Survivre la nuit.

Carnet de bord de la fin du monde.

17 décembre 2009

Lire et manger du cheval.

   Putain, le métro parisien. LE METRO PARISIEN. Je le prends au minimum deux fois par jours, histoire de m'imprégner d'odeur d'humain et de haine. "Après quelques verres, j'ai envie de tirer dans le tas". En effet, mes frères et soeurs, en effet. Vivre à la campagne, au milieu des champs, ne rien entendre de la journée et ne voir aucun mouvement. Les gens sont physiquement fatiguants.
   Bon, bref, on s'en fout. Dans le métro, donc. Y est apparue il y a quelques temps cette affiche :
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   Autant vous dire que la seule envie que j'ai en la voyant, c'est de croquer à belles dents dans Pompon histoire de me payer un bon tartare direct à la source. Ma mère me fait manger du cheval depuis que je suis tout petit et c'est l'une de mes viandes favorites.
   C'est quoi ces conneries, là ? Autant je comprends presque qu'on décide d'être végétarien parce que les animaux c'est gentil et mignon et "krô kawai lol" (il y a en plus d'autres raisons pour devenir végétarien, ok ok, limite ça me fait endurer en silence la culpabilisation des pro-végétariens), mais qu'on décide de n'épargner de nos fourchettes QUE LE PUTAIN DE CHEVAL, je ne ne comprends pas.
   Enfin si, je comprends, malheureusement : c'est juste une merde de réminiscence de tous ces agendas rose avec des photos de poneys que se trimballent toutes les filles au collège. Elles kiffent le mec de Twilight, les nouvelles boucles d'oreilles et les poneys.
   Le cheval est un animal naze, pas foutu d'être un prédateur, au ventre disproportionné par rapport à ses pattes, et qu'on n'utilise plus que pour trimballer des touristes dans des charettes se voulant romantiques mais puant le foin.
   Alors Pompon, sache que si tu croises ma route je te bouffe les couilles, point.
   Bon, tout ça m'a mis d'humeur. Parlons de mes dernières lectures.

Dead long enough, de James Hawes
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   Bon, j'en ai déjà un peu parlé, mais je voulais revenir dessus, histoire de troquer mon temporaire "bon, voire très bon" contre un plus prudent "pas mauvais, voire parfois bon".
   Ca parle toujours de pré-quarantenaires qui se tapent leur petite crise tranquille. Sauf que la crise est ici vraiment bien écrite, et qu'elle fait vraiment chier dans son froc, avec des réflexions comme : combien de vraies grosses soirées sauvages nous reste-t-il à vivre ? Ouais, la réponse, même alors que je n'ai que vingt-cinq ans, donne l'impression de tenir sur les doigts de mes deux mains. Ca donne envie d'éteindre la lumière et de se rouler en position foetale dans un coin de la pièce pour se ronger les ongles.
   Après, si le livre sait être précis, parfois drôle, toujours juste dans son propos, c'est dans la forme que  se trouve mon "mouais". C'est clairement un livre qui discute, qui parle et bavarde sur la vie qui passe. Et pour ce faire, James Hawes fout ses mots dans la bouche de ses personnages. Ca marche au début, on accepte, et puis rapidement, on commence à tiquer quant au fait qu'aucun des personnages n'est capable de parler autrement que par des tirades au lexique qui n'est oral que grâce à quelques insultes placées ici et là. Et c'est de pire en pire au fur et à mesure des dialogues, qui bien souvent rament comme des homos refoulés à la salle de muscu afin de paraître au mieux très vaguement naturels. Ca fait un peu chier.

La grande vie, de Jean-Pierre Martinet
Couv_20Martinet   Soyons d'une limpidité sans faille (comme d'habitude) : ça ne vaut pas le grandiose "L'ombre des forêts".
   Ce qu'on a ici est une courte nouvelle très chiante à résumer. Ca parle médiocrité et quotidien morne, comme d'hab avec JP. Sauf que là, ce que je lui reproche modestement, c'est de ne parler QUE médiocrité. Le personnage principal de la nouvelle est piure qu'un loser, c'est une merde, un type qui n'aspire à rien, n'a jamais aspiré à rien et n'aspirera jamais à rien. Un peu de sexe répugnant avec sa concierge obèse, un peu de mattage crade quand une collégienne passe, un peu de canicule par la fenêtre ouverte de sa cuisine, et puis rien d'autre (ou presque, mais ne racontons pas tout).
   Dans "L'ombre des forêts", la médiocrité des personnages n'était qu'une armure assemblée autour d'une folie, d'une grandeur dangereuse, sale et vivante, de quelque chose, au moins. Le quotidien était insupportable, on y reconnaît le moindre objet, la moindre seconde morte, mais le miroir tendu au lecteur laissait voir, comme un rai de lumière dans un coin, si ce n'était l'espoir, au moins du sens, une recherche possible d'autre chose, d'un but, d'une vision, d'un dieu, d'une sensation.
   Ici ce que Martinet nous montre n'est qu'insupportable, et rien d'autre. Il devait être dans un sale état à cette période de sa vie... C'est une expérience de lecture qui mérite d'être vécue. Surtout qu'elle ne dure qu'une cinquantaine de pages imprimées très gros.
   Remarque peut-être sans intérêt : les fins des trois Martinet que j'ai lus ("L'ombre des forêts", "La grande vie" et "Ceux qui n'en mènent pas large") se ressemblent ENORMEMENT. Le mec était un putain de taré comme je les aime.

Mouse Guard : winter 1152, dessiné et écrit par David Petersen
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   Deuxième volume pour les guerriers souris.
   Pour ceux qui ne connaissent pas cette buterie sans nom, c'est une histoire entre fantasy et médiéval qui met en scène un peuple de souris. Et on ne parle pas ici d'humains représentés sous la forme d'animaux comme dans Donjon, mais de vraies souris, qui évoluent à l'ombre de leur échelle de souris, avec leurs problèmes de souris. Petersen ne l'a pas encore fait, mais on pourrait tout à fait imaginer qu'un pied humain passe dans une case de la bande-dessinée, écrasant l'un des héros sous sa semelle.
   Notons ensemble que malgré les grandes oreilles et les moustaches des héros, ce n'est pas (seulement) une bande-dessinée pour les enfants. C'est sérieux, parfois même pesant, presque toujours sombre, et certaines bastons (ici contre une chouette blanche dont l'oeil borgne brille d'un rouge infernal) relativement sanglante et cruelle.
   On suit les aventures de quatre membres de la Garde, la mythique caste guerrière chargée de protégée le peuple des souris de ses ennemis naturels (belettes, oiseaux, serpents...), qui se retrouvent à devoir se fighter le museau contre des ennemis de l'intérieur décidés à prendre le pouvoir.
   C'est foutrement bien écrit et prenant, ça a un souffle épique qui ne débande jamais, et le dessin est juste à se jouir dessus. Cet épisode hivernal m'a peut-être très légèrement moins plu que le premier, mais je n'en suis même pas tout à fait sûr. Y'a toujours le côté "exploration par la lecture", avec l'envie de se perdre dans chacune des pièces de chacune des villes des souris, d'en connaître chaque recoin et chaque coutume.
   Sérieux, je ne vois pas comment on pourrait ne pas surkiffer cette série.

Heavy liquid, dessiné et écrit par Paul Pope
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   Là ça va être rapide : que cette relousité dégage et ne revienne pas. Une histoire de drogue d'origine extraterrestre, d'un type à la coule qui louvoie dans un futur pas du tout futuriste et d'ombre de l'âme humaine mon cul sur ton clavier.
   Ca ne fonctionne jamais, et la lecture devient une corvée. L'auteur joue au type trop malin pour placer de vraies scènes d'action et se perd dans des considérations à volonté de profondeur qui tombent complètement à plat et donnent uniquement dans le lieu commun et l'ennui. Jamais excitant, jamais intéressant, jamais drôle (sauf quand le type passe chez nous et que tous les Français parlent comme des immigrés fraîchement arrivés à Paris, auteur américain paresseux oblige), jamais même original.
   Je n'ai pas envie de prendre l'habitude de parler de trucs que je n'aime pas, mais là je me suis senti obligé : le recueil de tous les épisodes du comics m'a coûté une couille, et les critiques du carnage n'arrêtent pas de dire que c'est je ne sais quel genre de chef-d'oeuvre ou quoi. Ne les écoutez pas, moi seul détients la vérité.
   Bon, le trait rappelle un peu celui de Ryan Kelly, l'auteur de l'immortel Local, mais si vous achetez un comics uniquement pour ses dessins, vous pouvez tout autant allez vous faire foutre dans la fosse commune la plus proche de chez vous.

La Tour Sombre 1 : le pistolero, de Stephen King
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   Je ne crois pas l'avoir déjà dit ici, mais je suis un ENORME fan de King. "Ca" a changé ma façon de lire, "Coeurs en Atlantide" et "Le corps" m'ont fait chialer comme un gosse, et "Ecriture" est une quasi-bible à mes modestes yeux.
   J'avais décidé de tout lire de King avant de conclure par la série de la Tour Sombre, que j'avais entendue être une espèce de noeud gordien réunissant tous ses univers, personnages et obsessions en un ultime assaut mené contre la santé mentale de ses lecteurs. Je voulais être prêt, avoir toutes les cartes en main.
   Bah avec ce premier épisode, je me suis dit qu'il n'y avait jamais eu nécessité d'attendre. Aucune référence à aucun autre de ses bouquins, même pas un petit clin d'oeil jeté en pâture aux fans.
   Et puis après je me suis souvenu de la date de parution de ce premier épisode : 1982. Ce qui est devenu une énorme saga de plusieurs milliers de pages n'était alors qu'un roman parmis d'autres, certes d'un type nouveau pour King, mais aucunement destiné à devenir la synthèse de toute son oeuvre.
   Alors j'ai bouffé ma lecture pour ce qu'elle était, et apprécié le roman pour lui-même : un western post-apocalyptique qui ne laissait aucune place à l'espoir, un sprint littéraire désespéré, caniculaire et à bout de souffle comme de sens. Pas l'un des meilleurs King, mais un grand livre de fantasy, m'est avis. Une course-poursuite dans le désert entre deux hommes seuls qui semblent être les derniers hommes sensés d'un monde au bord du naufrage.

La Tour Sombre 2 : Les trois cartes, de Stephen King
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   Bon, benh toujours aucune référence à ses autres histoires... Mais celle-ci prend de l'ampleur, avec des voyages inter-dimensionnels vers différentes époques de notre monde à nous, de nouveaux personnages pour seconder Roland, le héros au prénom qui renvoie aux années quatre-vingt, et un rythme bien maîtrisé sur une durée bien plus longue que pour le premier épisode.
   Très peu de monstres ou de magie, de la fantasy sobre qui donne dans l'action sèche, la survie incertaine et le malaise physique comme mental. Très chouette roman, vraiment. Qui cette fois ne laisse plus aucune place à la possibilité d'être indépendant d'une suite, ici obligatoire.

La Tour Sombre 3 : Terres perdues, de Stephen King
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   Arf. Ca commençait si bien, putain... Bon, c'est pas non plus le carnage, hein. Juste qu'après la sobriété désespérée des deux premiers volumes, King donne ici dans la débauche de fantasy et de science-fiction, et bouffe à tous les râteliers des imaginaires fantastiques de la fin des années quatre-vingt. Imaginaires qui ont aujourd'hui un sacré goût de daté et de gentiment ringard pour le représentant de la génération Schwarzenegger que je suis.
   C'est trop coloré, trop boursoufflé d'images d'Epinal de la science-fiction de seconde zone, trop classique, trop daté et facile à identifier. A l'image des illustrations de ce volume, d'ailleurs : là où celles du précédent donnait dans la sobriété et le réalisme, celles de celui-ci ressemblent à des couvertures de l'Oeil Noir... Ha, et puis est apparu un certain Ote, espèce de raton-laveur parlant qui sert de mascotte façon Walt Disney... Je ne le déteste pas tout à fait, mais c'est quand même chaud.
   Et puis un autre problème, déjà présent dans le deuxième volume, prend ici une ampleur nouvelle et aussi ridicule que parfois relou : Roland, le déjà nommé héros, se comporte bien souvent comme un connard égoïste et sans coeur, et pourtant tout le monde (Stephen King compris, si je me fis au point de vue choisi par l'écriture) s'évertue à le trouver incroyablement beau, génial, super-méga-wizz et totalement ultime. D'ailleurs, Roland ne rate jamais rien, ne trébuche jamais, et peut probablement arrêter des balles en contractant ses abdos. A la fin du volume, un train maléfique (...) sculpte une statue en glace de Roland. Tellement badass qu'il mérite des claques.
   Reste que j'ai commencé la suite aujourd'hui, et qu'en bonne groupie, j'en attends encore de l'excellent. Parce que la fin du monde, parce que l'histoire, parce que le désespoir derrière les mots, parce que Stephen King.
   HA ! Et ça y est, j'ai enfin été récompensé par une première référence à un autre livre, en l'occurence "Ca" et sa tortue. Joie infinie.


