Il ne me manque plus que vingt objets pour avoir le trophée "Collectionneur" à Katamari Forever. Vingt sur les 4143 que compte le jeu. Les vrais savent et me respectent ; mais les vrais savent aussi que le plus difficile reste à faire : parmi les vingt derniers se trouvent la vache-ours, le plan du niveau "Feu de camp" et le guitariste de "Chaud". Tendard. Mais il n'y a pas de grandes victoires sans grandes batailles, et bientôt vous me parlerez un peu mieux, bande de petites merdes.
   Bon, sinon, n'est-il temps de parler de disques ? Mais si ! Il fait froid et humide, ma voisine du dessous est complètement tarée (d'une façon très peu agréable) et j'ai vingt-six ans (c'est à dire trente-quatre, techniquement), mais tout ira bien si on garde nos lecteurs mp3 et nos poings serrés sur nos souvenirs et nos espoirs. Les chansons rendent les moments plus solides, et permettent de sauvegarder les souvenirs.
   En piste.

Atomic Garden "Little stories about potential events"
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Au début je voulais faire une chronique de fils de pute et dire "la première chanson est très bien. Mais comme elle est répétée onze fois, ça devient un peu chiant, à la fin". Mais en fait non, cet album ne mérite pas ça. C'est pas taré dingo à se rouler par terre avec une bouteille dans le cul, mais c'est bien. Très énergique, quelques morceaux vraiment au-dessus de la moyenne ("Good relationships make great tragedies" ou "Helter Shelter", par exemple, excellents), du rock qui n'hésite pas à faire du bruit et n'est embarassé d'aucune posture. Je cautionne et réécoute même régulièrement depuis deux mois. Et la pochette est super belle.

Bias "This is our first hippy"
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   Bon alors là c'est la quatrième dimension : ces gars m'ont envoyé un mail pour me demander s'ils pouvaient me filer l'une de leurs démos pour que je la chronique sur ce blog. Ayé, je suis journaliste rock professionnel. A peu près, quoi... Bref. Malgré la gratuité du truc (qui est arrivé accompagné d'un dossier de presse et tout et tout), je me dois de dire que je n'aime pas. Ca ne fait pas de mal à la musique, hein, c'est juste du punk-rock mélo comme tout le monde en fait depuis trente ans, et c'est cool, c'est ce que j'écoute le plus... Sauf que là, quand même, c'est le matériau de base, quoi. Les cinq titres de cette démo pourraient avoir été écrits par n'importe quel autre groupe débutant donnant dans ce style. Même les dix minutes de "délire studio mdr" en fin de disque sont téléphonées, attendues. Ca ne se prend pas au sérieux, ça s'excuse presque de vouloir faire de la musique, ça se sent obligé de coller aux codes sans prendre de risque, de quasiment faire des reprises, de n'écrire ni mélodies trop efficaces ni chansons intéressantes. Rien à en dire ni à en penser. Bref, c'est pas grâce à eux que d'autres vont m'envoyer leurs disques, quoi.

Billy The Kid "The lost cause"
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   Marrante cette Billy, quand même. Après trois albums de pop-punk vaguement chiants mais émaillés de gros gros tubes (trouvez-vous la chanson "Break the barriers that break down your music", vite !) que j'avais appréciés sans vraiment m'en souvenir, je la comprends enfin avec les cinq titres acoustiques de cette échappée solo qui n'en est pas vraiment une, puisque même son groupe, Billy and the Lost Boys, ne répond que d'elle. C'est une fille qui fait ses chansons dans sa chambre, qui les enregistre, et qui les rend disponibles pour qui les voudrait. Rien de plus rien de moins, un peu comme un Jonah Matranga un peu moins génial. C'est beau, je trouve. Ca ne se pose pas de questions sur les labels, sur la production, sur l'indépendance ou non, sur mes couilles coincées dans ta commode. Ca joue et ça partage. Ca raconte sa vie en espérant qu'elle ressemble un peu à celles des autres. Et peu importe si les chansons ne sont pas parfaites, peu importe si on ne les retient pas par coeur. C'est honnête, beau de pureté, c'est des hymnes intimes pour les frères et les soeurs perdus qui chialent encore en regardant Ghost World ou la fin de Buffy. Billy The Kid, c'est l'une des nôtres.

Counts the Stars "Never be taken alive"
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   Paraît que ce groupe a splitté parce que le guitariste a piqué la copine du chanteur. Je trouve cette histoire bien plus intéressante que cet album, qui ne sert qu'à nous rappeler que Victory Records signe vraiment n'importe quoi, parfois. Emo-pop à mèches, mal écrit, chiant, ça dégage.

