Putain, le métro parisien. LE METRO PARISIEN. Je le prends au minimum deux fois par jours, histoire de m'imprégner d'odeur d'humain et de haine. "Après quelques verres, j'ai envie de tirer dans le tas". En effet, mes frères et soeurs, en effet. Vivre à la campagne, au milieu des champs, ne rien entendre de la journée et ne voir aucun mouvement. Les gens sont physiquement fatiguants.
   Bon, bref, on s'en fout. Dans le métro, donc. Y est apparue il y a quelques temps cette affiche :

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   Autant vous dire que la seule envie que j'ai en la voyant, c'est de croquer à belles dents dans Pompon histoire de me payer un bon tartare direct à la source. Ma mère me fait manger du cheval depuis que je suis tout petit et c'est l'une de mes viandes favorites.
   C'est quoi ces conneries, là ? Autant je comprends qu'on décide d'être végétarien parce que les animaux c'est gentil et cool et "krô kawai lol" (et puis surtout, il y a d'autres raisons pour devenir végétarien, bonus !), mais qu'on décide de n'épargner de nos fourchettes QUE LE PUTAIN DE CHEVAL, je ne ne comprends pas.
   Enfin si, je comprends, malheureusement : c'est juste une merde de réminiscence de tous ces agendas rose avec des photos de poneys que se trimballent toutes les filles au collège. Elles kiffent le mec de Twilight, les nouvelles boucles d'oreilles et les poneys.
   Le cheval est un animal naze, pas foutu d'être un prédateur, au ventre disproportionné par rapport à ses pattes, et qu'on n'utilise plus que pour trimballer des touristes dans des charettes se voulant romantiques mais puant le foin.
   Alors Pompon, sache que si tu croises ma route je te bouffe les couilles, point.
   Bon, tout ça m'a mis d'humeur. Parlons de mes dernières lectures.

Dead long enough, de James Hawes
deadlong   Bon, j'en ai déjà un peu parlé, mais je voulais revenir dessus, histoire de troquer mon temporaire "bon, voire très bon" contre un plus prudent "pas mauvais, voire parfois bon".
   Ca parle toujours de pré-quarantenaires qui se tapent leur petite crise tranquille. Sauf que la crise est ici vraiment bien écrite, et qu'elle fait vraiment chier dans son froc, avec des réflexions comme : combien de vraies grosses soirées sauvages nous reste-t-il à vivre ? Ouais, la réponse, même alors que je n'ai que vingt-cinq ans, donne l'impression de tenir sur les doigts de mes deux mains. Ca donne envie d'éteindre la lumière et de se rouler en position foetale dans un coin de la pièce pour se ronger les ongles.
   Après, si le livre sait être précis, parfois drôle, toujours juste dans son propos, c'est dans la forme que  se trouve mon "mouais". C'est clairement un livre qui discute, qui parle et bavarde sur la vie qui passe. Et pour ce faire, James Hawes fout ses mots dans la bouche de ses personnages. Ca marche au début, on accepte, et puis rapidement, on commence à tiquer quant au fait qu'aucun des personnages n'est capable de parler autrement que par des tirades au lexique qui n'est oral que grâce à quelques insultes placées ici et là. Et c'est de pire en pire au fur et à mesure des dialogues, qui bien souvent rament comme des homos refoulés à la salle de muscu afin de paraître au mieux très vaguement naturels. Ca fait un peu chier.

La grande vie, de Jean-Pierre Martinet
Couv_20Martinet   Soyons d'une limpidité sans faille (comme d'habitude) : ça ne vaut pas le grandiose "L'ombre des forêts".
   Ce qu'on a ici est une courte nouvelle très chiante à résumer. Ca parle médiocrité et quotidien morne, comme d'hab avec JP. Sauf que là, ce que je lui reproche modestement, c'est de ne parler QUE médiocrité. Le personnage principal de la nouvelle est pire qu'un loser, c'est une merde, un type qui n'aspire à rien, n'a jamais aspiré à rien et n'aspirera jamais à rien. Un peu de sexe répugnant avec sa concierge obèse, un peu de mattage crade quand une collégienne passe, un peu de canicule par la fenêtre ouverte de sa cuisine, et puis rien d'autre (ou presque, mais ne racontons pas tout).
   Dans "L'ombre des forêts", la médiocrité des personnages n'était qu'une armure assemblée autour d'une folie, d'une grandeur dangereuse, sale et vivante, de quelque chose, au moins. Le quotidien était insupportable, on y reconnaît le moindre objet, la moindre seconde morte, mais le miroir tendu au lecteur laissait voir, comme un rai de lumière dans un coin, si ce n'était l'espoir, au moins du sens, une recherche possible d'autre chose, d'un but, d'une vision, d'un dieu, d'une sensation.
   Ici ce que Martinet nous montre n'est qu'insupportable, et rien d'autre. Il devait être dans un sale état à cette période de sa vie... C'est une expérience de lecture qui mérite d'être vécue. Surtout qu'elle ne dure qu'une cinquantaine de pages imprimées très gros.
   Remarque peut-être sans intérêt : les fins des trois Martinet que j'ai lus ("L'ombre des forêts", "La grande vie" et "Ceux qui n'en mènent pas large") se ressemblent ENORMEMENT. Le mec était un putain de taré comme je les aime.

