L'heure est à la confession : je suis un "nerd", comme on dit. J'aime les jeux-vidéo, les mangas, les comic books, j'ai des figurines Dragon Ball sur mon bureau, Buffy est ma maîtresse à penser, et la liste pourrait continuer ainsi sur quelques pages. Et cela sans second degré ni branchitude parisienne : ma nerditude n'est contrebalancée par aucune carte de membre pour des soirées "coke et vestes branchées sur t-shirts vintage". Bref, vous voyez ce que je veux dire. Ou pas.
   Le problème quand on est un nerd... Bon, ce mot me gêne, en vrai. J'ai l'impression que seuls des "non-nerds" seraient capables de l'utiliser... Le problème quand on est "amateur de trucs qui donnent aux gens l'envie de vous qualifier de nerds", bah c'est que les gens vous qualifient de nerd. J'ai cette copine assez sympa que j'ai rencontrée cette année à la fac. Elle est très ouverte, blablabla, alternative toutçatoutça, décalée, enfin vous voyez. Une fille de fac. Or, la fac en question, c'est la Sorbonne. Qui, comme chacun sait sûrement, est située rue Saint-Jacques. Qui, comme chacun sait un peu moins sûrement, s'ouvre par une librairie "Album" très lourdement achalandée en comics. Comics que donc, si vous avez suivi, j'adore. Bon, en fait, c'est pas tout à fait ma passion première non plus, hein, j'ai une très modeste collection, je ne suis aucune série régulière, et ne lis généralement que des one-shots ou des oeuvres ponctuelles... Merde, je suis en train de me justifier face à un lectorat invisible... Reprenons reprenons.

   Un jour, tout fou à lié que je suis, alors que je sortais de cours en compagnie de la suscitée amie, je décide d'aller faire un tour dans la librairie. A noter que la suscitée amie n'a jamais éveillé ni ma libido ni ma passion adolescente. Une fille qui aurait eu plus d'importance sexuello-sentimentale pour moi n'aurais pas été introduite dans une librairie de comics comme ça, à froid.
   Le bilan de cette visite (qui, si je me souviens bien, s'est soldée par mon achat de quelques bds fort peu honorables), ça a été que j'ai dû endurer l'incompréhension ouvertement exprimée et les gentilles mais réelles moqueries de ma condisciple. Je m'y attendais, et n'aie pas été le moins du monde blessé. MAIS ! Mais. Ca m'a fait un peu réfléchir, en écho à diverses réactions similaires que j'avais déjà récoltées au cours de ma vie de ner... D'amateurs de comics et de ce qui s'ensuit. Les gens, dans leur immense majorité, se sont mis d'accord sur un édit stipulant une bonne fois pour toutes que les comics, les mangas, les jeux vidéo et toutes ces conneries, c'étaient des trucs de garçons un peu en retard sur leur âge adulte, des lubies dont on pouvait se moquer, des trucs débiles, décérébrés et futiles. Pas comme les vraies choses géniales de la vie, comme boire des bières avec des gens qu'on n'aime pas vraiment, aller au travail, prendre un crédit immobilier ou avoir un compte Facebook.

   Et là, frères et soeurs coutumiers de mon bon sens, vous devinez ce qui s'est passé : j'ai eu l'une de ces idées géniales dont je me suis fait le spécialiste. "Knuckle, mon bon", me suis-je dit. "Vu que de toute façon les gens se foutront de ta gueule en voyant tes comics et ta Playstation 3, pourquoi se faire chier ? Parce que bon, ça va un moment les comics qui se veulent intelligents, les métaphores politiques faites superhéros, les satires sociales sur fond de science-fiction et autres expérimentations artistiques audacieuses avec des monstres au premier plan... Socialement, t'es de toute façon fiché. Alors... Mais oui Knuckle ! Mais oui ! Fonce ! Vas droit au but ! Tape dans le plaisir coupable et ne cherche même plus à t'en excuser ! Aux yeux des mécréants Transmetropolitan aura toujours la même gueule qu'un torchon baigné dans l'hémoglobine de dragon et les gros muscles huilés, alors va pour le sang et les muscles ! Droit au but, Knuckle ! T'es un chef."
   Ouais, je suis assez condescendant avec moi-même. Si j'étais moi, je me détesterais. Ou si je n'étais pas moi, plutôt. Enfin...
   Plaisirs coupables, donc. C'est de toute façon comme ça que TOUTES les oeuvres de "sous-cultures populaires" sont vues par ceux qui ne s'y intéressent pas. Alors j'ai décidé de vous initier, frères et soeurs. Si vous fréquentez ce lieu de perdition, j'estime que vous êtes prêts pour ce qui va suivre : "Mon top 4 des meilleurs comicbooks catégorie "plaisirs coupables"". Bam, double-guillemets, la claque.

