Tss tss tss. Blogosphère, vieille salope. Tu sens la mouille tournée et t'as des poils englués de merde qui te sortent du cul.
   Je ne sais pas pourquoi je viens d'écrire ça. Je n'ai aucun avis particulier sur la "blogosphère", surtout en ce moment. C'était probablement juste un pet mental qui avait besoin d'exploser quelque part.
   Bref bref bref.
   Arrêtons un peu la blague un moment, ok ? La vie est incroyablement dure. Pour de vrai. Je vais tout faire pour que les prochaines phrases ne semblent pas avoir été plagiées sur un quelconque Skyblog de gotik-bestah/collectionneuse de .gif de chattons ou de pentagrammes, mais ça va être difficile.
thumbs_up_low_res_20090207224606_20090207224619   Parce que je fais semblant de croire les mensonges de mon patron, j'accepte qu'il m'humilie, me fasse bien sentir qui a les dents et qui la trace de morsures, et tout ça pourquoi ? Simplement pour obtenir mon salaire. Je suis obligé de le quémander. Un salaire que je mérite. Et d'ailleurs, mettons le "pourquoi" un peu plus loin vers l'horizon. Pourquoi je voulais mon salaire : pour payer le loyer de mon appart. Cet appart minuscule dans lequel je dors après mes nuits au boulot. Quand ma voisine du dessous ne frappe pas au plafond parce que je fais trop de bruit en me tournant dans mon lit, s'entend.
   Parfois, aussi, j'y bosse mes cours, sur des sujets qui m'intéressent à moooort, comme la didactique multiculturelle du français, la différence entre les mots "apprenants" et "élèves", ou savoir s'il y a des avantages à l'apprentissage précoce des langues (conclusion après quatre heures de cours : "peut-être, mais personne ne sait vraiment"). T'en fais pas que ça encule les mouches par boîtes de mille.
   Mais bon, à la fin, comme ça, j'aurai un diplôme, et si j'ai vraiment de la chance, j'aurai un boulot. Je ne l'aimerai probablement pas, mais ça me permettra de me payer un appart avec dix mètres carrés en plus. De passer d'un patron dégueulasse à un autre. De pouvoir jouer à la PS3 après le boulot. De m'endormir tôt parce que le lendemain je devrai aller bosser. Parfois une lessive à faire, parfois un verre à boire. Encore une quarantaine d'années avec ça. Avec un patron payé à me fourrer sa bite dans le cul pendant que je fais semblant de sourire. Parle-moi de retraite à soixante-deux ans. Moi je te parle de l'horizon et de ce que j'y vois. Aucune victoire nulle part.
   Hais ce putain de monde, hais ta lâcheté à lui mettre ton poing dans la gueule, hais ta vie.

   Yeah, c'était bien fun, les kids locos !
   Pour se remettre en forme après cette petite séance de plongée dans la boue, quelques disques qu'il faudrait peut-être écouter. Histoire de survivre à la nuit de l'âme. Tu comprends ?

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Alone With King Kong - "Three hats on one head"
   C'est un peu con d'écrire le nom du groupe et le titre, vu qu'ils sont lisibles sur la pochette juste à gauche. Enfin, j'aime l'organisation.
   J'ai reçu ce disque dans ma boîte aux lettres, sans avoir rien demandé à personne. Ce qui est une preuve éclatante du fait que ce blog est devenu la référence numéro un du bon goût en France. Tenez-vous le pour dit, et envoyez-moi d'autres disques.
   Alone With King Kong, donc. Au début j'avais peur du titre, je pensais qu'il allait s'agit d'un truc festif dégueulasse (sûrement un traumatisme remontant à la chanson "King Kong Five" de l'immonde Mano Negra). Mais non, pas de souci, ça jongle pas en fumant des joints.
   C'est plutôt du côté de chez Elliott Smith qu'il faudrait regarder pour situer Thomas, le bonhomme seul avec King Kong. Songwriting solo mais qui ne se contente jamais de la seule guitare acoustique, ambiance pas forcément super joyeuse, mais pas totalement dépressive non plus. En fait, même, inculte comme je suis, je préfère ces six chansons à la majeure partie de ce que je connais d'Elliott Smith. J'en connais pas des tonnes, ceci dit.
   Globalement pas tout à fait ma came, ça manque justement un peu de dépression, d'émotion facile, pour moi. Le mec maîtrise complètement ses chansons, ça se sent qu'il sait composer, mais justement, j'aime bien quand c'est un peu plus juvénile, un peu plus coupable. Mais ça reste six chansons carrément chouettes à se mettre le soir, vers 23H, allongé sur son lit à regarder le plafond.
   Détail cool : Thomas est Français, mais chante en anglais, avec un super bon accent. C'est pas ironique.
   Tout ça vient de "Chez Kito Kat", le label messin également responsable du grandiose EP de Twin Pricks dont j'avais parlé ici.