Mouse Guard : winter 1152, dessiné et écrit par David Petersen
mouseguard   Deuxième volume pour les guerriers souris.
   Pour ceux qui ne connaissent pas cette buterie sans nom, c'est une histoire entre fantasy et médiéval qui met en scène un peuple de souris. Et on ne parle pas ici d'humains représentés sous la forme d'animaux comme dans Donjon, mais de vraies souris, qui évoluent à l'ombre de leur échelle de souris, avec leurs problèmes de souris. Petersen ne l'a pas encore fait, mais on pourrait tout à fait imaginer qu'un pied humain passe dans une case de la bande-dessinée, écrasant l'un des héros sous sa semelle.
   Notons ensemble que malgré les grandes oreilles et les moustaches des héros, ce n'est pas (seulement) une bande-dessinée pour les enfants. C'est sérieux, parfois même pesant, presque toujours sombre, et certaines bastons (ici contre une chouette blanche dont l'oeil borgne brille d'un rouge infernal) relativement sanglante et cruelle.
   On suit les aventures de quatre membres de la Garde, la mythique caste guerrière chargée de protégée le peuple des souris de ses ennemis naturels (belettes, oiseaux, serpents...), qui se retrouvent à devoir se fighter le museau contre des ennemis de l'intérieur décidés à prendre le pouvoir.
   C'est foutrement bien écrit et prenant, ça a un souffle épique qui ne débande jamais, et le dessin est juste à se jouir dessus. Cet épisode hivernal m'a peut-être très légèrement moins plu que le premier, mais je n'en suis même pas tout à fait sûr. Y'a toujours le côté "exploration par la lecture", avec l'envie de se perdre dans chacune des pièces de chacune des villes des souris, d'en connaître chaque recoin et chaque coutume.
   Sérieux, je ne vois pas comment on pourrait ne pas surkiffer cette série.

Heavy liquid, dessiné et écrit par Paul Pope
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   Là ça va être rapide : que cette relousité dégage et ne revienne pas. Une histoire de drogue d'origine extraterrestre, d'un type à la coule qui louvoie dans un futur pas du tout futuriste et d'ombre de l'âme humaine mon cul sur ton clavier.
   Ca ne fonctionne jamais, et la lecture devient une corvée. L'auteur joue au type trop malin pour placer de vraies scènes d'action et se perd dans des considérations à volonté de profondeur qui tombent complètement à plat et donnent uniquement dans le lieu commun et l'ennui. Jamais excitant, jamais intéressant, jamais drôle (sauf quand le type passe chez nous et que tous les Français parlent comme des immigrés fraîchement arrivés à Paris, auteur américain paresseux oblige), jamais même original.
   Je n'ai pas envie de prendre l'habitude de parler de trucs que je n'aime pas, mais là je me suis senti obligé : le recueil de tous les épisodes du comics m'a coûté une couille, et les critiques du carnage n'arrêtent pas de dire que c'est je ne sais quel genre de chef-d'oeuvre ou quoi. Ne les écoutez pas, moi seul détients la vérité.
   Bon, le trait rappelle un peu celui de Ryan Kelly, l'auteur de l'immortel Local, mais si vous achetez un comics uniquement pour ses dessins, vous pouvez tout autant allez vous faire foutre dans la fosse commune la plus proche de chez vous.

 

La Tour Sombre 1 : le pistolero, de Stephen King
toursombre1   Je ne crois pas l'avoir déjà dit ici, mais je suis un ENORME fan de King. "Ca" a changé ma façon de lire, "Coeurs en Atlantide" et "Le corps" m'ont fait chialer comme un gosse, et "Ecriture" est une quasi-bible à mes modestes yeux.
   J'avais décidé de tout lire de King avant de conclure par la série de la Tour Sombre, que j'avais entendue être une espèce de noeud gordien réunissant tous ses univers, personnages et obsessions en un ultime assaut mené contre la santé mentale de ses lecteurs. Je voulais être prêt, avoir toutes les cartes en main.
   Bah avec ce premier épisode, je me suis dit qu'il n'y avait jamais eu nécessité d'attendre. Aucune référence à aucun autre de ses bouquins, même pas un petit clin d'oeil jeté en pâture aux fans.
   Et puis après je me suis souvenu de la date de parution de ce premier épisode : 1982. Ce qui est devenu une énorme saga de plusieurs milliers de pages n'était alors qu'un roman parmis d'autres, certes d'un type nouveau pour King, mais aucunement destiné à devenir la synthèse de toute son oeuvre.
   Alors j'ai bouffé ma lecture pour ce qu'elle était, et apprécié le roman pour lui-même : un western post-apocalyptique qui ne laissait aucune place à l'espoir, un sprint littéraire désespéré, caniculaire et à bout de souffle comme de sens. Pas l'un des meilleurs King, mais un grand livre de fantasy, m'est avis. Une course-poursuite dans le désert entre deux hommes seuls qui semblent être les derniers hommes sensés d'un monde au bord du naufrage.