Transmetropolitan 5 : le remède, par Warren Ellis & Darick Robertson
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  Spider Jerusalem est Dieu. L'un de mes personnages de bd favoris, facilement dans le top 5, peut-être dans le top 3.
   Vivant dans un futur tombé à la guerre contre le consumérisme et le tout-divertissement, c'est un journaliste taré adepte de la dénonciation sociale, des drogues dures, de l'écrasage de chiots et du travail en solo. Il se bastonne à tous les coins de rue, connaît plus d'insultes que toute ta ville réunie, parle pour ceux qui n'ont pas de voix et s'érige en dernier gardien d'une vérité que tous les autres cherchent à nier, cacher, combattre, voire annihiler une bonne fois pour toute.
   Dans ce nouveau tome (enfin, nouveau en France, aux USA la série était déjà terminée que je venais tout juste de me mettre au punk-hardcore), probablement l'avant-dernier des recueils français, Spider poursuit son entreprise de démolition du président en place, un fils de pute ultime surnommé "le Sourire",  tout en essayant de ne pas crever avant la fin du combat à cause de la gentille petite tumeur qu'il a au cerveau.
   L'issue du combat est pour le prochain recueil, et je la souhaite heureuse. Que l'écraseur de chiots, le violeur de vierges, le défoncé stellaire gagne enfin, qu'une fois, rien qu'une fois, justice soit faite.
   Soyons clairs : vous DEVEZ lire Transmetropolitan. C'est à ma connaissance la seule bd ouvertement et absolument politique qui parvient à être toujours drôle, prennante et accueillante. Spider et ses sordides assistantes vous acceptent direct dans leur bande, et par les verres psychés des lunettes de Jerusalem, ce n'est pas son futur dégueulasse que vous lirez, mais votre présent à vomir. Lecture salutaire, personnage immortel, achète, frère, achète, soeur.

22 novembre 2009

Quart de tour avant + poing, ou : mon pouce gauche est devenu caleux.

   Bien sûr à l'hôtel, bien sûr censé bosser sur un rapport d'observation de classe pour la fac, et bien sûr épuisé d'avance par le travail. Alors me voilà en terres bloguesques pour tromper les circonvolutions que je fais autour de mon devoir.
   A force de vivre avec moi-même, j'ai réussi à synthétiser la hiérarchie qui gouverne mes activités solitaires : je préfère toujours ne rien faire du tout (en musique, cependant) à faire quelque chose. Puis je préfère jouer aux jeux vidéo au reste. Puis je préfère lire. Puis je préfère écrire pour Mirinar. Puis je préfère écrire pour autre chose que Mirinar. Puis je préfère écrire pour ce blog. Puis je préfère faire mes devoirs de fac. Puis je préfère bosser pour l'hôtel. Une certaine idée de la paresse, quoi. Je passe d'une activité à l'autre en fonction du degré de cette dernière et de l'urgence de l'activité. Par exemple, le suscité rapport d'observation doit être rendu vendredi prochain. Donc, il ne sera totalement inévitable que jeudi soir. D'ici là, il y a de fortes chances que je joue un bon paquet d'heures à ma PS3.
   Enfin, là je fais le malin, l'amuseur public, je pense à vous quoi, mais en vrai je vais passer la nuit sur ce rapport de merde. Je déteste vraiment être étudiant. Je déteste devoir me renseigner sur tel courant linguistique (Saussuce ma bite) et devoir assister à telle conférence didactique. D'ailleurs, je ne le fais pas. Autre activité solitaire qui m'occupe pas mal en ce moment : me dire que je devrais abandonner tout ça et partir vivre au fond d'une grotte.
   Bon, ce soir, blog, donc. Et jeux vidéo, puisqu'il n'y a pas de petits profits à offrir à la paresse mentale.
   Lorsqu'il parle de sa découverte de l'alcool (un tonneau de vin chez le père d'un pote alors qu'il avait une dizaine d'années), Bukowski raconte qu'il a immédiatement compris qu'il venait de se trouver un ami qui l'accompagnerait aussi longtemps que fidèlement. Sans vouloir me comparer à lui ni comparer Sonic au vin, c'est assez proche de ce que j'ai pensé lorsque pour la première fois j'ai tâté de la manette.
   Ca s'est fait par étape. D'abord chez des potes et des enfants de potes à mes parents, aujourd'hui visages effacés et noms complètement en ruines, puis des bornes d'arcade au hasard de lieux de vacances, et enfin, en CE2, à Noël, BIM ! Ma Megadrive. Ma première console. Si j'avais été en âge d'avoir des érections, je lui aurais fait l'amour.
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   Splatterhouse 2. Sonic 2. Altered Beast. Galahad. Kid Chameleon. Vectorman. Comix Zone. Soleil. Putain, je l'ai fumée, et cette liste est encore capable de me donner des sales frissons dans la colonne vertébrale. Mes parents n'adoraient pas que je passe des heures dessus, et j'ai vite compris que si je ne voulais pas m'en faire priver à chaque mauvaise note, il fallait qu'au moins publiquement, je modère mon intérêt pour cette beauté noire. Alors je jouais lorsqu'ils n'étaient pas là. Bénie demi-heure entre la fin de l'école et le retour de ma mère à la maison. Mes moments favoris, même jusqu'au lycée. Être seul chez soi, manette en main et oreille tendue pour entendre la voiture arriver et avoir le temps d'éteindre et de courir dans sa chambre. Merde, ça fait du bien d'y repenser.
   Ca a continué au collège, puis au lycée. Playstation, Saturn, Playstation 2. Mes parents me laissent certaines nuits sans trop sourciller, ce qui coïncide de manière heureuse avec ma découvert des rpg. Des listes longues comme le bras de jeux qui m'ont autant marqué que certains films ou certains livres. Des centaines d'heures sur les Final Fantasy de la playstation, sur Street Fighter Alpha 3, sur les Legacy of Kain ou Resident Evil 3.
   Jusqu'ici, rien d'anormal. Sauf qu'ensuite est arrivée la fac, et les prémisces de ce mythologique "âge adulte". J'aurais dû lentement m'éloigner des pads, oublier progressivement les noms des personnages de Breath of Fire 3 et la manipulation nécessaire à l'exécution d'un shoryuken, et finalement ne m'acheter une PS3 que pour quelques parties de Guitar Hero entre amis et lire des Blu-rays en bon jeune adulte que je serais devenu.
   Mais ce n'est pas ce que j'ai fait. Et en fait, est-ce si anormal ? De moins en moins, j'ai l'impression. Nous sommes la génération Dragon Ball, et des types comme Boulet ou les mecs de No Life, des types dont la culture personnelle tourne sans aucune posture autour des mêmes conneries que la mienne, me semblent de plus en plus nombreux et de plus en plus acceptés. La société de la solitude nous pousse à solidifier nos univers intérieurs. Ca me va.
    Et puis soyons sérieux : si nos parents avaient eu un truc aussi génial que les jeux vidéo dans leur jeunesse, n'y auraient-ils pas eux aussi pris goûts ?

    Beaucoup de blabla pour en arriver sans aucune transition au véritable sujet de ce texte : la série Street Fighter. La plus transversale à toute ma vie de joueur.
   Avertissement préalable : ce qui suit n'est pas newbies-friendly. Si vous n'avez jamais joué à Street, vous n'allez pas comprendre.
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   J'ai commencé à y goûter sur Megadrive, avec "Street Fighter 2'". Injouable, forcément. Je rappelle aux ignares que la croix directionnelle de la manette était foutrement pointue, et que le moindre mouvement un peu vif pouvait vous exploser le pouce en un match. Je me limitais à Blanka et Guile pour cette raison, d'ailleurs : les avant-arrière étaient plus simples à faire que les quarts de tour. Je n'ai jamais réussi à sortir un hadoken sur Megadrive.
   Puis les Playstations. La série Alpha à ma portée, celle des Versus qui m'allume avec professionnalisme, mon pouce enfin posé sur une manette me permettant de véritablement jouer, et plus de cent heures de jeu sur Alpha 3.
   Pourquoi ce jeu ? Je ne sais pas exactement, mais étant loin d'être le seul passionné, je suppute que c'est explicable rationnellement. Si je devais essayer, je dirais que c'est parce que ce jeu incarne purement l'aspect "expertise" qui peut accompagner les jeux vidéo. On connaît par coeur quelque chose que le commun des mortels ne comprend même pas. Combien de parents ont essayé de jouer à une quelconque connerie de jeu de plate-formes avec leurs gosses pour découvrir qu'ils n'arrivaient même pas à passer le premier obstacle d'un jeu que leur fils de dix ans avait fini dès le premier jour ?
   Street Fighter, et les jeux de combats ou "à score" en général, pousse cette spécialisation intime encore plus loin : ce sont des jeux auxquels on peut devenir excellents. Ils ne s'arrêtent pas à la mort du dernier boss, et ne se limitent pas à une exploration finie d'un monde délimité par les barrières arbitraires des "niveaux". Les jeux de combat sont virtuellement infinis. Ce sont des sports : il est toujours possible de perdre, même après mille victoires, et il est toujours possible d'être meilleur, même après mille autres. Il y aura toujours un combo que tu n'arriveras pas à sortir et un type d'adversaires que tu n'arriveras pas à maîtriser à coup sûr. Tu ne connaîtras jamais le jeu par coeur.
   Après, pourquoi Street Fighter plutôt qu'un autre ? Parce que c'est le meilleur, probablement. Je ne joue sinon qu'à Soul Calibur, et pour des raisons bien peu avouables.
   Ryu, le héros de Street, est un archétype génial, le guerrier solitaire et monastique qui incarne cette recherche impossible de la perfection. La maniabilité du jeu a de tous temps été millimétrée, scientifique. Les personnages sont équilibrés jusqu'à la maniaquerie. Et l'univers, graphique ou scénaristique, de Street est quelque chose d'assez simple et classique pour qu'on s'y sente immédiatement en terrain connu. Le bien contre le mal, la force brute, l'entraînement, l'impossibilité de la fuite... Ca fait vibrer la corde épique qui sommeille en nous, les kids.
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   Aujourd'hui la série en est à son épisode 4 (mais à son vingtième jeu, au moins... Je passe sur les détails, et me contente de vous donner un exemple de titre de la série : "Super Street Fighter 2 turbo HD remix"), qui a hanté tout mon été. Je joue Rose (ce qui me vaut l'incompréhension des joueurs sérieux) et Akuma (ce qui me vaut le mépris des joueurs moyens). Tout ça sur PS3. Si quelque original est intéressé par mon PSN-ID, qu'il m'envoie un message privé, histoire de m'humilier sur deux trois combats.
   Le jeu est parfait, le bilan d'une quinzaine d'années d'épisodes paufinés et d'observation de la concurrence, et aujourd'hui, aucun autre jeu de combat ne peut prétendre jouer dans la même cours de technicité et de perfection. A nouveau mon pouce hurle, et j'ai véritablement développer une cale à son sommet. Et je continue pourtant à jouer, même après avoir tout débloqué, tout essayé, tout terminé. Le mode en ligne, mes amis, le mode en ligne ! Pouvoir torcher et se faire torcher par des humains, des vrais, à n'importe quelle heure. Des humains qui ont eux aussi compris le jeu. Ma vie sociale n'a pas tenu bien longtemps, forcément...
   Bon, j'en arrive à une demi-heure passée sur ce texte, et j'ai l'impression de n'avoir rien dit d'intéressant. Mais comme d'hab, il n'y aura pas de relecture. Peu importe de toute façon : j'ai repoussé le rapport d'observation assez longtemps. Il est temps d'y retourner. Dommage de ne pas pouvoir en finir en deux rounds et quelques coups spéciaux... Je vous laisse avec Ken Bogard, commenteur de matchs de jeux de combat dont la verve, l'énergie et l'expertise sont en train de faire de lui le porte-étendard français de la "discipline". Tu connais le jeu commenté, tu regardes la vidéo, et t'as autant de montées d'adrénaline qu'un supporter de foot à un match de son équipe fétiche. Enjoy.

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07 novembre 2009

Pré-cauchemar

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"Une Mercedes blanche avec des ailerons", ou un chauve dans un meublé.

