Je suis affalé dans mon canapé, habillé seulement d'un caleçon et d'un t-shirt portés non-stop depuis trois jours. Partout dans la pièce, des canettes de coca et des paquets de chips vides. Il est midi, les volets sont fermés et la lumière éteinte. Dans mes mains, une manette de PS3. Y a-t-il meilleure façon de survivre à la vie ?
   Ouais, c'est l'heure de parler jeux vidéo. Focus sur des titres dispos en occase pour dix euros ou moins. Puisque tout votre argent part en chips et en coca.

Alone in the Dark: Inferno
alndp3041   Il y a des années, alors que je n'avais qu'une Megadrive et que le top du jeu vidéo était pour moi "The Legend of Galahad", la série des Alone in the Dark naissait. Et avec le recul et l'arrivée, quelques temps plus tard, de "Resident Evil" ou de "Silent Hill", on a décrété qu'Alone in the Dark était le père fondateur du genre survival-horror.
   Je veux bien y croire, mais aujourd'hui, ce n'est plus qu'un mouton perdu dans le troupeau. L'élève a dépassé le maître, toutçatoutça. Ni bon ni mauvais, la mouture "Inferno" de la série est un titre creux, qu'on fini sans se forcer, mais qu'on oublie aussitôt. Difficulté honnête, graphismes honnêtes, gameplay honnête (basé sur le bricolage d'ingrédients pour fabriquer des armes à partir de briquets et de sprays insecticides, genre). Jeu honnête. Et c'est tout.
   Scénario vide et pas très bien raconté, ambiance générique au possible, personnages absolument sans charisme. Reste la cool possibilité de jouer à la troisième ou à la première personne, et une scène de bagnole vraiment mortelle, au début du jeu : New York est en train de s'écrouler, la fin du monde a lieu, et on essaie de fuir tandis qu'autour de la voiture les immeubles explosent, le bitume se fissure et les démons se réveillent. Ca dure dix minutes. Le reste... Bah tu vas ouvrir des portes, tirer sur des genres de zombies, te soigner et recommencer. Comme d'hab. Un jeu moyen.
   Et au prix où sont les jeux vidéo, qui a besoin d'un jeu moyen ?
   Ah ouais, c'est vrai. On le trouve à dix euros. Bon, fais ce que tu veux de ton fric et de ton temps.

Dead Space
despp3080   Oh fuck yeah.
   Ma vie n'avait pas de sens jusqu'à ce que je possède enfin ce jeu. Je savais, pourtant, j'étais prévenu. Mais je m'en foutais. J'avais tort. C'est bien la bombasse annoncée.
   Ce jeu est aussi un survival-horror. Sauf que là, putain de merde, c'est d'un autre niveau. C'est le foutu Saint-Graal du genre. Une station spatiale ne répond plus, t'es envoyé pour checker le problème, et bien entendu, le vaisseau est infesté de parasites extraterrestres bien hostiles à la race humaine.
   Les coursives sont plongées dans l'obscurité, y'a des cadavres putrifiés partout, des mots écrits aux murs avec du sang, des câbles électriques qui pendent de plafonds éventrés, et t'as l'impression de sentir l'odeur de la mort et d'entendre les mouches autour des flaques de sang. C'est magnifique, c'est maîtrisé, c'est millimétré pour offrir une expérience parfaite.
   Et puis les munitions sont rares, les monstres balaises, et tu flippes ta race à chaque fois que tu ouvres une porte, parce que derrière se trouve peut-être dix monstres vénères, ou une ouverture béante dans la coque du vaisseau qui va t'aspirer dans le vide spatial. C'est juste parfait.
   Le perso principal n'a qu'un nom. Pas de passé, pas de dialogue, pas de visage. Il est le réceptacle destiné à t'accueillir toi, à te faire réellement te sentir dans cette putain de station abandonnée. Y'a pas de cinématiques, le scénario étant développé à travers des documents que tu trouves sur ta route, et tu n'en sais jamais plus que nécessaire. Même les menus et les textes sont intégrés au jeu, sous forme d'images holographiques ou de symboles sur ta combinaison.
   Maniabilité sans faille, durée de vie carrément honnête, niveaux de difficulté qui offrent à tous de quoi tripper.
   Perfection faite jeu.
   Le 2 vient de sortir. Mais il n'est pas encore à dix euros.

