Un moment ça va, la blague a assez duré. Ce jeu est une assez vaste fumisterie, et la vérité doit éclater. Ce sera ici, et non là-bas. Comme d'habitude, quoi. Survivre la nuit, défenseur de la veuve, de l'orphelin, et de l'acheteur de jeux PS3.

51OGjnRfrmL__SS500_   Bon, donc "3D Dot Game Heroes", en plus d'avoir un nom de merde, est un jeu fait de la même fécale matière.
   Il s'agit d'un jeu "à la Zelda", c'est à dire un jeu d'aventure à la limite du RPG, mais sans véritable système d'expérience et tout ça. En fait, il s'agit même d'un jeu "comme Zelda". La position de la caméra est quasiment la même, les différentes armes et objets aussi, le scénario y ressemble putainement, et bref, tout concorde.
   Au fait, je le dis maintenant parce que c'est important pour la suite : je parle ici des Zelda old-school, façon Super Nes au maximum.
   3D Dot Game Heroes (que nous appelerons désormais 3DDGH pour le rendre encore un peu plus laid) a un scénario en carton pâte à base d'orbes magiques à retrouver pour foutre sa race à un démon qui veut prendre le contrôle du royaume. Super. Peu importe, à la rigueur. Si le jeu était cool, je fermerais ma gueule sur le scénario. Mais le jeu n'est pas cool. Du tout.

3d_dot_game_heroes_playstation_3_ps3_061   Déjà, y'a ce choix graphique, là. C'est super dur à expliquer mais je vais essayer : c'est les codes de la 2D old-school transposés en 3D. Tout le jeu est en trois dimensions, mais de la 3D qui fait genre d'être basée sur de la 2D. Merde, j'arrive pas à expliquer. L'image qui côtoye ce paragraphe servira donc de support visuel scientifique. Voilà, c'est des graphismes comme ça.
   Alors oui, c'est original, et oui, ça flatte le côté "retro-gaming-référence-wink-wink" qui sommeille en nous. Mais c'est aussi super moche, tout le long du jeu (plusieurs ennemis sont tellement abusés de mocheté qu'on ne comprend pas qu'ils sont censés être des araignées géantes ou des vers des sables), et ça sert à mon avis de cache-misère à un jeu qui n'avait en fait pas les moyens de se payer de la 3D un peu classe. Je me trompe peut-être, mais on s'en fout. En tout cas, le parti pris graphique ne sert qu'à irriter la cornée.
   Quitte à vouloir faire les malins et à branler les bites des retro-gamers, ils auraient carrément dû faire le jeu en 2D, m'est avis. Enfin, personne ne m'écoute, visiblement.

    Mais bon, vous commencez à me connaître, des graphismes au vomi ne me suffisent pas à rejeter un jeu, la preuve ici. Non, ça non plus, comme le scénario merdique, ça aurait pu passer avec du plaisir de jeu et de la bonne volonté.
   Cela dit, ne sautons pas d'étapes. Revenons d'abord sur la grosse com' qui a été faite autour de ce jeu de merde et qui l'annonçait comme un "hommage parodique" aux action-RPG à la Zelda.
   Hommage parodique mon cul. C'est juste une grosse repompe, point. Ouais, y'a des "clins d'oeil", mais on pourrait aussi les appeler "plagiats". Et le côté "parodique" ne tient que dans les graphismes, parce que pour le reste, il n'y a globalement ni humour ni tentative d'humour. Les dialogues sont très sages, le déroulement du jeu très convenu, et tout ça ne sent ni le deuxième degré ni le troisième, à quelques exceptions près, qui ne sont elles non plus pas drôles. Alors leur "hommage parodique", ils peuvent s'en faire un rouleau et s'en servir pour chier bien rond. Assumer votre statut de petits copieurs sans imagination et n'en parlons plus.