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Joey Cape - "Doesn't play well with others"
   Encore un mec seul. Qui cette fois se contente bien de la seule guitare acoustique.
   Au cas où, pour les nullards du fond : Joey Cape est le grand homme (enfin, pas par la taille...) derrière Lagwagon ou Bad Astronaut.
   Il avait déjà fait quelques incartades solos, qui m'avaient moyennement convaincu, par manque de son énergie habituelle. Là, je sais pas si c'est l'habitude, mon âge plus avancé, on simplement le disque en lui-même, mais je marche à fond. Gros hymnes acoustiques, grosse envie d'entendre ça quelque part en été, genre dans un parc ou je ne sais quoi.
   En fait si, je sais. J'ai un pote qui a vécu à Bâle, en Suisse. Un soir, il m'a ammené dans un lieu incroyable, une espèce de terrain vague situé dans une gare abandonnée en bordure de la ville. Les voies ferrées sont toujours en place, toutes rouillées, et par-dessus les mecs ont mis des chaises longues, un bar plus ou moins improvisé, une petite salle de concert en plein air, un skate park en béton. C'est un endroit putainement chouette, et c'est là que j'aimerais écouter Joey Cape jouer ce disque.
   Mélancolie, relents de Californie au détour d'accords simples, banals, efficaces. Rien de révolutionnaire ici, aucune prétention, juste une collection de chansons qui tapent pile au centre du plexus, pour arracher deux trois sourires et des débuts de larmes pendant qu'elles t'évoquent les années mortes du lycée, le passage à l'âge adulte, des trucs de ce genre.
   Pas un grand disque, mais un très bon disque. Parfois c'est mieux ainsi.
   A noter un truc bizarre : c'est un album encore en cours. En fait, via son site, je me suis abonné à ce disque. Pour 30 dollars, je reçoie une chanson par mois, et à la fin (dans 3 chansons, puisque j'en ai déjà 9), je recevrai la version vinyl, la version cd, et un dvd avec un clip pour chaque chanson. Tu peux battre cette offre ? Je crois pas. Abonne-toi.

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The Killer and The Star - "s/t"
   Putain, encore un gars tout seul, et encore le projet solo d'un mec dont je kiffe à mort le groupe principal.
   Cette fois c'est Scooter Ward, le chanteur de Cold, groupe qui a une place spéciale (près de mon coeur ; les initiés comprennent) pour moi, malgré la confiture dégueulasse qu'est leur dernier album en date.
   Ici, il ne s'agit plus tout à fait de metal qui chiale, même si s'en n'est pas très loin. Cold-wave moderne, je sais pas trop. Ca sussure, ça joue du piano, ça tartine tout d'effets électro parfois assez dégueux, et globalement, c'est pompeux comme c'est pas permis. Un disque qui se la pète pas mal, selon moi, et qui fait régulièrement preuve de mauvais goût dans ses arrangements.
   Reste que la voix de Scooter me plaît quand même toujours, et qu'aucune chanson n'est foncièrement désagréable. Juste bien boursoufflée.
   Note pour faire le malin : le titre "Angel falls" a un plan de piano qui est EXACTEMENT le même que l'intro du titre "Revelations", composé par Seppuku Paradigm pour la B.O. du fabuleux "Martyrs". Avec une info comme ça, vous allez pouvoir briller en société.