Gasoline Heart "Nostalgia ain't what it used to be"
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   Ouh putain, là c'est direct d'un autre tonneau. Meilleur disque de 2009, pour moi, sans trop d'hésitation. Je suis ce groupe depuis leur tout premier album, et je les ai toujours appréciés, mais là ils sont sortis d'eux-mêmes, passant d'un groupe country-rock sombre de seconde catégorie au statut de Lucero à la place de Lucero. Une foi, une profondeur, un désespoir plus puissant que ce monde... Ca joue avec un plaisir de damné, avec la joie du type qui a trop bu pour oublier son trop de dégoût de la vie. Ca sent les bars de la campagne américaine, la défaite glorieuse, la dernière bataille, la bière tandis que la foule scande les paroles en choeur. Génial. Depuis le titre et la pochette jusqu'aux paroles, de la première à la dernière chanson (qui sont d'ailleurs presque les mêmes, volontairement), on tient là un chef-d'oeuvre, plus ou moins. Un chef-d'oeuvre qui ne se vendra sûrement qu'à mille ou deux milles exemplaires. La vie est crade. Faites acte de résistance, achetez ce disque. Il contient la meilleure chanson de l'année, "You can't keep a good kid down", juste devant "Is there is life after high school?" des Teenage Renegade.

The Jane Anchor "The second wave"
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   Gasoline Heart a du bol que ce disque soit sorti en 2008, sinon il leur aurait volé à l'aise la première place du classement. Quand j'ai écouté cette album pour la première fois, j'ai repensé à facile dix moments de ma vie où j'aurais aimé l'avoir pour aller un peu mieux. C'est un pote instantané, ça fait partie de toi dès la première écoute. Pop parfaite, voix féminine, don hallucinant pour écrire des mélodies impossibles à oublier, humilité et facilité du son, vision sépia d'une fin de journée après le lycée alors que l'année scolaire est presque terminée. Californie, nous voici. Ca chante la teenagerie, la solitude au soleil et les filles que j'ai aimées. Ce disque ne me quittera pas, jamais, je n'ai pas besoin d'y réfléchir pour le savoir.

Lucero "1372 Overton park"
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   Ce disque fait chier. J'aime Lucero d'un amour passionnel, je connais quasiment toutes leurs chansons par coeur, je lâche ma larme quand Kris Roe les reprend sur scène et je considère Ben Nichols comme l'un des meilleurs paroliers en activité. Et pourtant, ce disque fait chier. Parce que toutes ses chansons, aussi bonnes soient-elles, auraient pu être sans aucun problème sur leurs deux précédents albums. Je le pressentais sans me l'avouer, mais là c'est criant : Lucero est devenu un groupe qui n'évoluera plus, se contentant de livrer son pack de dix-quinze chansons tous les deux ans sans trop y réfléchir. C'est déjà pas mal, vu les chansons en question, mais c'est décevant. L'un de mes groupes favoris va simplement devenir un groupe que j'aime.

Nothington "Roads, bridges and ruins"
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   Disque étrange : objectivement plus diversifié et maîtrisé que le premier, et pourtant moins catchy et présent dans mes écouteurs. Mais, quand même... Ils pèsent, ces types. Des chansons comme "Stop screaming" ou "This conversation ends", j'en boufferais bien cent par jours. Pourquoi tellement de groupes hypés de merde pour tellement peu de rock de ce calibre ? D'accord, ça ne fait pas avancer grand-chose, d'accord d'accord, mais encore une fois, c'est sans pose, sans fard, ça joue comme si une vie en dépendait. Du rock musclé qui connaît à la fois son Springsteen et son Sludgeworth. Et la voix du chanteur principal (cette fois, ça y est, contrairement au premier album où c'était anecdotique, là y'a vraiment deux chanteurs qui alternent) pourrait servir de pub pour Jack Daniel's ou Lucky Strike. Bon disque, à défaut de grand disque.

Rin Toshite Shigure "Just a moment"
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   Bim, mais mange ta baffe ! Quel disque, putain ! Ca faisait longtemps que je ne croyais plus au Japon, musicalement, et je viens de subir un méchant retour de flamme. Dix titres, au moins six hits invincibles, mêlant sans aucun effort le meilleur de Thursday, The Mars Volta et globalement de toute la pop énervée de ces dernières années. Et s'offrant le luxe, en plus de ça, de le faire à leur sauce, sans contracter la moindre dette envers quiconque. Ca hurle, ça devient taré, ça bondit d'une humeur à l'autre dans la même phrase, les guitares sont des barbelés et la batterie un tir de DCA, les deux voix (un mec une meuf) sont bien meilleures que moi, et l'énergie ici délivrée me permet de me tenir debout dans ce monde de merde. C'est un souffle frais, un hurlement libérateur qui promet que ça va aller si on réussit à s'énerver assez. C'est une promesse d'un avenir meilleur, d'une bande de laquelle s'entourer, d'un lieu où se retrouver, de souvenirs à se construire. Et tout ça sans que je comprenne un seul mot au disque. Génial. Foutrement génial. Tu ne me crois pas ? Matte ça. Toujours pas ? Dégage et crève.