41CGNM72QEL__SL500_AA240_   Je suis en train de lire "Dead long enough", de James Hawes, et j'aurais bien du mal à vous en improviser une quatrième de couverture. En gros, l'histoire de quatre potes qui se connaissent depuis la fac et qui en sont désormais à voir leurs quarante ans au bout de la rue et se demandent ce qu'ils ont gagné et perdu. La deuxième colonne est bien plus chargée.
   Si je lis ce roman (bon, voire très bon, au moins jusqu'à la fin du premier tiers où j'en suis), c'est parce que j'avais déjà lu un premier livre du même auteur, "Une Mercedes blanche avec des ailerons". Une fille me l'avait offert juste avant (vraiment juste juste avant) de me dire qu'elle ne sortirait jamais avec moi malgré que je suis un chic type avec lequel elle avait bien aimé coucher et toutes ces conneries. Donc, forcément, j'ai bien mis six mois à accepter d'ouvrir la couverture du cadeau en forme de piqure de veuve noire.
   M'y attendait un direct du droit pour ma gueule. L'un des rares livres que j'ai relus plusieurs fois, un truc hilarant, touchant et triste à chialer d'un paragraphe à l'autre, un texte complètement connecté à la réalité, sur quatre potes (encore, trois mecs et une fille, comme dans "Dead long enough"...) qui, afin de ne pas... Ouais, non, je vais mal faire le truc. Un extrait fera mieux le boulot que moi.

"   De l'autre côté du mur du jardin, j'aperçois les fenêtres de derrière des maisons de la rue voisine. L'une est celle d'un chauve dans un meublé, ses rideaux sont toujours ouverts et on le voit qui fait des maquettes d'avion à longueur de soirée.
   
Parfois il ralentit un peu et finit par s'arrêter, il reste une minute ou deux à regarder devant lui, se lève, ferme ses rideaux d'un coup sec (des rideaux orange, bien sûr, à croire qu'il y a un arrêté municipal secret qui dit qui tous les meublés doivent avoir des rideaux orange), et dix minutes plus tard il les rouvre lentement et se remet calmement à sa colle et à ses bouts de plastique. Je présume que ces intermèdes sont les pauses masturbatoires physiques qui viennent couper sa masturbation mentale, à moins qu'il ne se tape seulement la tête contre les murs de désespoir. Ou les deux.
   
Je commence à voir en lui le miroir horrible d'un possible avenir.
   
Je n'ai aucune intention de finir ainsi.
   
Mais bon, lui non plus n'en avait pas l'intention.
   
En le regardant, je sais le sens de la peur et la force de la certitude : rien ne peut être pire que ça, mieux vaut encore aller en prison.
   
Mieux vaut encore être comptable.
   
Jusqu'à maintenant, j'ai pu résister à la grande équation de cette fin de millénaire (espoir émoussé + peur accrue = comptabilité) en m'obligeant à passer devant la gare de Charing Cross aux heures de pointe une fois par semaine, pour voir les comptables massés devant le tableau des départs, levant des yeux hagards comme des péquenauds devant une icône, attendant qu'on leur dise qu'ils peuvent enfin aller où ils ne veulent pas vraiment aller.
   
Mais je sens que je faiblis.
   
J'ai lu une annonce pour un stage de comptabilité la semaine dernière, deux fois.
   
Non, non et non.
   
Si je deviens comptable aujourd'hui, c'est que j'aurais dû le faire six ans plus tôt.
   
Ce n'est pas le moment de se dégonfler.
   
Il faut que je braque la banque de Michael Winner et que je sauve ma peau."

   Voilà de quoi ça parle. Et c'est grand. C'est un pote que vous n'avez pas vu depuis le lycée que vous recroisez par hasard et avec lequel vous passez la soirée à vous souvenir d'untel et des jours morts, avant de vous raconter vos vies d'aujourd'hui et de comprendre que vous vous êtes manqués l'un à l'autre et que la vie est vraiment une pute. C'est un souvenir imaginaire, un truc qui vous restera à vie si le coeur vous en dit.
   Et il n'y est même pas question de rejet amoureux.

10 octobre 2009

Quick picks, fuckers!

   Histoire de fêter comme il se doit ma rentrée scolaire (youpi, avec le boulot et un emploi du temps aussi pourri que possible, j'ai réussi à faire en sorte de ne pas avoir un seul jour de repos de la semaine !), me voici de retour vêtu de ma plus belle cape pour partager avec vous, frères et soeurs, quelques uns des trucs qui ont occupé mon quotidien en ce début d'octobre.

"Clerks", réalisé par Kevin Smith
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   Merci à Jonas de m'avoir permis de revoir ce film. Je me souvenais bien que ce n'était pas un chef-d'oeuvre, mais ce que j'avais oublié, c'est qu'il avait quand même des trucs à dire. Rien que la punchline du film, putain : "Just because they serve you doesn't mean they like you". C'est pas le slogan parfait pour n'importe quel réceptionniste de nuit type englué dans un quelconque taf de merde ?
   Ca sent la première moitié des années 90, le grunge, les chemise ouvertes, les coupes de cheveux à la con et les baskets montantes. Parker Lewis, Archers of Loaf, Pump Up the Volume, My So-Called Life... Tout n'y est pas directement lié, mais ça fait sens d'en parler ici. Même odeur, même goût sur la langue.
   Pour les quelques innocents n'ayant jamais entendu parler de Clerks : le film déroule une journée du quotidien de Randal et Dante, deux potes dans leur mid-twenties qui bossent dans des magasins voisins, un videostore pour le premier et une épicerie pour le deuxième. Boulot de merde, clients tarés et/ou juste très chiants, aucune perspective d'avenir et un quotidien qui semble destiné à se répéter jusqu'à la fin des temps. Ou leur mort, selon ce qui arrivera en premier. Alors pour tromper l'horreur, ils passent leur temps dans le magasin l'un de l'autre à parler de cul et à ragoter sur leurs anciens potes de lycée. Le tout gravitant autour des errances sentimentales de Dante, qui hésite entre deux filles. Voilà.
   Le scénario n'a pas l'air passionnant, et ne l'est d'ailleurs pas. Il s'agit plutôt ici d'une suite de scènes, d'une chronique polaroïd figeant le quotidien d'une banlieue américaine dont les adolescents d'hier sont devenus les losers d'aujourd'hui. Le film (tourné en noir et blanc, je préviens les suscités innocents) est complètement fauché, les acteurs très moyennement bons et le rythme parfois un peu relâché, mais pourtant ça marche. Ca parle d'un réel qu'on reconnaît.
   Je n'aime pas trop Kevin Smith ; ou du moins, je n'aime pas l'icône "geek/nerd/alternativo-cool" qu'on en a fait (sûrement avec sa propre complicité). Mais ici, avec son premier film, il est encore innocent de tout ça, et Clerks ne respire jamais l'intention séductrice. Ca parle de cul, ça baise un cadavre dans les chiottes de l'épicerie, et pourtant j'ai envie de qualifier le film de "pur". Il n'essaie d'être que ce qu'il est : le récit instantané, subjectif et partiel de quelques losers qui se cherchent. Et il y arrive sans problème.
   A noter qu'il gagne des points supplémentaires en étant l'origine du sample utilisé par The Ataris à la fin de "Bad case of broken heart". Ce sample, c'est la très cool phrase suivante : "Man, there are a million fine girls in the world, but not all of them bring you lasagna at work. Most of them just cheat on you."

"Enema of the State", Blink-182
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   Back in high school, baby. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me suis très souvent surpris à réécouter cet album, ces derniers temps. Elan, classique chez moi, de nostalgie lycéenne, je suppose. Mentalement, ces chansons sont associées à Buffy, aux teen movies et à ma collection de magazines Rock Sound, qui dort encore dans un placard chez mes parents.
   Bordel, ça n'a pas vieilli. Enfin, si ; reprendre en choeur des paroles comme "wish my friends were 21" ou "nobody likes you when you're 23", se laisser encore prendre au jeu de ressentir une tristesse automnale sur les paroles de "Going away to college", ça a un côté culpabilisant quand on va sur ses vingt-six ans. Et pourtant, putain, toujours la même claque. Cet album est l'une des cristallisations les plus parfaites de l'imaginaire adolescent américain de la toute fin du vingtième siècle. Pas bien loin derrière les premières saisons de Buffy (les suivantes devenant même plus que ça, mais on y reviendra peut-être un jour).
   Ca joue vite, c'est produit avec les gros moyens (d'ailleurs, je n'avais pas remarqué jusqu'à très récemment que le son a constamment un écho de bonne ampleur, comme si le disque avait été enregistré dans une cathédrale), c'est énergique même quand ça puise à la tristesse ("Adam's song", par exemple), et putain, non, juste cette odeur de lycée... Je ne sais pas quoi dire. C'est la bande-son d'une époque de ma vie. Je l'écoutais en boucle en rentrant du lycée, sur mon discman pété qui fermait avec un élastique, et je pensais aux dix filles desquelles j'étais amoureux sans que personne ne le sache, et surtout pas elles, jamais. Des envies de vivre en Californie alors que je n'y avais jamais mis les pieds, des shorts de skate, des Vans, The Faculty et des commandes de cinq cheeseburgers au MacDo. Je n'ai pas oublié les paroles, même dix ans plus tard.
   Dix ans. DIX ANS. Fin de cette chronique.

"Martyrs", de Pascal Laugier
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   Who who whoo. Buzz amplement mérité.
   Bon, ce truc m'a tellement marqué que j'ai en fait envie de lui consacrer un article complet. Mais comme cette envie plane au-dessus de plein de trucs et que finalement je me contente souvent de jouer à la Playstation 3, je préfère assurer les arrières de ma paresse et au moins évoquer le monstre ici.
   Première chose : ce film a fini interdit aux moins de seize ans et aurait probablement dû être interdit aux moins de dix-huit, comme il en avait initialement été décidé. C'est l'un des trucs les plus choquants que j'ai vus au cinéma (bien que je l'ai en fait vu chez moi ; mais vous avez compris ce que je veux dire, hein ?). C'est dix crans au-dessus du manièrisme d'Irréversible, et mille au-dessus de la masse de "torture flicks" qui a suivi Saw. Si j'avais vu ça au lycée... Bon, j'aurais probablement kiffé, mais si plein d'autres personnes avaient vu ça au lycée, ils seraient probablement sortis traumatisés de la salle.
   Il ne s'agit pas ici d'un film d'horreur, d'un film de torture ou d'un thriller. Ce n'est pas quelque chose que tu vas voir avec tes potes en bouffant du pop-corn et en répondant à tes textos au milieu du film. Quasiment de la première scène à la dernière, c'est des coups de poing dans ta gueule et ton ventre. Laugier, le réalisateur, sait visiblement très bien ce dont l'humain a viscéralement peur, ce qui inquiète nos corps lorsqu'on entend un bruit métallique au milieu de la nuit. Et pas une seconde il ne se prive de nous le démontrer.
   Deux des scènes "visuelles" du film m'ont presque fait détourner les yeux de l'écran, et la plupart des scènes de torture psychologique m'ont au contraire immobilisé, contraint à rester figé, glacé devant ce que je voyais sur l'écran. Depuis je n'ai pas revu le film une seule fois, et pourtant des images continuent à me venir à n'importe quel moment du jour ou de la nuit, et à me rappeler à Lucie et Anna, les deux martyrs du titre, et les héroïnes du film.
   Raconter l'histoire serait indécent pour la démarche de Laugier, et inutile pour ce texte. Sachez seulement que dès les dix premières minutes du film, le tri sera fait entre ceux qui pourront rester et ceux qui devront arrêter le dvd. Ceux qui resteront seront ensuite brinqueballés d'un mouvement à l'autre de ce hurlement de douleur et d'horreur, sans aucun repos ni promesse de retour à l'ordre. Il se dit aussi ici et là dans les critiques que le déroulement du scénario est imprévisible ; je ne suis pas d'accord. Dès la moitié du film, on ressent déjà (voire même on comprend) de quoi sera faite la fin. Et ça n'a rien de grave. A part lors de ses prémisces, le film ne joue pas sur le registre du suspense, ni même vraiment de la peur. C'est un film sensitif, qui attaque le corps, le coeur et les tripes plus que le cerveau. Il ne s'agit pas de savoir qui va survivre, qui va mourir, comment/où/quand. Les enjeux ne sont ici pas ceux d'un slasher ou d'un Hostel-like. Pas d'humour, pas de références au "genre", pas de second degré, pas de fan-service gore fun. Ce qui est en jeu dans ce film, c'est votre propre rapport à la douleur, à ce que vous attendez de la vie, à ce que vous êtes prêts à endurer sans raison et à ce que vous êtes prêts à sacrifier pour une raison.
   Ca saigne, ça hurle, ça frappe encore et encore et encore, jusqu'à l'écoeurement, et pourtant, à l'image de cette bande-son de plus en plus éthérée, acoustique et calme alors que le film devient de plus en plus sauvage et barbare dans ce qu'il montre, une certaine sérénité peut y être trouvée. N'avoir rien, ne rien ressentir, ne rien espérer, et encore aimer.
   Joué à la perfection (au passage, Mylène Jampanoï est l'une des plus belles actrices en activité), doté d'une réalisation qui sait ce qu'elle fait sans jamais faire de l'oeil à qui que ce soit, et d'effets spéciaux qui soutiennent le malaise sans broncher, Martyrs se pose en expérience extrême, en voyage mystico-physique par procuration. Laugier n'a pour l'instant réalisé que deux films, et est déjà un putain de grand.
   Bon bah j'ai dit ce que je voulais, en fait...

