" C'est ce cours où chaque garçon en classe
doit se lever et faire un laïus. Vous savez.
Spontanément et tout. Et si le garçon s'écarte
du sujet, vous devez lui crier aussi vite
que vous pouvez, "Digression". Ca me rendait
tout bonnement dingo. J'ai attrapé un zéro. "
- J.D. Salinger, "L'attrape-coeurs" -

   Depuis peu, en plus de toujours être, trois nuits par semaine, un fier et vaillant réceptionniste de nuit, je suis en plus, deux jours et demi par semaine, prof de français pour adultes étrangers. Boulot plus facile que prévu pour le moment, et même plutôt agréable. Bien entendu c'est un stage, je suis donc absolument sous-payé, mais ça signifie potentiellement la fin des boulots de chien, et ça signifie de toute façon la fin de mes études.
   Mais peu importe. Ce dont je voulais parler, c'est d'un truc qui m'est arrivé lors de ma première rencontre avec mes nouveaux collègues : on m'a montré les lieux, on m'a parlé du boulot, j'ai parlé de mes études, et puis on s'est mis à m'entretenir d'un truc administratif vraiment important concernant mes futurs élèves. Un truc super important mais super chiant. Et là, consciemment et volontairement, je me suis dis "putain, c'est casse-couilles, j'écoute pas". Et je me suis mis à penser à autre chose. Probablement à mes trophées PS3, ou à la sortie prochaine de l'intégrale Battle Chasers.
   Je fais tout le temps ça, de zapper mentalement d'un truc à l'autre et de laisser le réel me filer entre les sens. Même quand je marche dans la rue pour rentrer chez moi, je me raconte n'importe quoi, que je suis amnésique, ou que je suis un détective privé en pleine filature. Au final j'écoute rien, je retiens rien, et je saute d'un truc à l'autre sans lien logique.
1657456296_1   Sauter d'un truc à l'autre, ça peut se faire avec des coeurs, aussi. Je vous présente LA chanson de ce début d'année. Ce groupe est destiné aux plus hautes cîmes de vos cardiogrammes.
   Au passage, Flo, l'un des membres du groupe, tiens un blog fortement conseillé si vous êtes personne de goût ou prévoyez quelques jours à Metz. Tout comme il serait utile de lire celui de Gwardeath pour préparer vos quelques autres jours à Bordeaux. Je sais tout de votre agenda, bâtards.
   Je ne sais pas si ce que je viens de faire est bien. De parler encore de Twin Pricks. Ca fait quand même trois fois, et je vais passer pour une groupie.
   Quoique non, en fait ça va. Je n'ai aucune "ligne éditoriale" dans les trucs dont je parle ici. Je ne cherche pas à spécialement parler de nouveautés, ou à équilibrer les doses entre jeux vidéo, disques ou films. J'en ai rien à foutre. Je parle des trucs que j'aime en ce moment. Et en ce moment, j'aime Twin Pricks.
   Et puis j'aime aussi Stephen King, et de lui aussi, j'ai déjà parlé mille fois, pas plus tard, entre autres, que lors de mon dernier post.
   Là, je lis "Under the dome", son dernier roman en date (depuis ne sont parus que des recueils de nouvelles, si je suis bien informé). C'est un gros pavé de près de mille pages, dont l'idée de base ressemble vachement... A celle du film des Simpsons : un dôme géant apparaît sans explication autour d'une petite-ville-du-Maine (terme déposé), la séparant hermétiquement du reste du monde. A l'intérieur du dôme les conditions climatiques deviennent rapidement problématiques, et les jeux de domination entre les prisonniers de la ville de plus en plus violents et dangereux.
   Je viens de finir le premier tiers, et je kiffe ma race, comme très souvent avec le Roi. A droite à gauche, on a reproché à ce roman son manichéisme, et c'est vrai que les "méchants" sont vraiment très très méchants, du maire adjoint/vendeur de voitures bourgeois, avide de pouvoir et égoïste comme pas deux, à son fils qui s'adonne au meurtre misogyne, en passant par une bande de post-ados, petits caïds locaux avinés et malfaisants, que le suscité maire adjointe nomme flics, la galerie de bad boys est vraiment très très dégueulasse.

under_the_dome_by_stephen_king_full_cover

   Mais c'est une bonne et heureuse chose. Parce que King n'écrit pas exactement pour tout le monde, même si aujourd'hui, tout le monde le lit. Il écrit la classe moyenne, et il écrit pour elle. Pour les types qui bossent à l'usine, pour les mères fatiguées et les ados largués qui traînent dans les salles désertes des lycées. Il écrit pour les vaincus. Et ouais, ouais, au moins dans ses romans, au moins là-bas, je veux voir des patrons vraiment maléfiques, des dominants dépeints avec colère et noirceur, des politiciens qui sentent la mort. Parce que dans la réalité, ils nous écrasent, tous les jours, ils nous chient dans la bouche en rigolant. Alors je veux pas leur trouver d'excuse, je veux pas qu'on me raconte leurs souvenirs d'enfance et comment en fait c'est trop des chics types au fond de leur armure. Je veux qu'ils se fassent défoncer, au moins dans les livres de King, qu'on les montre tels qu'on les ressent chaque jour, qu'on leur démonte la gueule. Le manichéisme n'est pas en soi une mauvaise chose. Et ici, il en est même une bonne. Les personnages dépeints méritaient d'être purement mauvais. A vous de lire ou non, et donc de comprendre ou non.
   Au passage, un mec que j'ai rencontré une ou deux fois et qui maîtrise le clavier a écrit un texte sur l'intérêt du manichéisme. Il ne lui trouve pas tout à fait les mêmes qualités que moi, mais si vous êtes ici, ça veut dire que vous avez aussi le temps de passer là-bas.
   Moi, là tout de suite, j'ai plus grand-chose à dire. Ca reviendra. Je vous parlerai de cette putain de série qu'est "Misfits". Ou de cette phrase géniale qu'un pote a trouvée sur Twitter : "Il ne faut pas confondre "être geek" et simplement adhérer à des incontournables de la Pop culture actuelle. Vous êtes normaux, deal with it." Ou peut-être de complètement autre chose. A bientôt.

" Oh bien sûr, je préfère que quelqu'un s'en
tienne au sujet et tout, mais je n'aime pas
qu'on s'en tienne trop au sujet. Je ne sais
pas. Je n'aime pas que quelqu'un s'en tienne
tout le temps au sujet, je crois. "

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