trucs que j'écoute une poignée de fois par acquis de conscience, puis que je zappe ensuite invariablement. Des chansons ultra standards, certes bien écrites, mais déjà entendues mille fois et sans l'énergie ou la mélodie qui permettrait de se dire "rien à foutre, je connais ça par coeur, mais j'en reprends une louche".
   Ici c'est pareil, et le seul gros tube du disque en est aussi l'ouverture. Donc autant vous dire que le reste du disque, même par accident, je risque fort de ne plus jamais l'écouter.

 

Gallows "Grey Britain"
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   Gallows c'est des anglais super vénères (et super tatoués, du moins le chanteur) que j'avais découverts par accident lors d'un passage en Angleterre y'a quelques années, avec le disque "Orchestra of Wolves". Premier album pas terrible dans l'ensemble, trop metal pour moi, mais avec des gros affluents hardcore qui, sur certains titres, empâchaient quand même mon corps de rester immobile. Et puis y'avait ces paroles sublimes, impossibles à surpasser : "If i offer to buy you a drink / Trust me when i say it's non-alcoholic / You're no good to me if you can't even speak / I don't want you passing out i want you sucking my dick / If i offer to buy you a drink / Trust me when i say it's non-alcoholic / I want you to wake up and remember my name / When you're washing my cum off your fucking face". Les anglophones et les féministes sauront apprécier.
   Donc c'est sans espoir fou mais sans moquerie non plus que j'ai lancé "Grey Britain", leur deuxième album (sorti en 2009 chez Warner, toi-même tu sais). Je ne savais rien du disque, je voulais juste un truc violent pour faire mes deux heures de métro par jour.
   Hé benh putain, violent ça l'est. Le plan marketing met l'accent sur le fait qu'un orchestre symphonique accompagne le groupe pendant presque tout le disque, ok, c'est la vérité, mais oublie ce que t'imagines, genre metal à violons : c'est du foutu hardcore taille XXL qui crache du sang et des dents cassées. De l'intro "The Riverbank", nuage noir annonciateur de l'apocalypse (et meilleure ouverture de concert possible, aime-je à imaginer), au dernier titre "Crucifucks", c'est une volée de pains dans ta face, qui se paie en plus le luxe, facilement un titre sur deux, de donner dans le hit total qui te reste en tête quatre ou cinq siècles. Comme ce single "I dread the night", dont je conseille l'écoute tout en continuant à lire ce superbe post. Cent coudées au-dessus du précédent disque, c'est peut-être le must-have des amateurs de violence généraliste de ce début de décennie. Enfin, je dis ça, je dirai autre chose la semaine prochaine, tu connais.
   D'ailleurs, en parlant violence musicale, petit apparté : je crois que ce que le grand public reconnaît généralement comme "violence musicale", c'est le chant. Prends un truc genre Lady Gaga ou Shakira : niveau rythme et structure, c'est parfois assez violent. C'est pas Cannibal Corpse, ok, mais c'est pour de vrai soutenu, dopé aux stéroïdes, aussi agressif dans l'approche que certains groupes de metal mainstream. Sauf que pas le chant. Alors les gens aiment, tout en continuant à dire que "tes disques de fou, là", c'est de la merde pour psychopathes.
   Bah Gallows, ça va clairement les faire fuir. Le chanteur hurle tout le temps, chante mal, voire faux, s'écorche les cordes vocales à chaque syllabes, et paroles comme voix te donnent envie d'ouvrir les veines de tes voisins, si possible au hachoir de boucher. En plus le mec fait un mètre dix maximum, vingt kilos, et est roux. Je suis fan de lui.