"Le visiteur du futur", par François Descraques
Poster_copie

   C'est beaucoup moins émotionnel, là, je le reconnais. C'est "juste" une série qu'un pote m'a fait découvrir hier soir via Dailymotion. Une série constituée d'épisodes de deux/trois minutes, et visiblement bricolée par une bande de potes formée autour de François Descraques, le (plus jeune que moi) réalisateur. Enfin, je dis "bricolée" histoire de sous-entendre que c'est indépendant et gratuit, mais le résultat final n'a rien d'un bricolage, en fait. Je devrais peut-être corriger ma phrase... Boarf, trop tard.
   Là, dans la rue de l'hôtel, un gosse vient de hurler "Hé, Marie !" une bonne dizaine de fois sans respirer. Personne n'a répondu.
   Oui, bon, "Le visiteur du futur", donc. Histoire à peu près inracontable... Celle de Raph, un post-ado bien banal comme il faut, qui est harcelé épisode après épisode par "le visiteur" du titre, un type venu du futur pour 1) éviter à la Terre des catastrophes apocalyptiques, et 2) faire de sa vie un enfer.
   Bah en fait c'était très racontable, comme histoire...
   La série est vraiment drôle (et ce dès le premier épisode), entièrement disponible sur Dailymotion ou via le site officiel, et même si elle ne marquera probablement pas votre vie d'une pierre blanche, y'a largement de quoi occuper une soirée glande devant votre ordi. Et c'est généralement tout ce qu'on attend de la vie.
   Et puis les types aux manettes de ce projet (gratuit et indépendant, je l'ai déjà dit mais c'est important, alors je vais même le redire : gratuit et indépendant) donnent envie de les soutenir.

05 septembre 2009

Appart minuscule et chansons immenses

   Ca sent la défaite, mes frères et soeurs. Ci-gisent une bonne fois pour toutes et jusqu'à ma mort mes derniers rêves adolescents. Non Knuckle, tu ne seras pas chanteur de rock, pas écrivain important, pas même scribouillard de deuxième catégorie. Si tu as de la chance, tu seras comptable ou prof. Si tu n'en as pas, tu resteras réceptionniste, peut-être bien facteur, quelque chose comme ça.
   Un appartement de trente mètres carrés. Un loyer de six-cent euros. Clichy-la-Garenne. Des cours à la fac. Un boulot sans collègues ni rôle à jouer. Un salaire de 1204 euros. La possibilité de ne voir personne pendant deux semaines sans que quiconque ait de quoi s'en inquiéter. Un canapé qui se transforme en lit et un lino brûlé par les cendres de cigarette. Un Bac+4, bientôt +5, qui tourne à vide. Des souvenirs impossibles à ressusciter. Et devant moi une longue, longue route, sans changement de paysage, sans virages, sans rencontres imprévues. C'est quoi la durée de vie moyenne d'un mec à notre époque ? Soixante-quinze ans, quelque chose comme ça ?
   Pourquoi ne pas envisager l'achat d'un flingue, dites-vous ? Pertinente question, frères et soeurs. Parce que, pendant le voyage, j'ai eu la prévoyance d'emporter dans mon sac un lecteur mp3. Deux trois autres trucs aussi, d'accord, mais surtout un lecteur mp3. Vraiment, surtout ça.
   Au milieu du désert-poir, quelques échos.
   En vrac, mes dernières acquisitions. Vous remarquerez également une nouvelle rubrique de liens à gauche de la page, les "music picks". Des liens menant à mes groupes du moment. J'espère les faire tourner très régulièrement. Allez, youpi, c'est chroniques :

A GIRL A GUN A GHOST "Through the eyes of Ahab" (Ferret Records)
155414   Ouch. Bordel. De. Merde. Ca faisait longtemps que j'attendais ce disque sans le savoir. Groupe qui m'était complètement inconnu, un après-midi d'errance non-méditative et une pochette qui m'attire l'oeil sans que je sache bien pourquoi (bon, si, la référence à Moby Dick m'a plu en fait), je repars avec sans trop savoir si je fais bien (hé, c'est là l'un des défauts des lecteurs mp3, tu ne peux plus ressortir du magasin et tester la marchandise en temps réel), et je me prends une bastonnade monumentale en rentrant chez moi. Genre cinq types qui me tombent dessus avec des battes cloutées et des rangers à bouts ferrés. Ce disque est d'une violence ! Ca ne se repose jamais, ça se lance dès le crescendo de départ "So it begins like it will end!" (ce n'est pas le nom de la chanson, juste la première phrase) pour ne pas s'arrêter jusqu'à la fin de l'album. Et pourtant, ce n'est pas vraiment du metal, et encore moins du grind ou je ne sais quoi. Juste un putain de rock 'n' roll avec un groove de bâtard, une voix qui ne s'arrête de hurler qu'à trois exceptions (et ne tombe jamais dans le mauvais goût), une ambiance poisseuse de désespoir d'hommes perdus en mer, et vraiment, vraiment, cette énergie insensée et noire, ce truc qui donne envie de sauter partout, de détruire la gueule de son enculé de patron tyrannique, d'appeler cette ex d'il y a deux ans au milieu de la nuit pour la couvrir d'insultes, de se frapper la tête contre les murs jusqu'à ce qu'en jaillisse un sang-se. Un disque incroyable, vraiment long (rare de nos jours) sans une seconde en trop (encore plus rare), qui ne ressemble à rien d'autre sans pourtant être "expérimental" ou "artistique", et gavé jusqu'à la gueule d'une volonté de fer et de rêves marécageux. Ca passe en boucle chez moi depuis quatre mois. Et je viens juste de voir que le groupe avait splitté. Bordel. Cet album restera donc dans l'ombre à jamais, comme un temple impie mangé par la mousse du temps, quelque part sur une île déserte dans l'atlantique.

COPY OF A COPY "This is it" (What We Believe Records)
l_23aea1a682804ffd8d13d042082e216c   Des Toulousains qui se prennent pour Rise Against, en gros. C'est incroyablement bien fait d'ailleurs, puisque ce court album (huit titres) est bien meilleur que le dernier du suscité groupe. La chanson "Fake", en particulier, est exactement ce dont un été a besoin. Après, bah ils ont un Skyblog, des photos posées et une page Myspace qui sent la volonté de biff et d'avoir leur poster dans Rock Sound, mais bon, c'est pas si grave. Et puis ils filent leur album gratuitement, alors c'est encore moins grave. Non, vraiment, ça sort la tête de l'eau. Reste plus qu'à se trouver une personnalité, histoire de rendre ce nom de groupe ironique. Y'a un peu de boulot.

DREDG "The pariah, the parrot, the delusion" (Ohlone Recording)
167624   J'aime énormement ce groupe. Mais genre vraiment aimer, et vraiment énormement. Leur album "El cielo" est l'un de mes monuments personnels, je suis absolument sûr de ne jamais m'en lasser et de toujours l'avoir à portée de main. Un genre de Radiohead des débuts, un peu plus franc du collier et pop, pour faire (très) simple. Avec un chanteur prog-rock absolument génial en bonus. La recette n'a pas changé sur ce nouvel album. Et pourtant j'ai été déçu. Il n'est pas mauvais, vraiment pas, mais, je ne sais pas, il est juste un peu torché, quoi. Trop de remplissage, une bonne moitié des titres qui ne sert à rien, et une autre qui n'arrive jamais à être plus que "très bonne". Je ne trouve rien à en dire, et c'est là le souci. Pour un autre groupe ça aurait suffi, pour Dredg, ça fait chier. Reste l'univers global du groupe, qui donne toujours l'impression d'entrer dans un monde où le ciel est rouge, l'herbe bleue, les immeubles couverts de lières et où des extraterrestres jouent de la guitare électrique en méditant. C'est toujours bon à prendre.

FALL OF EFRAFA "Inlé" (Denovali Records)
inle200   Ambiance abyssale, structures cyclopéennes qui prennent leur temps pour asseoir leurs sombres desseins sur le monde, ce disque ressemble à un temple sonore qu'on aurait construit en hommage à un quelconque Cthulhu. Après, baaaaah, on a un peu l'impression de ne rien faire, en écoutant ce disque. Le genre ne me rebute pas en soi, je suis par exemple complètement fan de Minsk, mais là, il manque quelque chose, une énergie, une volonté d'aller quelque part. Je n'ai pas encore cherché à vraiment entrer dans ce disque, mais les quelques écoutes que j'en ai faites m'ont paru paresseuses, vides, le chant se fait guttural et profond sans jamais parvenir à dire quoique ce soit, la musique semble vouloir avancer au ralenti... C'est vaste, c'est sombre, tout ce qu'on veut, mais finalement, on a juste l'impression que c'est une pièce de théâtre sans public, un truc entendu mille fois, un cri dans le désert qui n'a jamais intéressé personne. Le disque continue et moi je fais d'autres trucs. Je lis. Je fais ma vaisselle. N'importe quoi sauf écouter leur musique. Comme d'hab, Denovali offre l'album en téléchargement gratuit.

KODIAK "s/t" (Denovali Records)
kodiaklp   Bim, un autre disque Denovali, et un autre album monolithique puisant aux sources du métal le plus lent et le plus contemplatif ! Sauf que là ça passe carrément mieux. Alors que Fall of Efrafa s'enferme volontairement dans l'obscurité et les ruines, Kodiak prend l'air, et leur disque (cette fois purement instrumental) donne l'impression de respirer à travers une poignée de glace. Deux titres, chacun d'une vingtaine de minutes, et l'impression presque sensitive de la neige qui crisse sous mes semelles, du soleil froid à l'horizon et des silhouettes lointaines d'une ville construite au bord du monde. Comme avec la quasi-totalité des groupes instrumentaux ça s'oublie très vite, mais au moins pendant l'écoute du disque, tu kiffes. "La musique adoucie et meurt, un voyage comme un autre", comme l'a si bien écrit Amanda. Encore une fois, album disponible gratuitement grâce au label. C'est con par contre, parce que la version "ice blue" du vinyl est vraiment sublime.

NEW FOUND GLORY "Not without a fight" (Epitaph Records)
163711   Déception je suis. Non pas que cet album soit une trahison de la carrière de New Found Glory, au contraire. Je parle en fan : on pourrait mélanger les chansons de tous leurs albums pour en recomposer une discographie aléatoire qu'on n'y verrait que du feu. Certes, avec le temps les arrangements se sont faits plus professionnels et la voix plus assurée, ça sent moins le groupe de teenagers qui répètent dans le garage des parents, mais sinon c'est la même, la même, et encore la même. A une seule exception près, mais de taille : le précédent album, "Coming home", qui lui était vraiment à part, beaucoup plus calme, pop et mélancolique, parfois presque triste, et avec même un "habillage" à part, complètement en marge de l'habituel degré et demi survolté du groupe. Suffit de mater le clip de "It's not your fault" et de le comparer aux autres (brillantes) conneries auxquelles le groupe nous avait habitués. Je suppute que la présence à l'époque des Eisley dans leur entourage a pu jouer. Enfin, peu importe les raisons. Reste que "Coming home" est un véritable grand disque, le meilleur de leur carrière, et que je pensais qu'il amorcerait un virage, un changement durable dans la vie de New Found Glory. Sauf que Chad a divorcé d'avec Sherri d'Eisley, et que "Coming home" s'est tellement mal vendu que le groupe a été viré de sa maison de disques. Et nous voici avec dans les mains ce nouveau "Not without a fight", qui fait comme si "Coming home" n'avait jamais existé. Retour à la case départ, pour le meilleur comme pour le pire. Dommage, mais on s'en contentera.

RANCID "Let the dominoes fall" (Hellcat Records)
165774   J'ai toujours beaucoup aimé Rancid sans jamais en être "fan". Pour ceux qui me connaissent ça peut surprendre, étant donné ma généreuse propension à qualifier de "meilleur disque de tous les temps" la moitié de mes acquisitions... Ouais, bref, "Let the dominoes fall". Un paquet d'années d'attente pour un disque qui ressemble quand même pas mal aux autres. Ce qui est plutôt une bonne chose, en fait. Enfin. Je crois. Je ne sais plus trop, vu que je n'ai pas écouté ce disque plus de cinq fois depuis sa sortie... Doit y avoir un problème. Trop de chansons, pas de tubes évidents, et finalement un truc qui nous glisse dessus sans qu'on ait vraiment envie de s'y accrocher, même avec les versions acoustiques du disque bonus. Les types conservent cependant toute ma sympathie.