Papa_Roach___InfestPapa Roach - "Infest"
   Au hasard de mon lecteur mp3, j'ai ressorti ce disque quatre cinq fois cette semaine. Putain de retour en arrière, de presque dix ans.
   L'un des cds que j'ai le plus écoutés de ma vie. J'ai passé mes années de première et de terminale à l'user jusqu'à le rendre transparent, et encore aujourd'hui, quand je pense à mes heures sombres en tant que fan de néo-metal (j'avais des dreadlocks ; la messe est dite), c'est ce groupe-là, et ce disque-là, qui me reviennent direct en tête.
   C'est à cause de ce chanteur que j'ai acheté quelque chose comme cinq paires d'Adidas Superstar et que j'ai commencé à ne m'habiller qu'en noir.
   Bah putain, ça n'a pas vieilli. Juré. Toujours le brûlot adolescent parfait, le truc ultime dans la catégorie "j'ai seize ans, je déteste le monde, je veux tuer mes profs, mes parents, toute ma classe, j'ai des trucs écrits au tipp-ex sur mon sac, et je vis le majeur dressé même si je sais pas trop pourquoi".
   C'est puéril, grotesque, sans aucun recul sur rien, sans culture, sans génie, et ça reste un disque immense. Qui crache des flammes et écrit "Teenage Angst" en énorme sur tous les murs. Chacun des onze titres est un tube absolu, chaque rime faite pour être un slogan lycéen, ça hurle et ça joue fort sans pour autant être être chose que du pop-rock énervé, et c'est tendu de bout en bout, sans une seule fausse note. Pas une. Le sommet du néo-metal, son absolu, sans aucun doute possible. Normal que ça ait dix ans, quoi.
   Triste de voir qu'aujourd'hui Papa Roach est un groupe de glam-rock insupportable.

years_around_the_sunYears Around The Sun - "Inva de Siva"
   
Suburban Home Records est l'un de mes labels favoris. Y'a quelques années, ils avaient fait une offre assez ouf : pour cent dollars, ils envoyaient cent disques au hasard pris dans leur distro. A l'époque j'habitais encore chez mes parents, et j'avais de quoi répondre présent.
   Parmi les cent disques qui me sont arrivés dessus, y'avait l'album d'un groupe que je ne connaissais pas, Kut U Up. Un album plutôt cool, sans plus, mais sans moins non plus. Un truc que j'ai écouté plusieurs fois, ce qui n'est pas le cas de chacun des cent disques suscités.
   Il y a un mois ou deux, j'errai tranquillement dans mes mp3 quand je suis retombé sur cet album, que j'avais un peu oublié. Je l'ai réécouté, et j'ai kiffé. Donc j'ai cherché sur internet la trace du groupe, histoire de voire si, en tant que désormais pauvre, il y avait d'autres disques d'eux dont je pouvais faire l'acquisition par voie relativement peu noble.
   La réponse fut non. Kut U Up n'a fait qu'un seul album. Mais son chanteur a, depuis, fondé Years Around The Sun. Donc j'ai réorienté ma recherche. Et j'ai "acquis" Inva de Siva.
   Enorme album. Un truc qui te cloue sur place dès la première écoute, larmes aux yeux et tremblements dans les tripes. Pense à ce que tu connais de mieux dans le style "power-pop triste", multiplie par 10, et t'auras une idée du truc.
   Sophistication d'une classe totale dans la composition, vraies paroles, mélodies qui se permettent de speeder sans jamais se départir d'une tristesse poisseuse, du genre qui te donne envie de t'asseoir sur le bord d'une falaise et de te dire que, peut-être, à la fin du disque, tu vas sauter. Sauf que tu sauteras pas. Parce que derrière sa tristesse, le disque cache un cri d'espoir touchant et efficace, un truc qui fait qu'à la fin, tu te relèves, tu fermes ton blouson et tu rentres chez toi. Avec une deuxième tournée dans les oreilles. Son clair, rien de shoegazant dans le coin, vraie pop découpée au scalpel, vrais morceaux d'intimités, vrai disque à avoir. Sauf qu'il est introuvable. Enfin. Introuvable de façon noble. Tu vois le topo, poto.

   Et ce sera tout pour ce soir. D'autres trucs bientôt. Peut-être.