Hier, j'étais en train de me branler faire chier à l'hôtel, comme d'hab, quand j'ai eu la téméraire idée d'aller sur ma page Facebook. Non, pas de lien, c'est pas la peine.
   Là-bas m'y attendaient les résultats de mes potes à des tests tels que "Quelle est la drogue qui te correspond le plus ?" ou "Quel sera le visage de ton bébé ?", les dernières photos de vacances d'une meuf que je n'ai pas vue depuis la classe de cinquième, et un lien vers cet article.
   "The Best Place" est un blog que je lis de temps en temps. Son auteur est sûrement un chouette gars, mais j'en sais rien, et je m'en fous. Ce que je sais, c'est que tout dans son blog est efficace : sa mise en page, la longueur ultra-régulière de ses textes, le quasi-invariable format des trois photos "à bulles" qui entrecoupent les textes, et même les thèmes abordés, entre déboires sentimaux soft qui te font croire que Garden State c'est la vraie vie, sujets "geeks mais pas trop, on se tape des meufs, quand même", prétentions littéraires même pas forcément déplacées, cinéma... Tout va bien, tout est écrit avec un certain talent, tout te pousse à finir ta lecture.
   Comme Monsieur Lâm. Comme, avec des thèmes vaguement différents, Sexactu. Des blogs qui te poussent à lire et sur lesquels tu reviens sans déplaisir. "Ils méritent leurs succès", blablabla.

   Mais en même temps, putain, que c'est fade. Ils sont où les Maddox et les Tucker Max ? La "blogosphère" manque de couilles, de vomi, de tripes étalées sur la table, de mauvaise foi, de haine. Et pourquoi ? Pourquoi toutes ces pages à fond blanc (ouais, même moi, qui suis pourtant sacrément couillu, je me suis laissé influencer par la page à fond blanc), toutes ces photos pros pour des types aussi peu pros que moi, tous ces articles sur le dernier gadget à la mode, sur la 3D au cinéma, sur le film qui va susciter cent trente articles le même jour ? Je vais vous la donner, cette réponse.
   On en revient à l'article dont je parlais au début.
   Si, au départ, un blogueur peut sûrement se lancer pour un tas de raisons qui lui appartiennent, à partir du moment où il devient un peu "célèbre" dans le milieu, il commence à comprendre qu'avec un peu de bon sens, il peut se démerder pour recevoir ses jeux vidéo gratuitement, quelques bouquins aussi, voire être invité à des soirées de lancement ou des avant-premières. Alors, bah il écrit pas mal d'articles sur les films, les bouquins, les jeux vidéo. Il se lance dans l'industrie de la fellation.
   Et peut-être qu'il a raison. Après tout, écrire un blog, c'est pas non plus tenter d'accéder à l'Eternel, et finalement, si on peut bouffer à droite à gauche, pourquoi s'en priver, hein ?

   Et comme moi aussi j'ai ma page à fond blanc, mes articles sur les jeux vidéo, les films ou les livres, bah je me suis dis que merde, à la fin, fallait croquer, au bout d'un moment.
   Mais j'ai pas tellement croqué.
   Jusqu'à ce soir, il y a quelques semaines, lors duquel Gogo (dont vous pouvez toujours lire un article en me commandant "Sidewalks", le meilleur zine à avoir jamais vu le jour) m'a fait entrer, en sa qualité de "journaliste jeux vidéo", au VIP Room, boîte dégueulassement Jean Rochienne de Paris, pour le lancement du jeu Fifa 11.
   Un compte-rendu s'impose.

 

   Lundi, 18H30, chez moi. Je rentre des cours. Dépression au bord du champ de vision, je mange des chipsters en me demandant si je vais me suicider à l'épluche-légumes, ou plutôt jouer à la Playstation. Il commence déjà à faire nuit, et je sens l'espoir s'amenuiser dans mon coeur de nullos.
   Le téléphone sonne. Ca lui arrive. C'est l'homme Gogo, dit "mon pote qui bosse dans les jeux vidéo". Il m'insulte un peu, comme d'habitude, je lui réponds d'aller se faire foutre, puis je lui demande ce qu'il veut.
Ce soir. VIP Room. Soirée de lancement du jeu de foot "Fifa 11". Ou tournoi, on sait pas trop, moi encore moins que lui. Et on s'en fout un peu, lui encore plus que moi. Je réponds oui à son invitation, remettant mon dilemme "suicide/PS3" à plus tard.

   20H00, devant le suscité VIP Room. J'arrive dans mon costume "fan de Rancid". Chapeau et blouson noir. T-shirt du Gaslight fièrement arboré. Devant l'endroit, une petite foule de types en vestes, avec des grosses lunettes en plastique (je suppute qu'aucun n'avait de problèmes de vue) et des baskets à 600 euros. Bizarre. Des blogueurs riches, sûrement. Ou pas des blogueurs du tout. Je débarque un peu candide, ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre.
   Je venais, à cet instant, de me jeter dans la gueule d'un loup sous LSD et coke.

img_on_etait_au_fifa_11_vip_contest_x300_arton132587   Gogo m'attend. Il est la clé d'entrée. Une hôtesse en t-shirt moulant et short plus court que mes caleçons nous met un bracelet en plastique bleu à paillettes au poignet. Nos noms (enfin, celui de "Gogo + invité") sont effectivement sur la liste. Les portes de l'enfer s'ouvrent devant nous. Enfin, symboliquement, parce qu'en fait, elles étaient déjà ouvertes, hein.