SOAP&SKIN "Lovetune for vacuum" (Pias)
3RIwRtTmey   Sans être devenu LE gros truc, Anja, la fille à la tête (et au corps, puisqu'elle est seule) de ce projet, a fait sa petite sensation dans les magazines pour trentenaires, cette année... Ce qui n'est pas une raison pour ne pas y aller moi aussi de mon petit mot à son égard. Et non, je ne vais même pas dire que c'est tout pourri. En fait, j'aime même plutôt bien. Pas trop trop non plus, mais certains titres sont putainement bons. En fait, elle est superbe quand elle est du côté sombre du spectre ("Spiracle", "The sun", "Sleep"...), et tout de suite plus chiante quand ses chansons traînent leur piano et leurs arrangements électro du côté de la joyeuseté (genre "Brother of sleep", chanson finale assez pénible). Cela dit, ça reste globalement écoutable, et jamais pompier, les titres sont plutôt courts, pas du tout boursouflés, le chant est gigantesque, ça passe. Un peu trop d'ailleurs, je veux dire, elle est censée avoir dix-sept ans, donc les producteurs ont dû bien bosser les compos... Enfin, comme d'hab en fait. Bref, pas de quoi crier au génie ou à la révolution, mais ça fait plaisir de voir un disque aussi sombre plaire au grand public... Enfin, aux magazines grand public, au moins. Ha, et son site internet est bien chelou. D'une façon tout à fait cool, je veux dire.

TEENAGE RENEGADE "Is there life after high school ?" (Kicking Records)
32442   Boum ! Paie ta baffe ! Dernier groupe en date de l'hyperactif guitariste Nasty Samy (y'a un lien vers sa page à gauche de la mienne, alors faites pas les idiots), une pure injection d'esprit teenage sincère et premier degré, de mélodies au bubblegum, d'odeur de Converses usées et de souvenirs d'après-midis lycéennes passées au fond du trou en compagnie des autres losers de la ville. Ca sample John Hughes (paix à ton âme mec, The Breakfast Club est l'un des meilleurs films de ma génération), le livret se fait passer pour un cahier de cours, ça joue à fond en souriant, ça chante (fémininement) avec un panache rare, et ça se moque pas mal de savoir ce qui se passe autour. Génial. Un seul défaut : l'album débute avec la chanson titre, "Is there life after high school ?", qui elle est même un peu plus que juste "géniale". Une espèce de chef-d'oeuvre total, radiophonique et morveuse à la fois, dont les paroles donnent VRAIMENT envie de se les tatouer. Débuter aussi haut (haut comme "chanson de l'année", à peu près) ne peut que donner l'impression d'un moins avec les morceaux suivants. Mais est-ce grave ? Non.

25 juillet 2009

"Local"... Does your hometown care?

   Quelle est la place de l'identification dans l'amour qu'on porte à une oeuvre ?
   De manière globale, bah forcément, j'en sais foutre rien. Mais dans mon cas, et un peu honteusement, je sais qu'elle tient le haut du pavé. Ce n'est bien sûr pas TOUJOURS le cas (je voue un culte à Faulkner sans avoir tout de même grand-chose à voir avec la plupart de ses personnages, et j'ai su devenir fan de Malcolm Reynolds sans jamais avoir été cowboy de l'espace), mais ouais, je vais à confesse : j'ai assez automatiquement un faible pour les histoires d'adolescents un peu losers sur les bords et au milieu. Pour tout dire, mon faible est tellement fort que j'ai accumulé au fil des années une quantité si ce n'est honorable au moins considérable de disques à l'énergie juvénile, de livres énervés et de teen movies plus ou moins avouables (bien qu'en réalité je revendique le "moins" sans problème, hein ; je suis un type d'un sacré putain de courage).
   Et parmi cette collection d'adolescences fantasmées et de souvenirs fictifs, quelque part dans les pièces les plus centrales de ce temple couvert de graffitis louant les saints noms de groupes de neo-metal morts avec le milieu des années 2000, se trouve une bande-dessinée américaine que j'ai découverte par hasard lors d'un déjà mille fois évoqué séjour à Chapel Hill. Ca s'appelle "Local", c'est écrit par Brian Wood et illustré par Ryan Kelly, ça raconte l'histoire d'une certaine Megan McKeenan, et ça bute tranquillement tout sur son passage.
   Pour revenir au sujet de mon introduction, à savoir l'importance de l'effet miroir dans l'amour que je porte aux oeuvres, je suis obligé de montrer la couverture du recueil réunissant l'intégralité de la série :
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   Agrandissement nécessaire ? Ouais, bah mon appareil a un problème de flash et ça rend les gros plans tout dégueux, alors à moi de traduire : rien que sur l'image du haut, on a des références à Operation Ivy, MxPx et Red Hot Chili Peppers. Bon, je ne cautionne que très moyennement le dernier, mais ça fait quand même bizarre de voir les deux premiers en couverture d'un livre aussi sublime (couverture dure, reliure tissu, lettrage argenté, papier de qualité... T'es content de l'avoir, quoi) que vendu en librairies certes spécialisées mais publiques. Et puis il y a les Converses, bien entendu. La chaussure d'une niche socio-culturello-consommatrice bien spécifique et à laquelle j'appartiens depuis des années déjà (même si au fond de moi je serai toujours plus Adidas Superstar... La faute au sus-lié groupe de neo-metal, d'ailleurs). Cette couverture, si je n'avais pas de toute façon déjà connu la série, m'aurait hurlé à la gueule "JE SUIS LA POUR TOI !" à mon passage devant le présentoir.
   Le dessin, noir et blanc, et assez particulier, avec un style de visage que vous allez apprendre à reconnaître entre mille au bout de deux pages, et regorge de détails dans chaque case. Aucun paysage, aucun lieu n'est vide, et partout grouille des restes de vie et des cadeaux faits à ceux qui vont décider d'entrer dans ce livre au lieu de simplement le lire.
   Megan, l'héroïne, est une ado américaine ordinairement paumée, toujours coincée entre un petit copain crétino-camé, une famille qui ne la comprend pas et un avenir un peu plus nuageux à chaque jour d'incertitude qui passe. Au fil des 12 numéros de "Local", les deux auteurs vont nous ramener vers Megan à chaque fois d'une façon différente. Les chapitres se lisent en effet séparément (et non indépendamment), et ont toujours un début et une fin. Le seul lien entre eux est bien souvent Megan, et Megan seule. En 2007, lorsque "Local" était publié, un mois s'écoulait entre chaque numéro pour le lecteur. Pour Megan, un an passait, et la jeune lycéenne mal dégrossie des débuts est vite devenue une jeune adulte, puis une adulte tout court. Devant nos yeux. Avec moi, dans mon cas. Au bon moment au bon endroit, Megan a assisté à mon passage à "l'âge adulte", si tant est que ce terme désigne quelque chose qui existe...
   A chaque chapitre un an, et à chaque chapitre un lieu, d'où le nom de la série. Ce lieu est quasi-unique à chaque fois, servant de scène de théâtre à l'ensemble du chapitre. Un parking de pharmacie sous la pluie de l'Oregon dans le premier chapitre, une boutique de disques du Minnesota dans le deuxième (avec à la clé une autre série de name-dropping musical) et ainsi de suite... Enfin, "ainsi de suite" pas longtemps. Parce que si l'écoulement d'un an entre chaque chapitre reste à peu près respecté, les autres volontés initiales des auteurs sont vite balayées sur le côté afin de donner plus de liberté à une histoire probablement plus profonde et ambitieuse que ce qu'ils avaient initialement prévu. Très vite le titre du comics ne se justifie plus, les chapitres se passant sur la route ou à cheval sur plusieurs lieux, et l'envie de départ de ne pas avoir Megan pour seul personnage principal mais de passer régulièrement le relais ne prend réellement forme que dans quatre chapitres sur douze (chapitres desquels Megan n'est d'ailleurs pas du tout absente).
   Lorsque l'on lit les notes de fin de chapitre, dans lesquels les auteurs nous parlent en temps réel de leur histoire et des intentions derrière, il est aisé de refaire le parcours créatif qu'ils ont tracé : ce qui devait être un petit projet indépendant à la narration expérimentale s'est avéré, dès le premier chapitre, contenir en lui une force et un propos qui dépasait ce cadre, et qui nécessitait de se mettre à son service et d'oublier les volontés premières pour ne plus que suivre Megan sur la route cahotique des douze années racontées ici. Le personnage devient plus important que les artistes, et le sentiment de réalité qui s'échappe de ces pages est tel qu'il me semble encore aujourd'hui avoir en fait lu le journal intime et les carnets de souvenirs de cette fille dont, bien entendu, je suis rapidement et durablement tombé amoureux. Le côté fictif ne m'a jamais gêné chez une fille...
   Il est très difficile, peut-être même impossible, de résumer l'histoire même de "Local", puisque les épisodes ne se suivent pas vraiment et sont à chaque fois une histoire entière. Ou plutôt une scène, l'instantané d'une période de la vie de Megan, tantôt lycéenne en fugue, tantôt vendeuse de disques, tantôt colocataire d'une infirmière maniaque, tantôt employée de bureau. L'histoire c'est elle, même dans ce chapitre parlant d'un groupe de rock fictif ou dans celui où elle assiste aux retrouvailles sanglantes de deux frères trempant dans des combines mafieuses. Plus que n'importe quelle autre que j'ai pu lire, cette bd est d'un réalisme, d'une sincérité qui pousse l'intégrisme jusqu'à la maladresse volontaire. Megan n'est pas parfaite, elle est même parfois énervante, une sacrée connasse, et pourtant, bordel, oui, c'est ELLE, c'est cette fille que vous avez connue au collège et perdue de vue, mais qui vous fait toujours un effet bizarre quand vous la recroisez dans les rues de votre ville. Ou bien, en fait, Megan, bah c'est vous.
   Ses questionnements et ses errances ressemblent tellement aux miens... Lorsque je suivais le début de la série numéro par numéro ou que j'ai enfin pu avoir la deuxième moitié via le recueil, j'ai eu l'impression de faire la route avec elle, d'être celui avec qui elle discutait le soir avant de rejoindre sa chambre de motel merdique. Ici j'étais le réceptionniste, là-bas un mec qui l'a prise en stop, encore plus loin un simple passant se retournant au passage de cette punkette au sac à dos plus gros qu'elle, et toujours plus loin, peut-être, un coup d'une nuit. Je venais d'arrêter mes études en plein milieu d'une année, de partir à l'étranger sans raison, de me lier avec la fille à laquelle je dédiais tous mes brouillons de poèmes depuis des années, et je venais globalement de comprendre que la fin d'un chapitre arrivait pour moi, et que bientôt "ma ville" ne serait plus cela, mais simplement mon passé. Megan, ses goûts musicaux irréprochables (mouais, bon, si on oublie les Red Hot...), sa beauté post-teenage, son sac à dos, son courage, sa solitude, son héroïsme discret et ses chaussures usées... Bordel, elle a été mon modèle, mon héroïne.
   Il y a quelques années j'ai écrit un roman/fanzine du nom de Terrortriste. Son héroïne, Sarah, et la manière dont elle gère sa vie durant les derniers épisodes, doit beaucoup à miss McKeenan. Lorsque les deux filles se sont rencontrées pour la première fois, j'ai été choqué de leur ressemblance.
   Aujourd'hui et depuis je crois un an "Local" est terminé, et Megan, au bout de douze ans de voyage, a trouvé quelque chose qui vaut la peine de rester quelque part. Elle a trouvé des réponses, et son sourire dans l'image finale est exactement ce qu'elle méritait. Une fin merdique m'aurait tué. Megan est heureuse. Et elle me manque douloureusement. Mais qui sait ? La route est longue, et si je continue à marcher, peut-être la recroiserai-je un jour ? Je me demande ce que nous serons alors... Des gens bien, j'espère.
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   Donc, revenons à mon sujet de thèse, mes soeurs et mes frères : ai-je aimé Megan et son histoire parce qu'elle me renvoyait à la mienne ? Oui. Cela revient-il à dire que je m'aime tellement que je me cherche partout tout le temps ? J'espère que non. En fait, plus que simplement du narcissisme, je crois que ce qui nous attire dans des oeuvres parlant "de nous", c'est la recherche de réponses. L'art, dans toutes ses formes, a je crois un pouvoir que toutes les psychanalyses et les études sociologiques du monde n'acquéreront jamais. Ce pouvoir, c'est celui de pouvoir toucher intimement des gens individuels tout en s'adressant potentiellement à tous. Avec un disque ou un livre, chacun dispose de son propre arsenal de sensibilités, de souvenirs, d'expériences personnelles desquelles rapprocher l'oeuvre, la transformer et se laisser transformer par elle. On peut échanger avec un bon disque ou un bon livre, et en faire un matériau supplémentaire à ajouter à la construction de ce refuge qu'on se construit jour après jour pour se mettre à l'abri d'un quotidien bien souvent merdiquement chiant. C'est ce qui m'est arrivé avec "Local". Peut-être que ouais, ça me ressemblait, mais peut-être aussi qu'à la fin de la lecture, je ressemblais plus à Megan que le contraire, vous voyez ce que je veux dire ? Et peut-être aussi qu'en fait, c'est pas important du tout. Peut-être que ce qui l'est, c'est de trouver dans des pages ou des chansons des mots et des images à poser par dessus des choses que jusqu'ici nous n'arrivions pas à nommer, et donc à comprendre. Une bonne oeuvre, ce n'est peut-être pas quelque chose qui crée des portes en vous, mais plutôt qui ouvre enfin celles que vous aviez déjà sans arriver à en tourner les poignées ?
   "Local" est une oeuvre de fiction qui comprend ma réalité. Je ne crois pas avoir plus besoin de justifier l'amour que je porte à cette histoire. Je ne suis pas le seul à l'aimer, d'ailleurs.