Leisure Suit Larry: Box Office Bust
leisure_suit_larry_box_office_bust_playstation_3_ps3_079   Ce titre est au jeu vidéo ce que "Vercingétorix" est au cinéma.
   Je ne sais même pas par où commencer... Bon, ça se veut être un sandbox, façon GTA. Sauf que le bac à sable est minuscule, et que de toute façon, hors de la trame de base, il n'y a rien à y faire. La trame de base, d'ailleurs... Une vague histoire de studio de ciné à sauver d'un complot. C'est méga-axé sur l'humour potache, avec environ huit mille vannes de cul (pour aucune de drôle), et il n'y a rien à y sauver. Aucun enjeu, aucune implication, aucune envie de savoir la suite.
   Maniabilité à chier qui nous fait passer dix minutes sur un saut basique simplement parce que le pied gauche du perso n'est pas positionné sur le bon millimètre carré ou parce que la caméra s'est bloquée contre un mur.
   Graphismes à peine dignes d'une PS2.
   Tellement de bugs qu'on se demande comment ils ont fait tenir tout ça sur un seul cd.
   Pauvreté du gameplay à s'endormir devant l'écran.
   Tout est raté. Absolument tout. Aucune scène n'est amusante, aucun mini-jeu ne mérite l'expérience, et c'est véritablement un calvaire pour aller jusqu'au bout du jeu. D'une part parce que ses lacunes techniques le rendent difficile, et d'autre part parce que l'expérience est si pénible qu'on se demande fréquemment quel est le sens de notre existence, là, tout de suite, devant ce jeu de merde qu'aucun éditeur n'aurait dû autoriser. Je n'ose même pas me mettre dans la tête des développeurs qui ont bossé sur ce machin. Parce que, putain, c'est obligé qu'ils se soient rendus compte de l'horreur protéïforme qu'ils étaient en train de mettre au monde. Dans les couloirs ça devait se regarder avec un air désolé, et ne pas oser discuter autour de la machine à café. Certains responsables ont probablement changé de nom après la sortie du jeu.
   En fait, ce titre est une telle pourriture intégrale (jusqu'à sa pochette qui a probablement été bâclée sur Paint par un stagiaire, deux jours avant la commercialisation) que je lui prédis un avenir de jeu culte sur un quelconque équivalent vidéo-ludique de Nanarland.

X-Blades
x_blades_playstation_3_ps3_263   Si "Alone in the Dark: Inferno" était le modèle médiocrement standard du survival-horror, "X-Blades" est le modèle médiocrement standard du beat 'em all moderne.
   Ca se prend pour "Devil May Cry", avec une épée et un flingue dans chaque main, ça poutre deux cent monstres à la minute, ça jette vaguement un peu de magie de temps en temps, et c'est à peu près tout.
   Le gameplay est basique. L'ambiance heroic-fantasy est basique. Les musiques sont basiques. La durée de vie est basique. Les graphismes sont basiques. Le scénario... Ouais, non, y'a pas de scénario.
   L'héroïne a trois queues de cheval et montre son string tout le long du jeu. Ca fait plaisir, mais ça suffit pas.
   Sérieusement, y'a un vrai souci avec ces jeux médiocres. Une question qui se pose : POURQUOI ? Y'a des types qui bossent dessus. Beaucoup, probablement. Des types capables, même. Pas forcément des grands artistes, mais des ouvriers compétents de la cause vidéo-ludique. Pourquoi leur fait-on perdre leur temps et leur énergie sur des projets destinés aux bacs à occasions ? Des jeux condamnés d'avance, qui se vendront mal, auront de mauvaises critiques et ne marqueront aucun joueur. Qui y gagne ? Je veux dire, ils en ont vendu combien, des "X-Blades" ou des "Leisure Suit Larry" ? Pas assez pour faire les malins, m'est avis. A la rigueur, j'épargne "Alone in the Dark: Inferno". Il sent la sincérité et la bonne volonté, il n'a juste pas eu l'étincelle de nouveauté ou de génie qui aurait pu le rendre vraiment bon. Mais les deux autres, là... A quoi bon ? Quels sentiments créatifs accompagnent ces trucs ? Les jeux vidéo sont un truc potentiellement tellement cool, un boulot tellement ultime, qu'en faire ça... Je veux dire, c'est comme si on te disait "ok, vas-y, la confiserie est à toi, mange tout ce que tu peux, kid !", et qu'en ouvrant la porte, tu découvres que les seuls bonbons en stock sont ces putains de tubes de guimauves enrobés de réglisse. Et pour les joueurs, pareil : pourquoi perdre quinze heures sur un jeu fade alors qu'existent des jeux mortels façon "Dead Space" ou "Katamari Forever" ? Et je ne parle même pas de la vie non-virtuelle qui existe hors de votre appartement.
   Bon, dans mon cas, si, je sais, c'était pour me faire des trophées faciles.

   Moralité de ce texte de haute qualité : les jeux d'occase, c'est bien une fois sur quatre.