A l'hôtel, ne foutant pas grand-chose. Piebald dans les oreilles (merci à Mickson de m'avoir fait me rappeler ce groupe). Encore au moins deux heures à tuer avant de pouvoir prendre une parodie de repos, recroquevillé en position foetale dans le canapé du hall, juste sous les vitres donnant sur la rue, et réveillé toutes les demi-heures par l'ascenseur, ou un client qui revient d'une virée aux putes, ou simplement des gens passant dans la rue. Grande vie.

16_joss_lgl   En tout cas, je viens de finir de regarder "Dollhouse", la dernière série en date de Joss Whedon.
   J'ai pas mal attendu pour me faire ces 26 épisodes, pourtant terminés depuis quelques mois déjà, et débutés depuis genre deux ans. Bon, c'est pas ouf non plus, comme attente, mais je ne la comprends quand même pas. Parce que pour moi Joss Whedon est Dieu.
   Du moins, il l'était à l'époque de "Buffy", puis d'"Angel", ainsi que, forcément, pour "Firefly", immanquable western de l'espace. Sans souci ni hésitation. Les trois meilleures séries de l'histoire, point. Et puis "Dr. Horrible", c'était mortel aussi. Total love, mains qui forment un coeur, Joss my man.
   Mais bon. Ouais, tu connais le truc, lecteur : le temps passe, les paysages derrière la fenêtre changent, et on oublie un peu. Joss Whedon, star totale à l'époque Buffy, est un peu sorti des radars. Il n'a pas foutu grand-chose entre la fin d'"Angel" et "Dollhouse" (quand même genre sept ans d'intervalle), et il s'est mis à écrire les comics "Buffy" et "Angel", en une démarche de capitalisation bâclée assez peu défendable. Alors j'ai oublié.

   J'ai été con. Un chien infidèle. Je n'aurais pas dû douter, et continuer à croire au Maître.
   Pour des raisons diverses (un mail de fan de Buffy reçu via ce blog, une excellente intervention de Whedon sur le projet de remake qui est en train de se monter dans son dos, une récente envie de me refaire quelques épisodes d'"Angel"...), j'ai été récemment mené à me replonger dans l'univers de ce type. A enfin regarder "Dollhouse", qui était sur mon étagère mentale "trucs à faire" depuis trop longtemps. Et à comprendre un peu mieux le cheminement de ce mec.

   Je vais pas vous faire sa bio, vous pourrez la trouver sur le premier Wikipedia venu (putain, c'est une politique interne, de toujours prendre le pire portrait possible pour illustrer leurs articles ?). Je veux juste mettre en avant la dimension "authentique" que Whedon apporte au statut de "célébrité du cinéma". Ce type a eu un coup de bol, et a réussi à être engagé pour mettre en scène à la télé les démons de l'adolescence, et à les mixer avec une imagerie de films d'horreur fauchés. Ca a marché. Genre vénère. Il s'est fait un max de caillasses. Alors il a pu mettre en scène d'autres de ses idées jusque là piégées dans sa tête. Il a pu faire n'importe quoi. Et il l'a fait.
   Il a crée la meilleure histoire de vampires de la télé, prennant le contrepied de "True Blood" ou "Twilight" avant même que ces pertes de temps ne voient le jour ("Angel").
   Il s'est fait un western dans l'espace, et a fait occuper la scène par une équipe de persos surréalistes et jouissifs ("Firefly", puis le film "Serenity").
   Il a lancé via internet un moyen-métrage en trois épisodes autour d'un "super-villain" de comicbooks qui tiendrait un vidéoblog chanté pour parler de sa vie et de ses exploits maléfiques ("Dr. Horrible's sing-along blog").
   Il a scénarisé des comicbooks, simplement parce qu'il en avait l'envie et la possibilité ("Fray", "X-Men", "The Avengers").
   Il a fait une série juste pour faire bosser ses potes ("Dollhouse"... Là il devrait y avoir un lien vers un article où il explique qu'il a fait cette série pour Eliza Dushku, pour la sortir des films de merde qu'elle a enchaînés, mais je ne retrouve plus la page).
   Il a ressuscité ses anciens persos pour les transporter dans un autre média, et ainsi les faire voler comme Superman, vivre en enfer (littéralement), ou combattre des robots géants dans Tokyo, juste parce que c'est cool (les comics "Buffy" et "Angel").
   Il fait ce qu'il veut, quand il veut, au rythme où il veut, et il peut même se permettre d'en faire des échecs commerciaux. Joss Whedon s'en fout. Il a ses histoires à raconter, et les moyens de le faire. Alors le reste...

   Joss Whedon est un mec qui répond à ses fans, individuellement, sur internet. C'est un mec qui a une team d'acteurs fidèles et de potes du "milieu". Un type dont les tabloïds se foutront toujours, et à raison (il est roux). C'est un type qui connaît ses comics, ses films d'horreur, sa littérature et son pop-rock. C'est un putain de geek, pour utiliser un sale mot, un vrai, qui a réussi à vivre de cet état de fait. A devenir un champion de la cause. Sans jamais se trahir.
   Putain, mais respect, mec, quoi.
   Street cred, ce blog.

Dollhouse_1   Ah ouais, et "Dollhouse", au fait.
   Bah c'est super bien. C'est pas du tout un "Le caméléon" au féminin, contrairement à ce que peuvent faire croire les premiers épisodes, ça a des persos secondaires vraiment touchants (Victor et Sierra, mais ça va rien vous dire si vous avez pas vu la série, forcément...), et regarder cette série, c'est une vingtaine d'heures bien utilisées dans une vie. Et ça va permettre aux fans de Whedon de retrouver huit milliards d'acteurs dont ils connaissent forcément déjà les gueules.
   La flemme de vous raconter l'histoire. Démerdez-vous. Ou regardez la série, quoi.
   Ce qui est important, c'est que ça prouve que Whedon a carrément bien négocié l'ère "post-Buffy" des séries télés. Je m'explique.
   A l'époque de "Buffy", au début des années 2000, la plupart des séries télés étaient des trucs assez mal faits, dans des décors de studio pourris, des mises en scène plus plate qu'un hérisson sur l'autoroute, et surtout, des épisodes que tu pouvais mater dans n'importe quel ordre, sans te soucier de rien du tout.
   "Buffy" n'était pas ça. Mais un peu quand même. Mais non. Mais un peu. C'était l'ancienne école. Le meilleur élève, le surdoué total, le mec complètement taré, tout seul dans la cour, mais quand même l'ancienne école.
   Et puis après "Buffy", y'a eu "Lost", "The Shield", et je ne sais combien d'autres séries. C'est devenu le nouveau médium génial, devant le cinéma ou n'importe quoi d'autre. Les épisodes de séries sont devenus des films de quarante minutes, parfois même des putains de films (cf "The Shield", encore, ou "Breaking Bad"). Les scénarios sont devenus tarés, la science du cliffhanger une religion de masse, et on est passé à la nouvelle école.
   Hé bien "Dollhouse", c'est nouvelle école, sans hésitation. J'avais peur. Peur que Whedon n'ait pas compris que les temps avaient changé. Mais encore une fois, je n'aurais pas dû douter de Dieu. Il avait compris. "Dollhouse" est inscrite dans son époque, tant dans la réalisation que dans le grain de l'image, le rythme, le scénario. C'est un film de vingt heures avec un climax toutes les quarante minutes, globalement.
   Bref, "Dollhouse" = cool.