Ces deux derniers soirs, à l'hôtel, je me suis mangé deux énormes baffes cinématographiques que je n'attendais pas.
   En fait, j'ai toujours kiffé acheter des dvds à 2 euros, dans les bacs à merde des supermarchés. En général, ma main mal intentionnée se pose sur les films d'horreur issus de la pire frange des années 90. Que des charognes faites films qui ne méritent pas d'être regardées, même au second degré. Des trucs dont on se demande même PAR QUI, et POURQUOI ce film est fait. Une réalisation complètement à la ramasse, des acteurs en jus de poubelle, un scénario qui sent l'improvisation et pioche immanquablement dans "l'expérience gouvernementale ratée" ou "la possession démoniaque", des effets spéciaux ni faits ni à faire, et toute une collection d'autres tares que j'ai la flemme de lister. Je ne comprends pas pourquoi ces films sont faits. Je doute qu'ils ramènent le moindre argent à quiconque, surtout vendus à deux euros... Je dois passer à côté de l'aspect commercial de ces films. Ou alors c'est eux qui passent à côté de mon aspect spectateur.
   Pourtant, j'ai (ou ai eu, j'en ai refilés à des potes à qui je voulais probablement du mal) une quinzaine de ces merdes, facile. Je veux dire, ça coûte deux euros, littéralement ! ... Bon. Ouais. C'est pas une excuse. Mais quand même, merde, dans ces conditions comment dire non à "Soldat Cyborg" ou "Un week-end en enfer" (comme du Rimbaud en moins scolaire, en gros) ?
   Bref, tout ça pour dire que peu échaudé par les déconvenues qui n'ont jamais manqué de suivre l'un de ces achats, j'ai récemment fait l'acquisition de trois nouveaux dvds vendus en vrac façon "fins de séries", à quatre euros pièces.
   Et sur ces trois films, aucun n'est mauvais. Et même, les trois sont des bons films. ET MÊME, deux d'entre eux sont des grosses tueries que tout le monde doit voir dès maintenant.

   Faut dire, c'était facile de me convaincre.
   Je pense qu'on est tous comme ça : certains thèmes, ou certains styles, nous sont tellement chers qu'on a tendance à kiffer tout ce qui s'y affilie, même quand ça ne mérite pas le kiffage. Dans mon cas, c'est les les teen movies lycéens, les slashers, et les trucs avec des enfants tueurs.
   Et là, bah les deux baffes en question traitent du dernier sujet.

The Children, de Tom Shankland
The_Children   Deux jeunes couples de la même famille se retrouvent dans une baraque perdue dans les bois pour fêter Noël. Chacun des couples à deux gosses de genre 6-7 ans, ce qui nous fait quatre chiards, auxquels s'ajoutent une ado grognon qui s'habille un peu comme une pute gothique, mais qui est super mignonne, et qui va faire office d'héroïne.
   Pour des raisons très floues de "virus" (les explications doivent littéralement occuper 1 minute du film), les quatre gosses se mettent à devenir cradement dingos, et à avoir en tête de tuer leurs parents.
   ENORME jeu des acteurs incarnant les gosses, qui ont chacun leur style pour exprimer la psychopatherie montante des personnages, et belle réalisation du tout, qui cache un manque de moyens probables par quelques plans tarés et des décors bien pensés (l'esthétique rouge sang sur blanc neige, c'est toujours efficace). Ca devient assez hardcore (sans être vraiment gore), et la tension monte graduellement pendant un petit moment, avant d'exploser et d'investir tout le reste du film sans laisser le temps de souffler.
   Aucun second degré, aucun cynisme, prise au sérieux totale du spectateur, du film et du propos.
   Le propos, d'ailleurs, réside plus dans les parents que dans les enfants. D'un côté un couple socio-libéral de droiche, de l'autre des bobos des bois, et de tous côtés, des conceptions de l'éducation qui s'affrontent tout en étant autant à la masse l'une que l'autre. C'est pas ça qui va rendre les gosses fous, mais c'est pas ça qui va les repousser non plus. Dans le film comme dans une partie de nos sociétés, les gosses sont traités comme des anges intouchables, des êtres forcément bons. Et il va se passer un putain de long moment (et plusieurs effusions de sang) avant que les parents acceptent de voir ce que leurs enfants essaient de faire. Et ça aussi, c'est aussi bien écrit que réalisé. On croit aux réflexions des persos autant qu'à leurs actions (ou leurs non-actions).
   Bref, énorme classe. Ce film obtient la note de 8 étoiles vertes.

Eden Lake, de James Watkins
eden_lake_2008_774x1024_284983   Bon, là c'est plus des ados que des enfants, mais c'est également la classe totale, tellement à égalité que là, je suis incapable de dire lequel des deux j'ai préféré.
   Un couple de jeunes citadins bien sous tous rapports décide d'aller à la campagne passer le week-end à camper au bord d'un lac. Ils sont beaux, ils sont cool, le mec veut demander sa copine en mariage, on les aime direct.
   Et puis un groupe d'ados qui sentent le prolétariat le plus crasseux et la connerie la plus épaisse passent dans le coin, et les font un peu chier. Voire même beaucoup chier, quand ils leur piquent leur caisse, contenant également leur téléphone.
   Ca monte en vrille très vite, et ça devient aussi violent que malsain. Le film est super cruel (la fin est salope comme pas permis), et clairement, on baigne rapidement dans le genre survival, avec le classique retournement des héros civilisés en brutes sanguinaires obligées de se mettre au niveau de leurs bourreaux.
   La confrontation à des ados, paradoxalement, m'a mis encore plus mal à l'aise que la confrontation aux gosses. Parce que ces ados, on a l'impression de les connaître. Les gosses de The Children sont des monstres de film d'horreur, des forces sans causes ni motivations. Là, les ados d'Eden Lake, ce sont "simplement" des petits connards de lycéens qui passent leur temps à boire des bières et à tabasser les souffres-douleurs de leur école ou de leur quartier pour oublier quelle existence de merde ils ont et auront toute leur vie. La montée en puissance de la violence et de la cruauté du film est crédible, et ça c'est cool, mais surtout, elle est également plausible. Et ça aussi c'est cool, mais également un peu pervers.
   Méga-grosse taloche dans la gueule. Ce film obtient la note de 4 pouces levés et demi.

   Et je m'arrête là pour ce soir. Histoire que vous alliez voir ces films au lieu d'en lire plus à leur sujet.