   Je profite de l'occasion que je me donne à moi-même pour parler, plus brièvement, de deux autres séries écrites par le même scénariste génial, Brian Wood.
   La première s'appelle "Demo", et est illustrée par Becky Cloonan, qui change de style à chaque chapitre. Ici aussi les épisodes sont indépendants, et se passent cette fois même de personnage récurrent. Ce n'est d'ailleurs pas la seule ressemblance avec "Local", puisque de la même façon, les intentions initiales de la narration ont fini par disparaître pour accorder plus de liberté aux scènes et aux personnages racontés.
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   Au départ, "Demo" devait nous faire approcher des espèces de super-héros réalistes et malchanceux, souvent des adolescents dotés d'un pouvoir virant à la malédiction rendant leur vie encore plus douloureuse qu'à l'ordinaire. Une jeune fille est télékinésique et fugue avec son copain pour échapper à des parents cherchant à l'enfermer dans une camisole médicamenteuse, une autre peut tuer par simple mot et décide donc de ne plus jamais parler, quoiqu'il arrive, un type se sert de sa force herculéenne pour aider des amis qu'il ne supporte plus à faire un casse qu'il ne cautionne même pas, et ainsi de suite. Par contre, direct, oubliez toute référence possible aux X-Men et compagnie, ici ça parle teenage angst et solitude dans la campagne américaine, pas combat contre des monstres et boules de feu. Et puis d'ailleurs, à partir de la moitié de la série environ (série elle aussi regroupée dans un recueil intégral, publié chez Vertigo) l'histoire des super-pouvoirs est progressivement oubliée, et les derniers chapitres n'ont plus rien de surnaturels, même s'ils ont toujours quelque chose d'envoûtant... L'un des tout derniers, sur ce trio de losers volontaires respectant tant bien que mal un pacte de non-conformisme signé au collège, m'a particulièrement fait chialer.
   C'est du grand, sans problème, et ça a sa place chez vous. Je vous envie même la découverte. Paraîtrait qu'une "deuxième saison" est en préparation dans les ateliers de Brian Wood et Becky Cloonan (qui bosse en ce moment sur un comics Buffy !). J'ai hâte.
   La deuxième oeuvre supplémentaire réuni quant à elle la dream team Local, Wood et Kelly, pour un résultat forcément encore plus proche de Megan... Cette fois ça s'intitule "The New York Four", et c'est édité chez Minx, dans un format assez inhabituel. Il ne s'est jamais agi d'une série, et tout à été publié d'un coup, pour un total de quelques cent-cinquante pages.
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   L'histoire est celle de quatre étudiantes en première année de fac, et oscille entre panique face à l'âge adulte, nostalgie, amitié, amour naissant et saison hivernale. Riley, la véritable héroïne, n'a pas tout à fait le charisme de Megan, mais s'en rapproche au fil des pages, avec certes un courage moins éclatant et des cheveux plus clairs. Ses trois amies (et collocataires à la fin de l'histoire) font ici figure de personnages secondaires, mais des indices laissés dans les coins des cases ou les détours de l'intrigue laissent penser que chacune mériterait sa saison à New York en tant que personnage principal... D'ailleurs, un deuxième volume est prévu, et j'ai envie de croire que mon pressentiment va s'y trouver justifier. On verra le moment venu, mais je suis prêt à parier (un peu de) mon salaire là-dessus.
   Contraint et forcé, je signale également que Brian Wood est le scénariste de DMZ, un comics d'action dystopique qui a un succès commercial suffisant pour l'avoir fait traduire en France. J'ai tenté, je n'ai pas aimé. A vous de voir.

   Bon, bah une bonne chose de faite : prouver que je n'aimais pas QUE les bds avec du sang et des gros seins (ce tag m'a d'ailleurs ramené une bonne trentaine de visiteurs, sans rire). Et puis peut-être vous donner envie de rencontrer Megan. Juré vous allez l'aimer.

17 juillet 2009

"The Office", ou "Le pire avenir".

   Nuit agitée à l'hôtel, avec un savant mix de lits à déplacer d'étage en étage et de tapage nocturne du voisinage, mais comme "nuit agitée à l'hôtel" ça veut dire "une dizaine d'heures à ne rien faire", me voici prêt sur le champ de guerre littéraire, armé pour livrer une bataille supplémentaire devant vos yeux subjugués.
   J'aime beaucoup The Office. Non, c'est faux, j'aime The Office, tout court. Paradoxalement, en français de 2009, "j'aime" signifie plus que j"aime beaucoup". Bref.
   Et tout ce truc du "j'aime beaucoup non c'est faux j'aime" était une introduction tout à fait cliché et je m'en excuse. Mais ne la retire pas, ce qui nous priverait du plaisir de ce troisième paragraphe, tout de même meilleur.
   Pour ceux qui ne connaissent pas, The Office est une série américaine tirée d'une série anglaise et racontant à la manière d'un documentaire (c'est à dire avec des caméras diégétiquement gérées face auxquelles les personnages parlent très fréquemment ; et oui, "diégétiquement gérées" c'est très drôle à écrire, surtout deux fois) le quotidien de la branche Dunder Mifflin de Scranton, en Pennsylvanie. Dunder Mifflin est une compagnie de vente de papier pour imprimantes. Donc, le quotidien de la boîte est, comme vous pouvez le deviner, destiné à être d'une trépidance rare...
   Sauf qu'il s'agit d'une série télé et non d'un réel documentaire, et que donc les employés de Dunder Mifflin Scranton sont au pire loufoques, au mieux complètement tarés, à l'image de Michael Scott, le patron local aussi mégalo qu'innefficace :
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   Bon, je ne vais pas vous infliger une liste sans fins de noms encore inconnus, mais en vrac on a une comptable conservatrice aux penchants tradi-extrémistes, un autre comptable à la limite de l'attardé mental, un vendeur à la beaufitude plus consternante d'épisode en épisode, et globalement autant de curiosités humaines que de personnages dans la série.
   Allez, si, un autre nom à retenir pour ceux qui ne connaissent pas encore la série : Dwight Schrute. Une fois sa route croisée, votre vie ne sera plus jamais la même...
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   Bon, vous avez compris le truc, c'est une série comique. Ca repose énormement sur les personnages, les dialogues... Non, même pas les dialogues mais carrément les répliques elles-mêmes. Comme écrit plus haut, les monologues face caméra sont fréquents, et les phrases cultes présentes dans à peu près chaque épisode. Les situations sont assez souvent à la limite du surréaliste, et le contexte "travail de bureau" offre un vernis assez unique dans la création comique cinémato-télégraphique.
   En moyenne, deux crises de rire par épisode et une poignée de rires contrôlés en plus.
   "Ouais, d'accord, tout ça c'est bel et bon", dites-vous mes frères et soeurs. "Mais l'heure est aux ténèbres, à la Crise et aux prophéties incas, alors s'amuser, c'est bon, quoi, hein". Oui, j'entends bien, et je joins ma supplique aux vôtres. Mais The Office est une oeuvre, une vraie, j'en veux pour preuve irréfutable sa présence sur mon blog. Alors, forcément, bah y'a pas que les rires.
   Mais le coup de maître, c'est qu'il n'y a PRESQUE que les rires, et qu'ils sont bien plus présents que dans n'importe quelle autre série comique que j'ai pu regarder. La plupart du temps, les "intrigues" (...) des épisodes ressemblent à "Michael décide de faire une journée de lutte contre la dépression au bureau", ou "C'est l'anniversaire de Michael et personne ne le lui souhaite", ou encore "Michael a la subite envie d'organiser une journée à la plage pour ses employés"... Et à partir de là, ce n'est qu'une suite de scènes et de punchlines autour du thème initial. Vraiment, s'il fallait en parler en une phrase, je me contenterais de dire "Une série vraiment hilarante sur la vie des employés d'une entreprise de vente de papier". Mais j'ai ici le droit à autant de phrases que je veux, et j'ai bien l'intention d'utiliser tous mes droits avant de mourir. Alors allons-y pour les petits trucs qui font que The Office n'est pas qu'une "série vraiment hilarante sur la vie des employés d'une entreprise de vente de papier".
   En fait, je dis "les petits trucs" mais il n'y en a que deux, qui n'en forment finalement qu'un. Deux personnages, Jim et Pam, que vous pouvez appeler "The Jam" si vous êtes d'humeur badine.
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   Le premier est vendeur, la seconde standardiste, et les deux sont 1) à peu près normaux, 2) totalement crédibles (ce qui n'est quand même pas exactement le cas ou l'objectif de tous les personnages), et 3) tout à fait conscients de la merde intersidérale dans laquelle ils se trouvent.
   Ne faisons pas durer un suspense aussi mince que les chances pour Lindsay Lohan de porter une culotte à l'heure où j'écris ces mots : Jim et Pam sont secrètement amoureux l'un de l'autre, se manquent de peu pendant les trois premières saisons, et finissent enfin à y arriver à partir de la quatrième. Et oui j'aurais dû mettre une alerte spoiler mais tant pis. Leur histoire est crédible, solide, et j'ai tout à fait véridiquement volé des astuces de drague (qui ont marché !) à Jim. Mais là n'est pas le seul intérêt du Jam.
   Dans la plupart des séries et des films dont le comique se base sur une galerie de personnages tarés, maladroits ou simplement stupides, on trouve toujours une figure centrale "héroïque", un reflet bonifié offert au spectateur pour qu'il s'y identifie comme un fou. En général, même si ce personnage est lui aussi doté d'une certaine folie/maladresse/stupidité, les réalisateurs se souviennent que le spectateur veut être ce personnage central, et ils finissent toujours par une scène avec une musique à base de violons et des gros plans sur des visages en pleine réflexion, et le personnage-miroir se dévoile en fait ne pas être si fou/maladroit/stupide, et fini par faire LE BON CHOIX, celui qui fera de lui un héros-miroir (déformant, donc). En général, il devient un médecin très compétent malgré sa loufoquerie. Et le spectateur est content et comprend que la vie, en plus d'être hilarante comme un rire enregistré, fini toujours bien.
   Mais Jim et Pam ne deviennent jamais médecins. Ils ont des boulots d'un ennui total, s'en rendent tout à fait compte, et se rendent tout aussi tout à fait compte (oui, cette phrase gerbante est volontaire, bien que j'en ai déjà oublié la raison) qu'ils ne s'en sortiront probablement pas. Ils n'ont que l'un l'autre comme soutien au quotidien, et se tapent une dépression dès qu'il s'agit de penser à leur avenir ou même leur présent. Ils  passent leur temps à organiser des blagues pour se foutre de la gueule de Dwight et oublier qu'ils s'emmerdent, n'ont rien d'héroïque, et le décalage de leur réalisme par rapport aux excentricités en tous genres qui les entourent tend même à amoindrir encore les quelques élans épiques de leurs attitudes.
   Jim et Pam, ce sont nos pires avenirs possibles : ceux que l'on devine proches, plausibles, déjà là. Ceux dans lesquels aucun de nos efforts pour devenir peintre/écrivain/musicien/astronaute n'ont payé, et où l'on n'est jamais arrivé à "devenir autre chose", à briser le moule. Jim et Pam, ce sont nous, sans héroïsme ni BON CHOIX final.
   Et puis aussi, pour faire le malin façon "attardons-nous sur la technique" : la narration via cette ficelle du "documentaire" fait éviter aux réalisateurs de tomber dans les pièges de la sur-émotion. Il n'y a jamais de musique non-diégétique (yes ! Troisième fois !), les cadrages sont toujours un peu lointain ou maladroits lors des scènes supposées intimes, et l'écriture des dialogues "sérieux" vise clairement au réalisme. La scène de l'aveu amoureux de Jim à Pam (dernier épisode de la saison 2) peut tirer la larme aux plus sensibles (j'en suis). Les scènes non-comiques sont tellement rares (dans les quatre saisons que j'ai vues, je suis à peu près sûr de pouvoir les compter sur mes doigts) qu'elles arrivent sans qu'on puisse jamais les prévoir, et qu'elles repartent avant qu'on les ait digérées. Elles sont presque pudiques, comme si les réalisateurs et les scénaristes (dont une tonne sont également acteurs dans la série) voulaient à tout prix éviter de donner dans le sentimentalisme. La prudence gagne, et leur émotion rare est bien plus touchante que la majorité des oeuvres dites "dramatiques" qu'on peut voir se bousculer au portillon des pleureuses (oui oui, je sais, j'ai dit que j'en étais une quelques lignes plus haut, mais arrêtez de m'interrompre, c'est un cours magistral).
   Et puis il y a un autre truc, aussi... L'ambiance de boulot, en fait, c'est pas mal. Vous avez déjà fait partie d'une bande de collègues ? Avec des combines pour voler du matériel de bureau, des clans, des fichiers bizarres trouvés sur l'ordi, des ragots et des médisances ? Moi oui. Et assez bizarrement, presque honteusement, je crois que je pense que le contexte de travail, à condition de se dérouler en compagnie de gens un peu intéressants et socialement accessibles (du même âge, en gros), et l'un des contextes les plus propices à des putain de bonnes relations. Sérieusement, depuis la fin de vos études, vous êtes avec vos collègues pendant plus de temps dans la semaine qu'avec votre famille ou vos amis, ils vous voient bosser, votre activité influe sur la leur et vice-versa. Ils vous estiment ou vous détestent, d'abord professionnellement et ensuite humainement, et vous faites de même. Parfois, vous allez boire un verre après le boulot. Vous discutez. D'abord du travail, et puis ensuite d'autres trucs. Et tout ça, bah avec les bonnes personnes, ça devient ce qu'on appelle trivialement des "relations". Et c'est quelque chose de plutôt bien, en fait.
   Bon j'ai aussi bossé à la Poste, et y'avait que des cas sociaux qui me forçaient à bosser avec un discman (ouais, c'était y'a quelques années et j'étais trop pauvre pour un lecteur mp3). D'accord. Mais n'empêche.
   Voilà. Conclusion, Jim et Pam sont les collègues que j'aimerais avoir, Dwight le collègue que j'aimerais aimer ne pas avoir, et The Office la meilleure série télé actuellement diffusée (et trouvable en dvds sans trop de soucis).
   Ha ! Et comme tout n'est pas Crise et ténèbres, quelques citations choisies... Bof, non, en fait, y'en a trop et elles sont trop dépendantes des regards lancés à la caméra par les personnages. Cherchez-les vous-mêmes !
   Moi je retourne lire le dernier "Gala" dans le salon de l'hôtel en attendant que les derniers clients reviennent de leur virée nocturne. Tiens, d'ailleurs, l'un d'eux, un Américain, m'a demandé en début de soirée : "How can we go to St-Tropez for the night?". Je rappelle que je bosse à Paris.

