Haha, bande de petits canaillous fripons, comme on se retrouve ! Vous allez bien mes petits copains ? Haha ! JOIE ! FÊTE ! BONHEUR ! La vie c'est génial, la vie c'est la fête, la vie, c'est .com et c'est beau comme un appartement dans une pub pour une machine à laver.
   Enfin, je me comprends.

   Comme je suis un homme de parole (quoique j'ai pu dire à ce sujet par le passé), voici venu le temps de livrer à vos yeux avides de stupre et de déviance la suite de mon précédent (et excellent) article sur la série américaine "Freaks & Geeks". Et cette suite va naître sous la forme d'une critique de la série française "Nerdz". Une bien belle unité thématique sous-tend ce blog, vous en conviendrez.

   Vague aparté de départ : "Nerdz" est diffusé sur Nolife, une chaîne indépendante qui est en train de crever, et que vousnerdz_1 pouvez aider ici. A vous de voir. Reprenons.

   Scénario (soyez des hommes meilleurs : n'utilisez pas le mot "pitch") : Darkangel64 (aussi appelé "Benjamin" par ses parents) est un pauvre type d'environ 25 ans qui n'a pas de copine, pas de vie sociale, pas de boulot, pas d'envie de sortir, pas d'aptitude à la vie normale, et pas la capacité de décoller de son canapé. Par contre, il a beaucoup de jeux vidéo et de temps pour y jouer. Et il a Régis-Robert, aussi. Son meilleur pote. Et accessoirement un attardé mental affublé d'à peu près toutes les déviances sexuelles possibles. Dark et Régis-Robert vivent dans le même appartement. Mais pas seuls.
   Parce qu'en plus de ce petit couple d'inadaptés sociaux répugnants, il y a dans la collocation Caroline, une meuf se situant au niveau - 4 de l'intelligence mais de laquelle Dark est amoureux (le manque de concurrence dans son champ de vision, probablement), et Jérôme, une espèce d'ex-bozardeux avec des t-shirts Che Guevara, des kefiyehs autour du cou et un don pour avoir l'air de la pire tête à claques que la planète ait jamais portée.

   Voilà. A partir de cette situation "à la Friends" (...) vont se passer des trucs rarement intéressants et toujours très cons. Régis qui met sa bite dans la mayonnaise, Jérôme et Dark qui se disputent l'attention de Caroline, Régis qui met sa bite dans un pigeon, Dark qui fait perdre son boulot à Jérôme, Régis qui met sa bite dans la mère de Caroline, Jérôme qui fait envoyer Dark en garde à vue, Régis qui met sa bite sur le visage de Dark... Ce genre de choses.
   Et non, même pas. En fait, il se passe généralement moins que ça. C'est filmé quasiment toujours dans la même pièce (le salon de l'appartement), et tout aussi quasiment dans la même configuration : Dark joue à la console, Régis l'assiste en couinant et en parlant du "Club des 5" ou de "Hugo Délire" (ses obsessions), et Caroline ou Jérôme passent et discutent avec plus ou moins de bêtise. Et c'est tout.
   Et c'est hilarant. En trois saisons et quelques mini-sketches complémentaires les auteurs (et acteurs, l'équipe est aussi réduite qu'amateur) ont réussi à tisser une toile de références récurrentes et de clins d'oeil super efficace, et les dialogues sont surprennement bien écrits. Genre bien mieux que dans plein de séries mainstream ayant droit à une diffusion hertzienne classique.

   C'est tout fauché, y'a écrit "AMATEURS" en grosses lettres au-dessus de la porte, mais mes couilles sur ton nez, putain, ça fonctionne sa race. Si les acteurs qui jouent Caroline et Jérôme sont juste acceptables, ceux qui incarnent Dark et Régis (respectivement Monsieur Poulpe et Davy Mourier) sont excellents, et le deviennent un peu plus à chaque épisode. Davy Mourier, surtout, livre désormais une putain de performance dans la peau de cet autiste/prédateur sexuel cauchemardesque.
   Ouais, parce que, depuis les tous premiers, ça s'est bien amélioré, Nerdz, quand même. Genre, le premier épisode, c'était à chier, je me dois de l'avouer. Mais c'est bon, t'en fais pas, Gore, les répliques récurrentes et les gags foireux ont été abandonnés, juré. Tu peux revenir.