Grade "Under the Radar"
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   Sorti en 1999 chez Victory Records, si si la famille.
   Ce qui est cool quand tu découvres un truc "culte" après tout le monde, c'est justement qu'il est déjà labellisé "culte", et que t'as le droit de l'écouter de manière distanciée, sans la pression d'être en train de vivre la naissance d'une légende ou je ne sais quoi.
   Bah de manière distanciée, Grade, c'est moyen, et sa place dans le classement des groupes les plus influents de l'histoire du punk est juste hilarante (comme la quasi-totalité de ce classement et le magazine qui l'a organisé, d'ailleurs). C'est du screamo plutôt mélodique comme y'en avait huit tonnes par mois à l'époque. Victory Records ne sortait que ça, pour ainsi dire. Le style ne s'était pas encore trop popisé, les prods étaient à l'arrache, et ça se revendiquait plus de The Promise Ring ou d'Embrace que de Fall Out Boy. Mais... Et alors ? C'était pas spécialement la "bonne époque" non plus. Ca se copiait déjà à tour de bras, et ça ronflait en pilote automatique. Pas trop violent, pas trop pop, pas trop bâclé, pas trop produit... Pile dans la ligne éditoriale demandée. C'est d'autant plus facile à entendre dix ans plus tard.
   Et puis je suis le genre de tocard à préférer Fall Out Boy à Embrace, en plus.
   "Under the Radar" n'est pas dégueu, y'a même plusieurs titres sympas, mais c'est juste... Juste anecdotique, en fait. Si t'as aucun lien émotionallo-mémoriel avec cette époque musicale et ce groupe en particulier, si ça n'a pas été ta B.O. de lycée ou quelque chose comme ça, juré, t'as pas besoin de t'y mettre.
   En plus, le chanteur est juste à claquer dans ses clips. Je hais sa gueule de manière incontrôlée.

Jemina Pearl "Break It Up"
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   Sorti en 2009 sur Ecstatic Peace! records, bam bam, tadadoum.
   Mademoiselle Pearl est la chanteuse du défunt groupe Be Your Own PET, from Tennessee, que j'ai aimé d'amour le temps des deux albums immortels qu'a duré leur carrière. Ils n'étaient pas encore majeurs, étaient plus morveux qu'un semi-remorque rempli de Bart Simpson, et avaient une énergie punk mélodique et fuck offesque qui m'a rendu fou. Puis ils se sont séparés, peut-être pour des raisons un peu salaces, les rumeurs courent.
   Et puis, encore après, Jemina est revenue avec cet album solo plus ou moins produit par Sonic Youth et sur lequel Iggy Pop lâche son featuring. Gros générique, pour une fille qui est alors encore et toujours mineure. On peut avoir peur du coup marketing censé séduire le trader new-yorkais qui se dit rocker parce que dans le bar à 50 euros le verre qu'il fréquente, ça passe les Ramones un soir sur deux et Joy Division l'autre.
   Mais non. Juré que non. C'est bien pour de vrai. Ce n'est pas surproduit, pas polissé, et ça rappelle vraiment du Blondie qui aurait des comptes à régler avec le présent et des lames de rasoir plein les poches. Mélodique, frondeur, jamais de mauvais goût.
   Ca ne vaut pas Be Your Own PET, peut-être à cause d'un assagissement de l'énergie et de plusieurs titres vaguement bouches-trous. Mais quand même. Ouais, quand même, c'est bon. Et finalement rare. Un disque de rock qui ne soit que ça : un disque de rock. Les mots "pop", "punk", "metal", "garage", "noise"... Rien de tout ça n'a de sens ici. C'est juste du rock. C'est cool pour moi.
   Et la septième chanson, "Retrograde", est un putain d'hymne. S'il y a une chanson à retenir, peut-être de toute cette série de critiques, c'est celle-ci. Ecoute-la.
   Ah ouais, aussi : Jemina est la plus belle fille du monde. Ca gâche pas le disque.

Not To Reason Why "The Book of Hours"
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   2011, Side With Us Records, tac.
   Peut-être mon groupe de post-rock favori. Ce qui ne veut cependant pas dire qu'ils soient si haut que ça dans mon classement global. Post-rock = musique quasi-purement instrumentale, orchestration de folie, grand-huit émotionnel, et finalement pas grand-chose qui t'en reste après l'écoute.
   D'une certaine façon, c'est une musique assez pure : elle n'existe que durant son écoute. Jamais un groupe de post-rock ne m'a marqué durablement, jamais un morceau ne m'est véritablement resté en tête, jamais un concert ne m'a laissé au bord de la suffocation le soir dans mon lit. Ca n'existe que lorsque je l'écoute. Et pourquoi pas, finalement ? C'est déjà pas mal du tout.
   Sur ce disque il n'y a que trois morceaux, mais bon, la durée totale est d'une petite demi-heure, t'en fais pas. Et c'est beau. Ca fait chialer, ça donne envie de nuit et de larmes solitaires, de grandes étendues glacées et d'une mission sacrée à foirer juste avant la fin. C'est la B.O. d'un film que tu crées dans ta tête. Le piano est au centre du truc, et les guitares lui créent un gouffre électrique dans lequel il chute jusqu'à la fin du disque.
   Album entièrement écoutable ici, et achetable là, dans une jolie version vinyle.