P.S. : quelqu'un est arrivé sur ma page avec la recherche : "je cherche des films ou il ya une bande de personne qui veilent survivre dans une ville pleine de monstre". Bon, 1) il ne faut pas parler à Google, ce n'est pas une personne, mais 2), tu ne repasseras probablement jamais par ici, mais je te prépare ça, l'ami.
P.S. 2 : ça n'a que très peu d'intérêt, mais pour les besoins d'une pochette de mix-cd (oui, c'est bien du TIENS dont je parle) j'ai fait la recherche "boring summer", et je suis tombé sur cette page qui m'a plutôt bien plu. J'ai également fait la recherche "bored teenagers", et je ne suis tombé sur aucune photo "nasty teenage sex barely 18 OMG!!!". Notre race est donc peut-être encore sauvable.

07 juillet 2009

I do not hook up

   Ca a toujours été la musique puis le reste.
   Enfin, non, ça n'a pas toujours été ça, mais depuis que ça a commencé à l'être, ça n'a plus jamais changé. "People are ok, but records are better", comme a dit Henry Rollins. J'acquiesce. C'est la musique qui ramasse vos morceaux quand vous êtes au plus bas, elle qui vous maintient en place quand il fait cinquante degrés dans votre appartement, à deux heures du matin d'une nuit coincée entre deux jours horribles. Elle, toujours elle. Le meilleur ami des pires moments ; un monde qu'on se construit soi-même et qui nous rappelle des souvenirs de choses que l'on n'a pas vraiment vécues. Je préfèrerais crever qu'être sourd, et je suis très sérieux là-dessus. Je pourrais être aveugle, cul-de-jatte, muet sans problème, mais sourd ? Qu'on me donne un flingue.
   Dernière montée, dernière chanson à m'avoir fait m'écrouler sur moi-même : la reprise de "I do not hook up" par The Gaslight Anthem, qui s'impose définitivement comme l'un des plus précieux gardiens de mon temple personnel. Vous pourrez trouver cette reprise en mp3 à cette adresse. Attention quand même : sans aucune ironie ni éxagération, je jure que cette chanson a fait augmenter ma température corporelle et mes influx nerveux. La chanson originale prêtait à rire, cette reprise prête à faire le numéro qu'il ne faut pas sur son portable et à dire "tu voudrais pas m'épouser ?" à cette fille que vous n'avez jamais osé revoir depuis un an. Certains charbons pop cachent des diamants d'écriture, des rayons d'émotion. C'est à nous de les y trouver, et le travail en vaut vraiment la peine.
   Une chanson ne vous laissera jamais sur la rive. Elle sera votre navire, et vous devrez vous y cramponnez, et alors, peut-être arriverez-vous à bon port, qui sait ?
   Allez, parce que la nuit est chaude et triste, une liste de mes chansons favorites. Liste bien entendue spontanée et destinée à changer mille fois demain et mille autres après-demain. L'ordre est principalement alphabétique, à deux trois exceptions près qui ont été écrites au moment où j'y pensais.

The Ataris : "So long, Astoria"
The Gaslight Anthem "The backseat"
After The Fall "Between here and there"
Audio Karate "Rosemead"
Be Your Own PET "Bog"
Bad Astronaut "Quiet"
Drag The River "So lonely"
Blink-182 "Going away to college"
Box Car Racer "The end with you"
Bruce Springsteen "Atlantic City"
The Replacements "Left of the dial"
The Ataris "Eight of nine"
The Gaslight Anthem "Blue jeans and white t-shirts"
Chon travis "Long way back"
Cold "Bleed"
The Ataris "Act 5, scene 4, and all ends like it began"
The Ataris "Anderson"
The Ataris "In spite of the world"
The Ataris "Up, up, down, down, left, right, left, right, A + start"
The Gaslight Anthem "1930"
The Gaslight Anthem "The navesink bank"
The Gaslight Anthem "Casanova, baby!"
Cold "Gone Away"
The Decemberists "Summersong"
Divit "Wish i could be"
We Are Ex-Lovers "Casio song"
Fair "Unglued"
The Cure "Maybe someday"
Fall Out Boy "Don't you know who i think i am?"
Far "Mother Mary"
Feeder "Morning life"
Fénix*Tx "Abba zabba"
The Gamits "Hookless"
The Get Up Kids "Off the wagon"
Gunmoll "Point"
Hanalei "Action drum"
Jimmy Eat World "A praise chorus"
Jonah Matranga "So long"
Kent "747"
Kris Roe "747" (reprise du titre ci-dessus)
The Cure "Disintegration"
Weezer "The world has turned and left me here"
Lakes "Love or gain"
Laymen Terms "Tonite"
Lucero "Mine tonight"
Lucero "Chain link fence"
Lucero "She wakes when she dreams"
Lucero "Wandering star"
Jawbreaker "Accident prone"
Jawbreaker "Jinx removing"
Jawbreaker "Jet black"
Meredith Braggs & The Terminals "Shattering"
Meredith Braggs & The Terminals "My only enemy"
Misfits "Where eagles dare"
Billy Braggs "To have and to have not"
Murder by Death "Rum brave"
Murder by Death "Shiola"
Murder by Death "Desert's on fire"
New End Original "Lukewarm"
New Found Glory "Love and pain"
Nothington "Going home"
Nothington "Rob the band"
Dramarama "Anything anything"
The Offspring "The kids aren't alright"
Onelinedrawing "Yr letter"
Paw "Jessie"
The Playing Favorites "Leavingtown"
Pixies "Debaser"
Rancid "Otherside"
Rancid "Ruby Soho"
Regina Spektor "Chemo limo"
Rocky Votolato "Suicide medicine"
Röyksopp "What else is there?"
Samiam "Holiday parade"
Samiam "Dull"
Samiam "Wisconsin"
Saves The Day "Jessie and my whetstone"
Sierra Swan "Nuclear letdown"
Skye Sweetnam "Music is my boyfriend"
Small Towns Burn a Little Slower "Help! There is a con artist under my bed!"
Something About Vampires and Sluts "Rain"
Speedwell "Your atlantic"
This Beautiful Mess "Clean"
Thursday "Autumn leaves revisited"
Thursday "Tomorrow i'll be you"
Thursday "Even the sand is made of seashells"
Tim Barry "222"
The Velvet Teen "No one will ever love you"
The Wunder Years "The hopeless romantic"
The Wunder Years "The wright wrong"
The Who "Love reign o'er me"
The Who "The real me"
The Who "Baba O'Riley"
The Who "Real good looking boy"

   Here it is. Si vous avez envie, vous me laissez un commentaire ou vous m'envoyez un message avec votre adresse et je vous fais une mixtape (enfin, un mix-cd, en fait, je n'ai - toujours - pas récupéré ma chaîne depuis que je suis parti de chez mes parents) avec certains des joyaux présents sur cette liste. Un truc avec une existence physique, une pochette, tout ça. A vous de voir si ça vous tente.

P.S. : au rang des chemins par lesquels mes visiteurs sont arrivés ici, j'ai cette semaine "vaisselle sale et asticot", "poil au bec de gaz mon cul sur la commode", "trav lesb vinyl look pute", et mon petit favori "mon marie aime murder le gros sains tout le temps".

26 juin 2009

Comicbooks et plaisirs coupables

   L'heure est à la confession : je suis un "nerd", comme on dit. J'aime les jeux-vidéo, les mangas, les comic books, j'ai des figurines Dragon Ball sur mon bureau, Buffy est ma maîtresse à penser, et la liste pourrait continuer ainsi sur quelques pages. Et cela sans second degré ni branchitude parisienne : ma nerditude ne sent pas le trendy, ni n'est contrebalancée par une quelconque carte de membre pour des soirées "coke et vestes branchées sur t-shirts vintage". Bref, vous voyez ce que je veux dire. Ou pas.
   Le problème quand on est un nerd... Bon, ce mot me gêne, en vrai. J'ai l'impression que seuls des "non-nerds" seraient capables de l'utiliser... Ouais, bon, stop à la digression... Le problème quand on est amateur de trucs qui donnent aux gens l'envie de vous qualifier de nerds, bah c'est que les gens vous qualifie de nerd. J'ai cette copine assez sympa que j'ai rencontré cette année à la fac. Elle est très ouverte, blablabla, alternative toutçatoutça, décalée, enfin vous voyez. Une fille de fac. Or, la fac en question, c'est la Sorbonne. Qui, comme chacun sait sûrement, est située rue Saint-Jacques. Qui, comme chacun sait un peu moins sûrement, s'ouvre par une librairie "Album" très lourdement achalandée en comics. Comics que donc, si vous avez suivi, j'adore. Bon, en fait, c'est pas tout à fait ma passion première non plus, hein, j'ai une très modeste collection, je ne suis aucune série régulière, et ne lis généralement que des one-shots ou des oeuvres ponctuelles... Merde, je suis en train de me justifier face à un lectorat invisible... Reprenons reprenons.
   Un jour, tout fou à lié que je suis, alors que je sortais de cours en compagnie de la suscitée amie, j'ai décidé d'aller faire un tour dans la librairie. A noter que la suscitée amie n'a jamais éveillé ni ma libido ni ma passion adolescente ; c'est à noter. Une fille qui aurait eu plus d'importance sexuello-sentimentale pour moi n'aurais pas été introduite dans une librairie de comics comme ça, à froid.
   Le bilan de cette visite (qui, si je me souviens bien, s'est soldé par mon achat de quelques bds fort peu honorables), ça a été que j'ai dû endurer l'incompréhension ouvertement exprimée et les gentilles-mais-réelles moqueries de ma condisciple. Je m'y attendais, et n'aie pas été le moins du monde blessé. MAIS ! Mais. Ca m'a fait un peu réfléchir, en écho à diverses réactions similaires que j'avais déjà récoltées au cours de ma vie de ner... D'amateurs de comics et de ce qui s'ensuit. Les gens, dans leur immense majorité, se sont mis d'accord sur un édit stipulant une bonne fois pour toutes que les comics, les mangas, les jeux vidéo et toutes ces conneries, c'étaient des trucs de garçons un peu en retard sur leur âge adulte, des lubies dont on pouvait se moquer, des trucs débiles, décérébrés et futiles. Pas comme les vraies choses géniales de la vie, comme boire des bières avec des gens qu'on n'aime pas vraiment, aller au travail, prendre un crédit immobilier ou avoir un compte Facebook.
   Et là, frères et soeurs coutumiers de mon bon sens, vous devinez ce qui s'est passé : j'ai eu l'une de ces idées géniales dont je me suis fait le spécialiste. "Knuckle, mon bon", me suis-je dit. "Vu que de toute façon les gens se foutront de ta gueule en voyant tes comics et ta Playstation 3, pourquoi se faire chier ? Parce que bon, ça va un moment les comics qui se veulent intelligents, les métaphores politiques faites superhéros, les satires sociales sur fond de science-fiction et autres expérimentations artistiques audacieuses avec des monstres au premier plan... Socialement, t'es de toute façon fiché. Alors... Mais oui Knuckle ! Mais oui ! Fonce ! Vas droit au but ! Tape dans le plaisir coupable et ne cherche même plus à t'en excuser ! Aux yeux des mécréants Transmetropolitan aura toujours la même gueule qu'un torchon baigné dans l'hémoglobine de dragon et les gros muscles huilés, alors va pour le sang et les muscles ! Droit au but, Knuckle ! T'es un chef."
   Ouais, je suis assez condescendant avec moi-même. J'ai parfois l'impression que je me sens supérieur à moi-même. Quel sale con je fais. Si j'étais moi, je me détesterais. Ou si je n'étais pas moi, plutôt. Enfin...
   Plaisirs coupables, donc. C'est de toute façon comme ça que TOUTES les oeuvres de "sous-cultures populaires" sont vues par ceux qui ne s'y intéressent pas. Alors j'ai décidé de vous initier, frères et soeurs. Si vous fréquentez ce lieu de perdition, j'estime que vous êtes prêts pour ce qui va suivre : "Mon top 5 des meilleurs comicbooks catégorie "plaisirs coupables"". Bam, double-guillemets, la claque.
   Concernant les comicbooks, un plaisir coupable se caractérise d'après ma grille de lecture via les critères suivants :
- aucune volonté trop présente de donner dans la critique socialo-politique.
- des monstres et/ou de la violence.
- plus de violence.
- un langage ordurier.
- du 105E minimum concernant les personnages féminins.
- du sang.
- un dessin efficace mais ni expérimental ni trop artistique.
- une narration directe et parfaite ne cherchant pas à donner dans l'ambigu, l'introspectif ou le sombre.
- de l'humour.
- un titre qui bute.
- des gros types ultra-balaises et bourrins, si possible avec des mitrailleuses.
- encore et toujours de la violence.
   Tous les critères n'ont pas forcément à être réunis, mais c'est préférable. Chacun peut les classer dans l'ordre d'importance qui lui convient, mais je déconseillerais au lecteur téméraire d'en retirer ou d'en ajouter. Le glissement vers une oeuvre plus subtile, trop pour cet article, est aisé.
   Dernière précision avant d'attaquer la viande : je ne parle ici que de comics, la bande-dessinée que nous appelerons "franco-belge" par simplification étant rentrée dans les moeurs françaises, et le manga étant bien trop entièrement imbibé du jus du "plaisir coupable" pour qu'un tel classement ait encore un sens...
   Go pour le classement, par ordre alphabétique uniquement.