La Tour Sombre 2 : Les trois cartes, de Stephen King
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   Bon, benh toujours aucune référence à ses autres histoires... Mais celle-ci prend de l'ampleur, avec des voyages inter-dimensionnels vers différentes époques de notre monde à nous, de nouveaux personnages pour seconder Roland, le héros au prénom qui renvoie aux années quatre-vingt, et un rythme bien maîtrisé sur une durée bien plus longue que pour le premier épisode.
   Très peu de monstres ou de magie, de la fantasy sobre qui donne dans l'action sèche, la survie incertaine et le malaise physique comme mental. Très chouette roman, vraiment. Qui cette fois ne laisse plus aucune place à la possibilité d'être indépendant d'une suite, ici obligatoire.

 

 

La Tour Sombre 3 : Terres perdues, de Stephen King
toursombre3   Arf. Ca commençait si bien, putain... Bon, c'est pas non plus le carnage, hein. Juste qu'après la sobriété désespérée des deux premiers volumes, King donne ici dans la débauche de fantasy et de science-fiction, et bouffe à tous les râteliers des imaginaires fantastiques de la fin des années quatre-vingt. Imaginaires qui ont aujourd'hui un sacré goût de daté et de gentiment ringard pour le représentant de la génération Schwarzenegger que je suis.
   C'est trop coloré, trop boursoufflé d'images d'Epinal de la science-fiction de seconde zone, trop classique, trop daté et facile à identifier. A l'image des illustrations de ce volume, d'ailleurs : là où celles du précédent donnait dans la sobriété et le réalisme, celles de celui-ci ressemblent à des couvertures de l'Oeil Noir... Ha, et puis est apparu un certain Ote, espèce de raton-laveur parlant qui sert de mascotte façon Walt Disney... Je ne le déteste pas tout à fait, mais c'est quand même chaud.
   Et puis un autre problème, déjà présent dans le deuxième volume, prend ici une ampleur nouvelle et aussi ridicule que parfois relou : Roland, le déjà nommé héros, se comporte bien souvent comme un connard égoïste et sans coeur, et pourtant tout le monde (Stephen King compris, si je me fis au point de vue choisi par l'écriture) s'évertue à le trouver incroyablement beau, génial, super-méga-wizz et totalement ultime. D'ailleurs, Roland ne rate jamais rien, ne trébuche jamais, et peut probablement arrêter des balles en contractant ses abdos. A la fin du volume, un train maléfique (...) sculpte une statue en glace de Roland. Tellement badass qu'il mérite des claques.
   Reste que j'ai commencé la suite aujourd'hui, et qu'en bonne groupie, j'en attends encore de l'excellent. Parce que la fin du monde, parce que l'histoire, parce que le désespoir derrière les mots, parce que Stephen King.
   HA ! Et ça y est, j'ai enfin été récompensé par une première référence à un autre livre, en l'occurence "Ca" et sa tortue. Joie infinie.


Transmetropolitan 5 : le remède, par Warren Ellis & Darick Robertson
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  Spider Jerusalem est Dieu. L'un de mes personnages de bd favoris, facilement dans le top 5, peut-être dans le top 3.
   Vivant dans un futur tombé à la guerre contre le consumérisme et le tout-divertissement, c'est un journaliste taré adepte de la dénonciation sociale, des drogues dures, de l'écrasage de chiots et du travail en solo. Il se bastonne à tous les coins de rue, connaît plus d'insultes que toute ta ville réunie, parle pour ceux qui n'ont pas de voix et s'érige en dernier gardien d'une vérité que tous les autres cherchent à nier, cacher, combattre, voire annihiler une bonne fois pour toute.
   Dans ce nouveau tome (enfin, nouveau en France, aux USA la série était déjà terminée que je venais tout juste de me mettre au punk-hardcore), probablement l'avant-dernier des recueils français, Spider poursuit son entreprise de démolition du président en place, un fils de pute ultime surnommé "le Sourire",  tout en essayant de ne pas crever avant la fin du combat à cause de la gentille petite tumeur qu'il a au cerveau.
   L'issue du combat est pour le prochain recueil, et je la souhaite heureuse. Que l'écraseur de chiots, le violeur de vierges, le défoncé stellaire gagne enfin, qu'une fois, rien qu'une fois, justice soit faite.
   Soyons clairs : vous DEVEZ lire Transmetropolitan. C'est à ma connaissance la seule bd ouvertement et absolument politique qui parvient à être toujours drôle, prennante et accueillante. Spider et ses sordides assistantes vous acceptent direct dans leur bande, et par les verres psychés des lunettes de Jerusalem, ce n'est pas son futur dégueulasse que vous lirez, mais votre présent à vomir. Lecture salutaire, personnage immortel, achète, frère, achète, soeur.