   Et puis, le truc cool de "Nerdz", la vraie raison pour laquelle je défends le truc plus qu'un autre, c'est parce que c'est, à ma connaissance, la seule oeuvre montrant le "geek/nerd/no-life" sous sa face sombre. A l'heure où tous les Apatow se branlent dans leurs millions en montrant comment c'est trop cool lol d'aimer Star Trek à quarante ans, et où la hype parisienne enfile des t-shirts Mario Bros ou Casimir pour bien nous dire que "ouais, non, tu sais, je suis resté un kid dans ma tête, même si je bosse dans la pub et que je tape dans la coke". Fils de chien, va crever.
   Être nerd n'aurait jamais dû devenir hype. Ca existait justement pour se protéger de ces vampires sociaux de merde, pour donner un peu de repos aux pauvres boutonneux du fond de la classe qui savaient bien que, jamais, JAMAIS ils ne se taperaient la bonnasse du premier rang. Pour fournir un refuge au binoclard de sixième qui se faisait tabasser par les connards de troisième. Tu sais ce que je veux dire. Etre nerd, c'était pas vraiment un choix, c'était juste ce qui était à nous, ce qui n'aurait jamais dû être à eux.
   Mais comme le reste, ils l'ont pris, parce qu'il leur faut tout. Ils font des magazines qui s'appelent comme ça. Des séries télés que même la suscitée bonnasse de la classe adore. Des t-shirts faussement vintage à quarante euros avec écrit "Kid Chameleon" dessus.
loser   Sauf que, haha, mec... Crois pas que ça veuille dire que tu vas pouvoir te faire la bonnasse, maintenant qu'elle croit qu'elle est comme toi. Non non. Tu vas sagement continuer à te faire tabasser par les troisièmes. Parce que, mec... Tu restes boutonneux. Tu restes binoclard. Tu restes moche, puceau, solitaire, ce que tu veux. Et si la bonnasse ça l'amuse, son t-shirt Star Wars et son oreiller en forme de Yoshi, bah elle est quand même pas prête de finir Okami, de pouvoir sortir un hadoken ou de savoir ce que "D20" peut signifier. Elle s'en tape de tout ça, et elle a bien raison. Elle suit juste la mode du moment, mais au fond, c'est la même que quand elle mettait des baggys pour faire la skateuse, ou que quand elle avait ce jean taille basse de pouffiasse. La même.
   Et toi aussi, le même. Un loser. Un déchet. Un nerd.
   Alors qu'Apatow ferme sa gueule, et tous les autres avec. Qu'ils reprennent leur mode et nous laissent derrière. Comme d'hab, dans nos vies associales et nos apparts pourris, manettes en main et "Manuel du joueur" sur l'étagère. On s'est réfugiés ici parce qu'on n'est pas cool. Et maintenant vous voulez nous chasser aussi de cet endroit ? Fils de pute...

   Nerdz ne parle pas du tout de tout ça, pardon, digression. Mais Nerdz, pour la première fois dans tout ce que j'ai vu sur le sujet, ne fait pas passer les nerds pour des types secrètement cools. Dark est un vrai con, un mec complètement inadapté à tout sauf à sa console, incapable de sortir de son appart ou d'avoir une conversation normale. Et d'accord, c'est super drôle à l'écran, mais c'est aussi super glauque. Pas de glamour dans "Nerdz", pas de saloperies fausses. Juste la réalité d'un type qui a décidé sans le savoir qu'il se retirait de la société. Il a fermé la porte de son appart et a décidé qu'il vivrait en peignoir jusqu'à la fin, finissant RPG sur RPG, achetant DVD sur DVD et regardant la totale du Seigneur des Anneaux une fois par mois jusqu'à sa mort. Voilà. Alors ouais, les gags, les vannes, le jeu d'acteur, tout ça. On rigole vraiment, beaucoup et souvent, on apprend des dialogues par coeur tellement ils sont cons.
   Mais à la fin, c'est juste le portrait d'un de ces losers qui ne se fera jamais la bonnasse du premier rang et qui le sait. C'est vaguement triste. Et bien plus honnête que les autres merdes sur le sujet.
   Tu ne la baiseras jamais, mec. T'es juste trop moche.
   Une bonne partie de la série est dispo en stream ici, et le reste en DVD achetables ici. Dans ma grande pauvreté d'étudiant je n'ai pour le moment que le coffret de la saison 3, mais celui-ci déboîte, avec un packaging qui sent la graisse de pizza et des bonus sur clé USB. Vivement conseillé aux hommes de bon goût.

18976218   Sinon, et très rapidement, une autre série mortelle dont j'ai regardé les douze épisodes en deux jours, c'est l'anglaise "How not to live your life", qui m'a été conseillée par le déjà-cité-ici Gore. L'histoire d'un glandeur démerdard et assez classe qui hérite d'une baraque et du majordome livré en pièce jointe. Et qui tombe complètement amoureux de la fille qu'il prend pour colloc. C'est drôle à s'en chier dessus, et les filles sont incroyablement... Inspirantes. Dispo en stream ici.

   Ha, et aussi, nouvelle critique Psychovision : "Death - Temps fort de la vie", un comics de Neil Gaiman.

   Allez, à plus, moi je vais bosser pour ma fin d'année. Y'a une vie à sauver, là.