Al Serial Killer, par Doom et Rej
- Volonté sociopolitique : houlà, non ! Al(bert) est lui-même un ado nerd fan de comics (et de KoRn, à l'époque ça m'avait bien plu de voir ça dans les cases) et de films d'horreur. Un jour, alors qu'il est poursuivi dans les rues de New York par de quelconques méchants videurs de poches, il tombe sur un étrange duo qui lui offre un masque qui aurait dû lui inspirer quelques kilos de méfiance... Sauf qu'Al est un peu con et met le masque... Devenant instantanement un tueur aussi lourdement armé qu'efficace, qui se débarrasse de ses poursuivants en deux secondes, avant d'être recruté de force par le Diable lui-même, qui le charge d'une mission de première importance : trouver et tuer un mystérieux tueurs de tueurs, qui s'amuse à éxécuter les soldats favoris de monsieur Satan. Pour mener sa mission à bien, Al (qui est dans l'incapacité de retirer son masque et donc de redevenir Albert) va devoir entrer dans ses films d'horreur favoris et traquer le tueur de tueurs... Tu vois de la sociopolitique là-dedans ?
- Monstres : check !
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- Violence: check !
- Langage ordurier : plutôt check.
- 105E minimum : check !
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- Sang: check !
- Dessin efficace : le réalisme n'est pas recherché, mais ça check à fond pour moi !
- Narration cash : check ! D'ailleurs, c'est vraiment con que le comics ait eu une si courte vie, parce que beaucoup de pistes bien lancées ne verront probablement jamais leur dénouement.
- Humour : check !
- Titre qui bute : check, même si ça rappelle un peu "Henry, portrait d'un serial killer" !
- Gros type avec une mitrailleuse : no check.
- Défauts : n'a existé que le temps de deux numéros, parus il y a quelques grosses années chez la morte-née collection comics de Glénat. Je doute de lire un jour une suite, même si le blog du dessinateur (français, comme l'auteur) s'orne d'une bannière représentant encore Al, tant d'années après...

Battle Chasers, par Joe Madureira
- Volonté de donner dans le sociopolitique : mais néant, gars ! C'est un comic d'heroic-fantasy un peu steampunkienne sur les bords (ou comment perdre définitivement toute possibilité de ne pas être qualifié de "nerd" en une seule phrase), qui est malheureusement en stand-by depuis quelques dix ans, ou quelque chose comme ça. Ca parle d'une bande complètement improbable (un ancien héros de guerre avec une épée magique, une gamine plus balaise que Hulk, un robot géant plus balaise que deux Hulk, un vieux magicien et une mercenaire très argumentée) qui se retrouve à devoir bastonner du monstre à la pelle sans trop comprendre pourquoi. Gros univers, personnages ultra-charismatiques, et action non-stop. Ca perd rarement son temps en bavardages sans pourtant être dénué d'une véritable intrigue. Un favori de très longue date. L'arrêt probablement définitif de la série en plein cliffhanger arrive encore à me faire jurer quelques années plus tard.
- Monstres : check !
- Violence : check !
- Langage ordurier : pas vraiment, la gamine en tant que personnage principal limite fortement ce critère.
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- 105E minimum : double-check ! D'ailleurs ce personnage reste si... Icônique... Qu'encore aujourd'hui des centaines de fan-arts d'elle traînent sur internet.
- Sang : check !
- Dessin efficace : motherfucking check. Influence manga et colorisation absolument géniale.
- Narration cash : check !
- Humour : No check, ou si peu.
- Titre qui bute : "Chercheurs de batailles"... Check !
- Gros type avec une mitrailleuse : checcccck !

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- Défauts : seulement une dizaine d'épisodes, chez Image Comics. Arrêt en plein cliffhanger ; frustration totale.

Body Bags, par Jason Pearson
- Volonté de donner dans le sociopolitique : mon cul dans ton tiroir. Clownface est un tueur à gage ultra-brutal et presque sans foi ni loi qui officie dans une ville aussi fictive que ressemblant à un Los Angeles encore plus crâmés qu'en réalité. Un beau jour, alors qu'il s'apprête à aller décapiter quelques types histoires de se dégourdir les doigts, Panda, sa fille qu'il n'a pas vue depuis des années, débarque chez lui et décide de bosser à ses côtés... S'ensuivent des histoires indépendantes mettant en scène les deux psychopathes et leurs ennemis tarés, et publiées à intervalles irréguliers chez 12-Gauge comics.
- Monstres : pas vraiment check. Y'a deux/trois mutants chelous chez les bad guys, mais rien de vraiment "monstrueux".
- Violence : mille fois check. Grosse violence comic, du sang partout tout le temps, des balles qui fusent par milliers et des meurtres au couteau toutes les deux pages.
- Langage ordurier : check ! Et Panda, en plus de débiter les insultes par paquets de douze, a un parlé "ghetto" très drôle en VO.
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- 105E minimum : holy sh... Check.

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- Sang : Voir ci-dessus. Check !
- Dessin efficace : check !
- Narration cash : check !
- Humour : check ! Le duo Panda/Clownface est vraiment cool dans ses contrastes et ses liens familiaux...
- Titre qui bute : check !
- Gros type avec une mitrailleuse : check en remplaçant la mitrailleuse par des couteaux.
- Défauts : peu d'épisodes, mais il en sort encore de temps en temps. Colorisation un peu quelconque. Panda est sensée avoir 14 ans, rendant votre voyeurisme complètement illégal.

Hack/Slash, par Tim Seeley
- Volonté sociopolitique : que dalle. C'est un peu beaucoup le rejeton involontaire de "Al Serial Killer", cette histoire : Cassie avait une môman surprotective qui s'amusait à égorger les méchants garçons se moquant de sa binoclarde de fille. Elle fut donc un jour obligée de mettre fin aux jours de sa génitrice, faisant là son premier pas de chasseuse professionnelle de slashers... Vous savez : Freddy, Jason, Michael Mayers... C'est ça, les slashers. Des tueurs en série masqués et au moins paranormaux, si ce n'est immortels. Cassie, qui en a profité pour troquer ses lunettes contre un look de Suicide Girl, est assistée par Vlad, un gentil à la gueule de méchant, le duo sillonant les USA dans un van pourri afin de tuer du tueurs. La série est toujours en cours et très prolifique, chez Devil's Due Publishing.
- Monstres : check ! Avec quelques guests sympas, comme Chucky ou Herbert West.
- Violence : hu hu... Check.
- Langage ordurier : check !
- 105E minimum : pas tout à fait, mais Cassie se rattrape en montrant sa culotte toutes les deux cases.

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- Sang : check !
- Dessin efficace : ça dépend des chapitres...
- Narration cash : check ! Au départ, c'était seulement des one-shot, puis c'est devenu une série régulière avec une véritable histoire suivie tout en gardant un aspect "monstre de la semaine". Les deux formules sont efficaces, avec perso une préférence pour la deuxième.
- Humour : check !
- Titre qui bute : check !
- Gros type avec une mitrailleuse : les armes à feu ne sont pas très présentes dans la série, mais Vlad vaut son check !
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- Défauts : les dessinateurs se succèdent selon les épisodes, avec plus ou moins de succès... Certains chapitres, surtout au début, sont carrément moches. Quelques slashers manquent de charisme. Cassie est probablement lesbienne.

Kick-Ass, par Mark Millar et John Romita Jr.
- Volonté sociopolitique : si on veut être sévère, on peut dire "vaguement". L'histoire est celle de Dave, un lycéen quelconque sans rien à raconter, le loser ordinaire qui ne sait vraiment pas ce qu'il fout là et n'arrive pas à se faire de filles. Un peu sans raison, et surtout sans élément déclencheur façon araignée nucléaire ou parents tués par le Joker, Dave décide un jour de devenir un superhéros. Il s'achète un masque et une tenue de ninja et part chercher le crime dans sa ville. Ses premiers bad guys se trouvent être de minables tagueurs... Qui le tabassent et l'envoient à l'hôpital. Mais Dave est un héros, et sitôt remis (au bout de quelques mois quand même), il remet son masque. Et arrive à repousser une agression en pleine rue, devant une foule aussi admirative que dotée de téléphones portables qui se chargent de balancer le Dave sur Youtube le soir-même. A partir de là, les emmerdes et la gloire ne cessent de s'empiler : Dave, ou plutôt son identité de superhéros, devient un phénomène médiatique, et autour de lui se multiplient les bad guys... Et les autres héros masqués, plus nombreux qu'il ne l'aurait cru. Bon, d'accord, c'est pas une thèse de socio. Maaaais y'a un côté réaliste et urbain, et un début de discours sur la responsabilité individuelle, l'auto-défense et ce genre de républicaneries. Ce qui n'est tout de même jamais gênant, ici.
- Monstres : clairement no check.
- Violence : check !
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- Langage ordurier : check !
- 105E minimum : arf... No check.
- Sang : check !
- Dessin efficace : check ! Et je précise que j'adore les couleurs.
- Narration cash : beaucoup de "voix off" et d'ellipses temporelles, mais ça reste tout à fait check !
- Humour : ultra-check. Certaines répliques sont vraiment très drôles...
kickass
- Titre qui bute : faut vraiment que je le dise ? Bah check !
- Gros type avec une mitraillette : moyen check...
- Défauts : pas de fille à gros seins. C'est à peu près tout. La série est actuellement en cours, chez Icon comics, et un projet d'adaptation ciné est en cours. Mauvaise nouvelle : y'a Nicolas Cage dedans.

   Voilà, that's all, folks ! Amusez-vous bien, ces oeuvres ne sont faites que pour ça... Et je trouve, sans aucune ironie, que c'est là un acte très honorable.

P.S. : mes nombreux fans remarqueront quelques changements dans les catégories des posts de ce blog... J'en ai également profité pour effacer les messages inutiles. A l'avenir, je vais me concentrer sur les chroniques de trucs, je crois. On verra !

P.S. 2 : quelqu'un est arrivé sur mon blog en cherchant "vidéo de sodomisatrices en groupe"... Je me sens à la fois honoré et souillé. Ce qui est intéressant, c'est que j'apparais à la douzième page de cette recherche, chez l'ami Google. Mon visiteur était très motivé par sa recherche... 




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