   Allez, maintenant, le plus important. Parce qu'originalité, graphismes et scénarios ne sont rien. Non, l'important dans un jeu vidéo, c'est le plaisir. Et là, y'en a quasiment aucun.
   D'une, le maniement de l'épée, arme principale du jeu, est tellement merdique et cafouilleux qu'on passe son temps à se faire toucher par les ennemis sans le mériter.
donjon   De deux, les deux tiers du jeu se déroulent dans des donjons labyrinthiques. Qui sont tous les mêmes, visuellement comme "mécaniquement". Qui sont ennuyeux comme une après-midi chez mamie. Qui donnent envie d'arrêter le jeu. Genre l'image à gauche, là, t'en fais pas que tu vas en voir, des pièces comme ça... Des centaines. Toutes similaires.
   De trois, au cours du jeu tu gagnes des sorts et des armes, mais en vrai, tu ne vas généralement utiliser que l'épée et le bouclier, le reste ne servant pas à grand-chose, voire à rien.
   De quatre, le jeu est très pauvre en environnements, en ennemis différents et en objets utilisables.
   De cinq, l'association des graphismes façon "mon frère de quatre ans fait mieux", de la répétitivité et du scénario sans ambition fait qu'un sentiment de "à quoi bon ?" s'éveille chez le joueur tout au long de la partie, que j'ai personnellement finie juste pour me dire que j'avais vu la fin du jeu (qui est aussi nulle que le reste, t'en fais pas).

   Donc voilà, exclusivité PS3 peut-être, mais jeu pourri quand même, à ne surtout pas acheter.
   Sauf que, pourquoi je vous parle d'un jeu pourri ? Je veux dire, des jeux pourris, y'en a plein, et j'aurais pu simplement fourrer celui-ci dans une prochaine série de critiques plus rapides... Mais non. Parce que ce jeu parle en sous-texte d'un truc que je commence à cordialement haïr : la mode du retro-gaming.
   Parce que ce jeu qui a le cul plein de doigts ne mise que là-dessus, en fait. Sur l'espèce d'élan nostalgique qui sévit chez les gens de plus de 25 ans et qui les pousse à vénérer des séries AB production, à enfiler des t-shirts représentant Casimir, et à acheter une Nes et Mario Bros. sur Ebay. Pour y jouer une ou deux fois par mois lors d'une soirée "coke et vêtements de marque", et rire avec leurs amis super cools en se remémorant des enfances factices à base de Club Dorothée ou je ne sais quoi.
   Même si j'ai connu deux amis qui l'étaient (et auxquels ce texte n'est pas dédié, le problème est plus vaste que simplement eux deux), je hais les retro-gamers. Ils ne sont pas plus "gamers" que je ne suis "retro", et je respecte infiniment plus les joueurs de PES ou de Guitar Hero (deux jeux que pourtant je fuis, par peur du football - putain, meilleure coupe du monde de la vie, en ce moment - et par nullité à la guitare) que ces putains d'acheteurs de Nes. Parce que ceux qui jouent à PES ou à Guitar Hero, ils y jouent pour s'amuser. Pas pour avoir un objet de déco "rétro" et pour se penser super cools et détendus.
   Certains jeux anciens sont bien entendus mortels. "Ecco the Tides of Time" a genre quinze ans et reste l'un de mes jeux favoris toutes consoles confondus. Et "Soleil", un autre Zelda-like sorti à l'époque sur Megadrive, était vraiment génial (contrairement à 3DDGH, donc). Et y'en a d'autres, ouais, clair. Et même, allez, on a le droit d'y jouer aujourd'hui et de kiffer. Mais seulement si c'est pour kiffer. Si c'est pour avoir l'air cool, je me chargerai personnellement de vous enfoncer le visage dans votre propre cul.
   Vous êtes des putains de vieux. Assumez-le ou refusez-le, mais faites pas les deux à la fois. C'est moche comme une meuf de soixante ans avec le visage lifté et une ceinture Dolce & Gabbana.

   Le retro-gaming c'est comme la Wii. Ca sort le jeu-vidéo du statut de "sous-culture" dans laquelle il était. Sauf que ce statut, moi je l'aimais bien. Il nous protégeait du grand public et de ses dents de vampire. J'en ai déjà parlé avec mon article sur "Nerdz", mais ouais, voilà, "ils" nous prennent tout, et à la fin, on sera ce qu'ils auront voulu qu'on soit, de la façon dont ils l'auront voulu.
   Rendez-moi mon putain de statut de loser. Rendez-moi le droit de ne pas voir ça comme un truc socialement cool. Rendez-moi la défaite et la solitude. Et gardez vos putains de t-shirts Casimir.

P.S. : aucun rapport, mais nouvelle critique sur Psychovision, cette fois au sujet du roman "Noir", de Robert Coover.