   La soirée n'a pas encore "vraiment" commencé, mais le champagne est déjà gratuit. Bien. En moins de dix minutes, j'en ai bus trois. Des PS3 partout. On joue littéralement deux minutes à Fifa. Ce sera la seule fois de la soirée.
   Le champagne est toujours gratuit. J'en bois trois quatre autres, comme ça, pour me faire chauffer la gorge. L'endroit est horrible, la musique insupportable, et il y a des panneaux lumineux partout où il a été possible d'en mettre. Certains disent "Fifa 11 love". Je ne comprends pas. Je reprends du champagne. On décide d'aller à l'étage, parce qu'on a faim.

   L'humoriste (...) Titoff passe à côté de nous. Je lui tape sur l'épaule en disant "Hé, super de te voir ici !". Il me regarde avec plus de mépris que 26 ans de vie ne m'en ont jamais accordé.
   Partout, des célébrités. Mais vraiment partout, limite si elles sont pas majoritaires dans la soirée. En fait, à les regarder boire autant de champagne que moi avant de se poser dans des canapés pour se faire prendre en photos et jouer à Fifa, je me demande s'il ne s'agit pas là, dans ce genre de soirées, de l'essentiel de leur taf.
   Ca me déprime. Je prends un peu de champagne.

   Pierre Sarkozy débarque. Il a l'air d'avoir quatorze ans. J'ai envie de le frapper, mais j'arrive encore à me dire que s'il y a UNE personne à ne pas frapper ce soir, c'est lui. Je bois du champagne pour passer l'énervement. Au bar, je demande en gueulant si je suis le seul à sentir une odeur de vomi (odeur réelle, je suis sûr que quelqu'un avait gerbé). Un type à côté de moi, plus Parisien que tout St-Germain réuni, me dit que non. Presque autant de mépris que Titoff. Par contre, Clovis Cornillac me dit que lui aussi le sent, et que c'est parce qu'il a un gros nez. D'accord. On trinque.

   Gogo et moi décidons qu'on sera les seules "vraies personnes" de la soirée. Nous devenons d'une politesse sans fin avec les barmen. J'ai dû dire "bonne soirée" quatorze fois au même, je pense.

   A un moment, je me retrouve dehors, à discuter avec des mecs d'Action Discrète. On s'adore grave, et ils sont ok pour faire une interview pour Sidewalks. Ils me filent leur numéro. Pas sûr que je les appelle, surtout que depuis, j'ai changé de portable, puisque le précédent est mort, et avec lui tout mon répertoire.

   Quand je rentre, le DJ (un mec de Canal +, forcément) passe Booba. Emeute dans ma tête. Je monte presque sur scène et reprend les paroles. Je tends mon pouce au DJ, Mouloud, qui répond par un sourire ravi. Je suis trop grave en train de devenir le pote des stars.

   Vers une heure, il n'y a plus de champagne. Mais, joie, whisky et vodka sont gratuits aussi. J'essaie les deux.

   A l'étage, Gogo et moi parlons de jeux vidéo (mais pas de Fifa) en mangeant seuls un plateau entier de brochettes de crevettes. Excellentes. J'arrose d'un ou deux whisky supplémentaires.

   Nous partons vers 2H, alors que la boîte commence à se vider et que ne restent que les piques-assiettes. Qualificatif qui concerne pas mal des suscitées stars, d'ailleurs. Nous valons mieux que ça. Et puis nous avons déjà mangé nos crevettes, en plus. En partant, on essaie quand même de se faire offrir une PS3, mais seules les toujours suscitées stars semblent y avoir le droit.
   Je dis qu'on bosse pour des sites de jeux vidéo, mais ça ne marche pas. Surtout que je le dis à un type que j'ai déjà vu lors d'une présentation de jeu pour laquelle j'avais remplacé Gogo en qualité d'employé du magazine Newlook.

   On rentre en vélib chez Gogo. Je me casse la gueule. J'ai pas très mal.

   C'était drôle. Et un peu sale, aussi. Mais la soirée non plus, ne m'a pas fait très mal. Une bande de faux riches qui jouent les vrais beaufs en public. Et moi qui bois et rigole en me disant que je vaux huit millions de fois n'importe lequel de ces crétins. Je me demande qui ne pensait pas ça, ce soir-là ?

   Bon, et pour les sceptiques, voici une photo me présentant en compagnie de Gogo, mais surtout de Pierre Sarkozy et de Matt Pokora.

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(on voit pas ma tête, ni celle de Gogo, mais les connaisseurs reconnaîtront
mon t-shirt Gaslight. Putain de glorieuse photo. Sommet d'une vie)

 

   En tout cas, voilà, avaler du sperme de commerciaux en public sur ton blog, ça t'ouvre les portes de ce genre de truc, en gros. Ne pas le faire, ça fait de toi quelqu'un de mieux que ça. Qui a vraiment envie de jouer à Fifa 11 avec Jean Roch plus d'une fois dans sa vie ?

   Bon. Encore un article dont j'ignore le sujet réel. Bref. J'espère ne pas avoir sucé.