   Concernant les comicbooks, un plaisir coupable se caractérise d'après ma grille de lecture via les critères suivants :
- aucune volonté trop présente de donner dans la critique socialo-politique.
- des monstres et/ou de la violence.
- plus de violence.
- un langage ordurier.
- du 105E minimum concernant les personnages féminins.
- du sang.
- un dessin efficace mais ni expérimental ni trop artistique.
- une narration directe et parfaite ne cherchant pas à donner dans l'ambigu, l'introspectif ou le sombre.
- de l'humour.
- un titre qui bute.
- des gros types ultra-balaises et bourrins, si possible avec des mitrailleuses.
- encore et toujours de la violence.
   Tous les critères n'ont pas forcément à être réunis, mais c'est préférable. Chacun peut les classer dans l'ordre d'importance qui lui convient, mais je déconseillerais au lecteur téméraire d'en retirer ou d'en ajouter. Le glissement vers une oeuvre plus subtile, trop pour cet article, est aisé.
   Dernière précision avant d'attaquer la viande : je ne parle ici que de comics, la bande-dessinée que nous appelerons "franco-belge" par simplification étant rentrée dans les moeurs françaises, et le manga étant bien trop entièrement imbibé du jus du "plaisir coupable" pour qu'un tel classement ait encore un sens...
   Go pour le classement, par ordre alphabétique uniquement.

Al Serial Killer, par Doom et Rej
- Volonté sociopolitique : houlà, non ! Al(bert) est lui-même un ado nerd fan de comics (et de KoRn, à l'époque ça m'avait bien plu de voir ça dans les cases) et de films d'horreur. Un jour, alors qu'il est poursuivi dans les rues de New York par de quelconques méchants videurs de poches, il tombe sur un étrange duo qui lui offre un masque qui aurait dû lui inspirer quelques kilos de méfiance... Sauf qu'Al est un peu con et met le masque... Devenant instantanement un tueur aussi lourdement armé qu'efficace, qui se débarrasse de ses poursuivants en deux secondes, avant d'être recruté de force par le Diable lui-même, qui le charge d'une mission de première importance : trouver et tuer un mystérieux tueurs de tueurs, qui s'amuse à éxécuter les soldats favoris de monsieur Satan. Pour mener sa mission à bien, Al (qui est dans l'incapacité de retirer son masque et donc de redevenir Albert) va devoir entrer dans ses films d'horreur favoris et traquer le tueur de tueurs... Tu vois de la sociopolitique là-dedans ?
- Monstres : check !

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- Violence: check !
- Langage ordurier : plutôt check.
- 105E minimum : check !

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- Sang: check !
- Dessin efficace : le réalisme n'est pas recherché, mais ça check à fond pour moi !
- Narration cash : check ! D'ailleurs, c'est vraiment con que le comics ait eu une si courte vie, parce que beaucoup de pistes bien lancées ne verront probablement jamais leur dénouement.
- Humour : check !
- Titre qui bute : check, même si ça rappelle un peu "Henry, portrait d'un serial killer" !
- Gros type avec une mitrailleuse : no check.
- Défauts : n'a existé que le temps de deux numéros, parus il y a quelques grosses années chez la morte-née collection comics de Glénat. Je doute de lire un jour une suite, même si le blog du dessinateur (français, comme l'auteur) s'orne d'une bannière représentant encore Al, tant d'années après...

Battle Chasers, par Joe Madureira
- Volonté de donner dans le sociopolitique : mais néant, gars ! C'est un comic d'heroic-fantasy un peu steampunkienne sur les bords (ou comment perdre définitivement toute possibilité de ne pas être qualifié de "nerd" en une seule phrase), qui est malheureusement en stand-by depuis quelques dix ans, ou quelque chose comme ça. Ca parle d'une bande complètement improbable (un ancien héros de guerre avec une épée magique, une gamine plus balaise que Hulk, un robot géant plus balaise que deux Hulk, un vieux magicien et une mercenaire très argumentée) qui se retrouve à devoir bastonner du monstre à la pelle sans trop comprendre pourquoi. Gros univers, personnages ultra-charismatiques, et action non-stop. Ca perd rarement son temps en bavardages sans pourtant être dénué d'une véritable intrigue. Un favori de très longue date. L'arrêt probablement définitif de la série en plein cliffhanger arrive encore à me faire jurer quelques années plus tard.
- Monstres : check !
- Violence : check !
- Langage ordurier : pas vraiment, la gamine en tant que personnage principal limite fortement ce critère.