Survival Guide "Hot Lather Machine EP"
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   Ca tombe bien qu'il soit à la suite, parce que lui aussi c'est 2011 chez Side With Us Records.
   Grosse bonne surprise. La chanteuse de ce duo californien est Emily Whitehurst, qui a auparavant officié dans Tsunami Bomb puis dans The Action Design, deux groupes qui on marqué ma vie de petit con à t-shirts noirs et shorts de skate. C'est aussi la soeur du regretté Logan Whitehurst, ex-batteur du groupe The Velvet Teen, dont il sera probablement question lors d'une prochaine vague de critiques.
   Tsunami Bomb c'était du pop-punk, et The Action Design de la power-pop à synthé. Survival Guide, c'est de la pop tout court. Et c'est méga bon ta race.
   Trois titres seulement (deux sur le 7", un en bonus qui est offert en téléchargement pour l'achat du disque, ici), mais à chaque fois avec une ambiance et un son particuliers. Ca va de la pop tubesque et noire au titre acoustique douloureux. Ouais, bon, son particulier à chaque fois, mais pas ambiance particulière, je retire ce que j'ai dit. Ce disque est dédié à un spleen lancinant qui n'ose pas tout à fait s'affirmer, mais ne peut pas non plus laisser croire à l'éventualité de l'optimisme. Ca ne chiale pas, mais ça évite de sourire aussi. Un exemple ici.
   Très bon disque, j'attends lourd de l'album.

Teenage Mixtape "Everything's Gonna Be Ok..."
teenageMixtapeEP   2011, Kicking Records, oh yeah.
   Et on finit la tournée avec la famille Nasty, dont j'ai déjà parlé ici, à deux reprises.
   A nouveau, il s'agit d'un side-project de leur groupe Teenage Renegade (qui a désormais autant de sorties faites sous ce nom que sous ceux desdits side-projects ! J'aime), et de quatre reprises pressées sur un 7" finalisé lors de leur récent voyage à travers les Etats-Unis. Dans l'ordre : "I'll be around" d'Uncle Tupelo, "Last stop Tokyo" de The Riverdales, "Waiting" de Green Day, et "We" des Descendents.
   C'est toujours difficile à juger, les disques de reprises, surtout lorsqu'ils sont bons. Est-ce qu'ils le sont parce que le matériau de base l'était, auquel cas, finalement, il n'y a que peu d'honneur à sortir un disque correct, ou parce que l'interprétation proposée est cool ? Ici, de cette considération je me bats négligemment les couilles au bout d'une chanson.
   Les quatre reprises sont juste excellentes, uniquement acoustiques, et toutes teintées d'une nostalgie chaleureuse, qui ne tombe jamais dans le pathos. Un peu comme la pochette du disque, d'ailleurs. Erin, la chanteuse, n'est pas Diamanda Gallas, elle le sait, et elle fait avec, conférant au disque la saveur rock du chant rayé qui fait que j'écoute du punk depuis plus de dix ans.
   En m'envoyant le disque, Samy m'avait dit que c'était quelque chose d'assez anecdotique. C'est le cas. Quatre reprises acoustiques, très peu de moyens, pour un projet qui n'aura sûrement pas souvent de lendemains. Et alors ? Ce disque fait plaisir. Il me rend impatient de le faire tourner pendant tout l'été qui arrive. Il me donne envie d'être assis sur une plage de l'Oregon, le soir vers 19H, et d'écouter des potes jouer ces titres.
   Pour finir, ça tombe bien qu'on se quitte sur Teenage Mixtape (à croire que c'était fait exprès ; à croire que l'auteur de ce blog est très subtil), parce que parmi ses multiples projets, Nasty Samy tenait jusqu'à ces derniers jours le blog épistolaire "Allo Mike ?! Toujours dans le jazz ?" avec son compère Mickson, auteur du blog "Crust Caviar". Ca parlait films d'action, disques de rock, culture déviante et vies passionnées. C'était bon. Et c'est terminé. Ca va bientôt devenir un zine, mais en attendant, profitez des derniers jours en ligne de tout ça. Surtout que je suis cité dans le dernier texte de Samy. Ca m'a sincèrement touché. C'est un mec que je n'ai finalement fait que croiser une seule fois lors d'un concert, mais j'admire ce qu'il fait, et savoir qu'il apprécie également ce que moi je fais, ça rentre clairement dans la catégorie des plaisirs discrets que la vie se décide parfois à offrir.

   A plus !