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- 105E minimum : double-check ! D'ailleurs ce personnage reste si... Icônique... Qu'encore aujourd'hui des centaines de fan-arts d'elle traînent sur internet.
- Sang : check !
- Dessin efficace : motherfucking check. Influence manga et colorisation absolument géniale.
- Narration cash : check !
- Humour : No check, ou si peu.
- Titre qui bute : "Chercheurs de batailles"... Check !
- Gros type avec une mitrailleuse : checcccck !

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- Défauts : seulement une dizaine d'épisodes, chez Image Comics. Arrêt en plein cliffhanger ; frustration totale.

Body Bags, par Jason Pearson
- Volonté de donner dans le sociopolitique : mon cul dans ton tiroir. Clownface est un tueur à gage ultra-brutal et presque sans foi ni loi qui officie dans une ville aussi fictive que ressemblant à un Los Angeles encore plus crâmés qu'en réalité. Un beau jour, alors qu'il s'apprête à aller décapiter quelques types histoires de se dégourdir les doigts, Panda, sa fille qu'il n'a pas vue depuis des années, débarque chez lui et décide de bosser à ses côtés... S'ensuivent des histoires indépendantes mettant en scène les deux psychopathes et leurs ennemis tarés, et publiées à intervalles irréguliers chez 12-Gauge comics.
- Monstres : pas vraiment check. Y'a deux/trois mutants chelous chez les bad guys, mais rien de vraiment "monstrueux".
- Violence : mille fois check. Grosse violence comic, du sang partout tout le temps, des balles qui fusent par milliers et des meurtres au couteau toutes les deux pages.
- Langage ordurier : check ! Et Panda, en plus de débiter les insultes par paquets de douze, a un parlé "ghetto" très drôle en VO.

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- 105E minimum : holy sh... Check.

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- Sang : Voir ci-dessus. Check !
- Dessin efficace : check !
- Narration cash : check !
- Humour : check ! Le duo Panda/Clownface est vraiment cool dans ses contrastes et ses liens familiaux...
- Titre qui bute : check !
- Gros type avec une mitrailleuse : check en remplaçant la mitrailleuse par des couteaux.
- Défauts : peu d'épisodes, mais il en sort encore de temps en temps. Colorisation un peu quelconque. Panda est sensée avoir 14 ans, rendant votre voyeurisme complètement illégal.

Hack/Slash, par Tim Seeley
- Volonté sociopolitique : que dalle. C'est un peu beaucoup le rejeton involontaire de "Al Serial Killer", cette histoire : Cassie avait une môman surprotective qui s'amusait à égorger les méchants garçons se moquant de sa binoclarde de fille. Elle fut donc un jour obligée de mettre fin aux jours de sa génitrice, faisant là son premier pas de chasseuse professionnelle de slashers... Vous savez : Freddy, Jason, Michael Mayers... C'est ça, les slashers. Des tueurs en série masqués et au moins paranormaux, si ce n'est immortels. Cassie, qui en a profité pour troquer ses lunettes contre un look de Suicide Girl, est assistée par Vlad, un gentil à la gueule de méchant, le duo sillonant les USA dans un van pourri afin de tuer du tueurs. La série est toujours en cours et très prolifique, chez Devil's Due Publishing.
- Monstres : check ! Avec quelques guests sympas, comme Chucky ou Herbert West.
- Violence : hu hu... Check.
- Langage ordurier : check !
- 105E minimum : pas tout à fait, mais Cassie se rattrape en montrant sa culotte toutes les deux cases.

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- Sang : check !
- Dessin efficace : ça dépend des chapitres...
- Narration cash : check ! Au départ, c'était seulement des one-shot, puis c'est devenu une série régulière avec une véritable histoire suivie tout en gardant un aspect "monstre de la semaine". Les deux formules sont efficaces, avec perso une préférence pour la deuxième.
- Humour : check !
- Titre qui bute : check !
- Gros type avec une mitrailleuse : les armes à feu ne sont pas très présentes dans la série, mais Vlad vaut son check !
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- Défauts : les dessinateurs se succèdent selon les épisodes, avec plus ou moins de succès... Certains chapitres, surtout au début, sont carrément moches. Quelques slashers manquent de charisme. Cassie est probablement lesbienne.

 

   Voilà, that's all, folks ! Amusez-vous bien, ces oeuvres ne sont faites que pour ça... Et je trouve, sans aucune ironie, que c'est là un acte très honorable.

P.S. : quelqu'un est arrivé sur mon blog en cherchant "vidéo de sodomisatrices en groupe"... Je me sens à la fois honoré et souillé. Ce qui est intéressant, c'est que je n'apparais à la douzième page de cette recherche, chez l'ami Google. Mon visiteur était donc probablement très motivé par sa recherche.